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Présences

Empreinte de loup?
sur la route forestière vers le refuge de Narces

Je suis sortie de la maison pour aller acheter du pain, pantalon de ski, vieil anorak et chaussures pour marcher dans la neige jusqu'au village.
Mon iFille juste pour faire un tour, habillée comme une parisienne, grand manteau et Doc aux pieds
L'iMari en tenue de randonnée, avec son outfit de ski de fond. On aurait du se méfier, il avait son appli Visorando ouverte sur son téléphone.
On a bien acheté du pain. Puis on a continué jusqu'à l'église, retapée et chauffée en plein journée et pleine semaine, puis par un chemin  au dessus du village.
Refuge des Narces indiqué à 5 kilomètres par la route forestière, dans la neige sous le soleil.

Un chevreuil s'est trouvé nez à nez avec nous après avoir sauté la congère de neige  aussi surpris que nous, il est reparti de l'autre côté en sautant de nouveau. Son avancée lente par grands sauts dans le paysage blanc. On l'a vu poursuivi par deux énormes chiens, qui peinaient encore plus de lui dans l'épaisseur tombée des derniers jours. 
Prise de pitié pour la bête sauvage, je ne sais que faire (y a-t-il quelque chose à faire d'ailleurs?). 
Même avec un fusil, je ne saurais l'utiliser. Crier? Siffler? Mon iMari a pris les paris "je miserai sur le chevreuil, il a bien plus d'endurance dans la neige que les chiens". 
Débat clos.
Trace suivante.
Le jardin de l’homme est peuplé de présences. Elles ne nous veulent pas de mal, mais elles nous tiennent à l’œil. Rien de ce que nous accomplirons n’échappera à leur vigilance
La panthère des neiges – Sylvain Tesson
Je n'ai pas relu Tesson, entre lui et moi c'est fini, mais j'ai une collection de citations, et celle-là va bien avec la balade jusqu'au refuge, qui n'était prévue que pour une sortie de petites courses au village.
La neige autour de nous était dessinée de traces, le chevreuil devant nous n'en était qu'une incarnation bien réelle de cette vie invisible et bien présente. Je ne suis pas spécialiste en empreintes animales, je sais juste reconnaitre celles des lapins, les grandes trainées d'un animal un peu plus large qui glisse le long d'une congère. 
Et celle des loups.
Du moins je crois.
Du moins j'aimerais.
Je pensais à Baptise Morizot dans Manières d'être vivant
Du temps qu'il passe dans le Vercors à chercher les traces, à suivre la Meute, à écouter les hurlements le soir, à y répondre et à imaginer une diplomatie des loups.
Une façon de communiquer sans prédication. Une façon d'être en contact avec d'autres que soi.
Je n'ai pas entendu de hurlements, encore moins répondu, les loups ne se font pas entendre en pleine journée. 
Si nous avions porté autant d’énergie à chercher à communiquer avec les arbres que nous en avons consacré à l’extraction et à la transformation du pétrole, peut être serions-nous capables d’éclairer une ville par la photosynthèse, ou sentir la sève végétale courir dans nos veines, mais notre civilisation occidentale s’est spécialisée dans le capitalisme et la domination, dans la taxonomie et l’identification, pas dans la coopération ni dans la mutation.
Un appartement sur Uranus  - Paul B. Préciado
Avec les arbres ou avec les loups. Ou juste à vraiment reconnaitre leurs empreintes. 
Je suis assez inadaptée en pleine forêt, au contraire des héroïnes de Julia Glass Dans la forêt, je ne tiendrai pas quelques jours. Je ne saurai pas me nourrir, je ne connais aucune plante encore moins distinguer les comestibles, je n'ai jamais attrapé un animal sauvage (si j'exclus les souris dans ma soupente, que je libère  ensuite dans le jardin et qui reviennent se faire prendre dans le piège prévu à cet effet), alors de là à tuer pour me nourrir, je serai morte de faim bien avant. Je n'ai jamais réussi à faire pousser quoi que ce soit, je n'ai pas la patience, je suis du genre à tirer sur la tige pour que ça pousse plus vite ...

J'ai porté - et encore aujourd'hui  - mon attention à la lecture, aux voyages, à observer le monde plus qu'à y prendre part.
A survivre intellectuellement, pas de tout physiquement. 
Alors forcément je suis en extase devant une empreinte dans la neige que je prends pour celle d'un loup. 
D'empreinte en empreinte nous sommes arrivées jusqu'au refuge. 
L'iMari avait fait demi-tour pour accompagner un autre iAdo au train et les deux qui n'étaient sorties que pour un petit tour au village avons pris un thé à 1300 mètres.
Avant de redescendre 
Avat que les loups ne se mettent à hurler.
Tout simplement parce que je ne sais pas répondre.

 

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