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Déflagration positive - la thèse (1/3)

Le plan de la thèse

J'ai reçu une photo d'écran Mac avec le plan de sa thèse, ça valait invitation m'a-t-il dit "dans ton hôpital préféré" avec la date et l'heure. J'étais au fin fond du Cantal, à Auvergne Pneu près de Saint Flour pour être exacte, à atteindre que Dédé prenne soin de moi. C'est à dire qu'il répare la crevaison de la voiture de location qui nous a laissés en rade en pleine campagne. Dédé c'est le pote du gars de la dépanneuse, nous avions été transportés à Auvergne Pneu, chez Dédé, par une dépanneuse. Ce fut ma première fois en dépanneuse, et ma première fois où je roulais la voiture sur le pont de la dépanneuse. 
Grandes premières fois. Plurielles.

Ce médecin a toujours eu le sens du timing. Jamais ses appels ou ses messages d'importance n'arrivent quand je suis tranquille au fond de mon canapé ou sur mon banc rouge dans le jardin. J'ai failli lui dire que je ne me déplacerai pas à moins d'un faire-part en lettres dorées délivré par pigeon voyageur. 
Mais ai-je dejà refusé quelque chose à ce médecin? 
J'ai noté la date de soutenance, dans mon agenda, bien décidée à ce que rien n'entrave ce rendez-vous officiel. L'invitation était familiale, l'iAdo voulait venir, tout ce qui sort de ses sentiers battus l'intéresse.

Quelques jours avant l'évènement, un nouveau message me demandant si j'étais d'accord pour qu'en fin de soutenance il passe des extraits du film où je suis, comme un super "clin d'oeil à notre amitié".
Notre relation, avec le temps, avait franchi les confins de la thérapie pour prendre les contours d'une drôle d'amitié.
Piergorgio Puxili - L'illusion du mal 
Les confins de la médecine pour nous, cette amitié - qu'il nommait ainsi - avait effectivement drôle de contours faites de confidences par SMS, de rendez-vous manqués et de grandes déclarations d'amitié entre nos consultations annuelles.
Oui, à sa demande, je suis aussi dans une émission : le Magazine de la Santé, la séquence In Vivo. L'année dernière, l'année où j'ai été opérée j'ai été suivie par l'équipe du Magazine de la Santé, avant, pendant et après. Dans 5 épisodes de 5 minutes environ, je suis suivie pas à pas dans ce périple, la simulation de l'opération et l'opération ont été filmées en intégralité, puis on m'a vue la semaine suivante, chez moi rétablie et en pleine forme. Ce qui a beaucoup fait jaser avec l'épisode dit "des tomates", où on me voit ramasser les tomates mûres dans mon jardin, alors que tout le monde sait que ce n'est pas dans mes activités. Certains se demandent même si je sais à quoi ressemble une tomate mûre ...
La série avait été diffusée en octobre 2023, puis de nouveau en octobre 2024, la journaliste m'avait appelée pour prendre des nouvelles et avoir mon autorisation pour les donner à l'antenne. Beaucoup de gens ont regardé cette émission (que je ne connaissais pas avant), des amis m'ont téléphonée surtout avec l'épisode des tomates. Des clients aussi m'ont signalé m'avoir vue à la télé. 
Ça a été mon heure de gloire.
Renouvelée en fin de soutenance un mercredi soir de décembre, devant un parterre de professeurs de médecine, de famille et de copains de mon médecin préféré. 

C'était bien d'être à cette soutenance de thèse scientifique de "mon" médecin, son sujet ce thèse est le dispositif dont j'ai bénéficié, pour lequel j'ai signé l'acceptation du protocole et dont je suis la première patiente de l'étude.
Moment chouette à partager avec l'iAdo ; nous avons compris le schéma d'ensemble, mais pas tous les mots, nous avons compris la logique mais pas la portée générale. Nous nous sommes posés plein de questions "et toi tu as quel type de CIA dans sa nouvelle nomenclature ?"... 
Ce que j'ai compris en revanche et n'avais pas réalisé alors, est la dimension expérimentale de l'affaire. 
Pas du geste, mais de l'ensemble : la simulation numérique et physique en amont, le détournement de la technologie du stent pour un autre usage (boucher le trou dans le coeur), le mélange des genres : le numérique, l'impression en 3D, la médecine, la recherche , les partenariats avec le privé... 
Tout cela a été souligné par son jury, par son président qui a parlé du "temps de l'émergence et l'art de croiser des domaines qui ne sont pas les nôtres".

C'était touchant à plein d'égards. 
Ce médecin a un frère jumeau - qui était là -  et du coup il parle de jumeau numérique pour la représentation numérique du coeur - c'était sur son téléphone que pour le première fois j'ai compris la malformation que j'avais et comment il allait la corriger ; et de jumeau physique pour le coeur en plastique (une matière un peu plus élaborée avec les mêmes caractéristiques élastiques du muscle réel) échelle 1 qu'il m'avait amené pour m'expliquer la simulation de l'intervention qu'il faisait la veille en conditions réelles. C'est à la soutenance que j'ai appris que la circulation sanguine était assurée par une pompe d'aquarium pour la répétition.
Il a composé un jury à parité, a pris soin de préciser son président de jury. C'est idiot mais ça m'a fait très plaisir comme si j'y étais pour quelque chose. J'avais moi même pris soin de lui offrir deux livres d'autrices pour ajouter du féminin dans sa bibliothèque, qui selon nos échanges en manquait cruellement.
Il a pris le temps de sa présentation, comme dans ses consultations. Avec un air presque nonchalant de celui qui a tout son temps, et qui le prend parce que ça en vaut la peine. C'était clair, même sans comprendre tous les mots. Même pour les néophytes comme nous, pour ses copains qui suivaient les trucs avec des grands yeux ronds. Pour son jury qui l'a félicité de la clarté de sa présentation.
Revoir le film, me revoir sur le film n'était pas le moment le plus facile, mais le revoir lui pendant qu'il opère valait le coup. Le moment où les deux médecins retiennent leur souffle pour voir si le stent reste en place ("sinon on file au bloc") est toujours un moment où j'ai un vertige, un saut dans le coeur , alors que ça fait plus d'un an que je sais que le stent n'a pas bougé. Et qu'il ne bougera plus, selon lui.
Il a répondu avec attention à chaque question de chaque membre du jury, comme si chacune était unique, nouvelle, intelligente et était en soi une avancée scientifique. Je l'ai tellement reconnu là, cette attention à l'autre quand il est dans la relation, que je ne pouvais lui en vouloir de l'heure qui en devenait deux, de mon iAdo dont l'attention à lui dérivait et se lançait dans ses remarques : "on voit qu'il ne fait pas assez de sport". 

C'est aux questions et aux remarques des membres du jury qu'on a commencé a comprendre que c'était un truc à la pointe et probablement avec une portée que nous ne savions pas mesurer. Non seulement c'est mon médecin préféré, mais en plus c'est un bon, voire un excellent. 
Un Professeur à venir. 
Un pionnier, a dit son Président (celui de l'émergence).  
Et moi son cobaye. Entre de bonnes mains.




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