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Ce monde du travail périmé qui ne convient plus aux femmes

Les femmes quittent l’entreprise classique  - « ce monde du travail périmé » - et vont inventer d’autres formes de collaboration, d’association, de façon de faire, d’agir et d’être en relation,  souvent entre elles d’ailleurs. Elles sont nombreuses à choisir une autre voie que celle de la promotion dans des entreprises aux codes « d’un autre âge ». C’est ce que raconte Céline Alix dans son livre « merci, mais non merci ».
Elle y détaille comment les femmes redessinent la réussite sociale (la leur) en dehors d’un modèle qui ne leur convient plus, qui ne leur a jamais vraiment convenu. Elles font le « pari d’un monde du travail meilleur ».
Le livre articule le propre parcours de l’autrice avec celui d’autres femmes et des études sur le sujet. 
Le phénomène est intéressant et mérite d’être regardé de plus près, pour vraiment nous interroger sur nos organisations qu’on imagine toujours égalitaires.
 
Rappelons-nous que les entreprises sont des organisations conçues par des hommes, pour des hommes à l’origine, au bénéfice du capitalisme (lire Le capitalisme patriarcal de Sylvia Federici). 
L’émergence des femmes dans les organisations est récente : il s’agissait d’abord d’entrer dans le moule, de ne pas faire trop de bruit, elles avaient la chance d’être tolérées dans le club très fermé du monde du travail. 
Les Françaises ont commencé à investir le marché du travail dans le milieu des années 1960 ; dans les années 70, une femme sur deux des 25-59 ans avaient une activité professionnelle. En 2004, le taux d’activité des femmes en âge de travailler est de quasiment 80% (données Insee).

C’est aussi pour ça qu’on les entend plus, et mieux. 
C’est aussi pour ça qu’on déploie des politiques d’égalité dans les organisations.
C’est aussi pour ça qu’on met en place les index égalité hommes femmes de la loi Coppé-Zimmerman. 
Mais le moule reste le même. 
Et on a des biais pour aborder le sujet.

Il faut de la persévérance, de l’exigence et de la méthode pour mettre à jour les biais, pour dépasser les croyances et ce qu’on imagine « neutre » :
Un critère neutre : Dans une entreprise dont les collaborateurs font des tournées à vélo, les femmes ont un taux d’absentéisme supérieur aux hommes. Une première étude montre qu’elles ont les tournées les plus pénibles. Or ce sont les collaborateurs qui choisissent leur tournée, le critère d’ordre de choix est l’ancienneté. Critère neutre, dira-t-on. 
Et bien non, les carrières de femmes sont statiquement plus hachées que celles des hommes, elles ont systémiquement moins d’ancienneté que les hommes.  

Une croyance : Les femmes sont frileuses, c’est pour cela qu’elles ont froid dans les open space. Faux encore. Dans les études techniques des bâtiments, c’est un nombre d’hommes avec une physiologie masculine (taille et poids) qui est pris en compte.
 
C’est rassurant qu’on commence à s’en rendre compte. 
C’est dommage que les femmes quittent les entreprises parce que c’est encore compliqué, long et couteux de faire évoluer le modèle d’une entreprise.
Et on manque de modèles différents, on manque d’inspiration. La norme est très présente, nous nous sommes construit·es avec elle.
Peut-être que ces femmes qui quittent nos entreprises seront nos sources d’inspiration, si
on s’attache à les prendre en compte et à les observer.

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