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Petite bibliothèque féministe

Etagère résolument féministe 


J'ai répondu à un appel à témoignage concernant "l'histoire qui vous a éveillé au féminisme, qui a changé votre vie en tant que femme... ". J'ai mis quelques temps à répondre, et je l'ai plus réfléchi pour moi, mon parcours de prise de conscience, mon propre cheminement que pour l'appel à témoignage.

Je suis certaine que ce n'est pas un livre (au sens de UN seul) qui m’ait révélé au féminisme. Ce n'est pas une révelation, mais plutôt un cheminement, qui a pris du temps, c’est une suite de découvertes, comme un chemin qui s’élargit, une prise de conscience qui s’épanouit, un puzzle qui petit à petit donne une image de plus en large, et ma compréhension du phénomène qui se construit, jusqu’à ce que ça devienne insupportable : cette omniprésence masculine, partout. Cette unique point de vue de raconter et d'appréhender le monde. L'histoire est racontée par les vainqueurs dit-on, les hommes expliquent le monde, la vie, et en font la norme. 

 

D’abord il a fallu accepter le mot « féminisme ». C’était le combat de ma mère, pas le mien.  J’ai lu  « bad feminist » de Roxanne Gay et moi aussi j’ai adopté le féminisme. 

"J'adopte l'étiquette de la mauvaise féministe parce que je suis un être humain (...). Je n'essaie pas d''être un exemple. Je n'essaie pas d'être parfaite. je ne suis pas en train de dire que je détiens toutes les réponses. je n'essaie pas de dire que j'ai raison. J'essaie tout simplement de dire ce en quoi je crois, d'apporter un peu de bien en ce monde...".

Puis vint Rebecca Solnit avec « ces hommes qui m’expliquent la vie », et moi aussi j’ai compris comment on pouvait se faire priver de parole (sans parler de ses idées).

« Le coût de la vie » de Déborah Levy m’a mis sous le nez les renoncements inconscients du couple, de la famille, du foyer au sens large.

La suite est un chemin logique de déconstruction : Alice Coffin :  le génie lesbien ; Pauline Harmange : moi les hommes je les déteste, Virginie Despentes ; King kong théorie, Valerie Solanas : Scum Manifesto, Valérie Rey-Robert : Le sexisme une affaire d’hommes, Lucie Peytavin : le cout de la virilité, Rejane Senac : l’égalité sans condition ; Iris Brey : le regard féminin ; Paul B. Preciado : un appartement sur Uranus qui est très certainement la déconstruction extrême.

Et Gloria Steinem pour la sororité. 

 

Je n’ai pas fait mes gammes avec les classiques : Virginia Woolf a été lu trop jeune, il y a trop longtemps, et je trouve Simone de Beauvoir longuette, intello, bref pénible à la lecture.

Ce qu’il nous faut, ce qu’il nous manque, ce ne sont pas (uniquement) des rôles modèles, c’est une façon d’appréhender le monde qui ne soit pas unique, qui soit plurielle, qui montre de tout, des hommes, des femmes, des blancs et toutes les nuances… d’autres vies que les nôtres, et surtout celles qui sont au delà de notre compréhension rationnelle.

 

J’en ai marre de cette unique façon d’appréhender le monde (l'homme blanc cis genre et plus tout jeune). Agacée par les 100 meilleurs de l’année 2020 de Lire magazine littéraire (si peu de place aux écrivaines), et inspirée par Alice Coffin, pendant un an (au moins) en 2021 je ne lis pas d’auteur homme. C'est l'expérience raconté dans ce blog, notamment.

 

Ce qu’il nous manque partout c’est l’égalité de participation à la vie, au monde : ça commence petit, ça se joue dans la cour de récréation, dans nos familles, ça se perpétue dans la rue, dans nos entreprises, dans la vie politique (la vie de la cité), dans la justice, dans l’administration… partout dans nos vies.

 

Tant que cette lutte s’appellera féminisme, ce sera uniquement la nôtre, celles des femmes même si c'est au sens large. 

Alors qu’au fond c’est une lutte pour (se) vivre semblable, tous humains, tous semblables, avec les mêmes possibilités de participer. 

Nous avons besoin d’autres points de vue, d’autres vies pour comprendre et accepter que nous sommes semblables et vivre en tant que tels.

 

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