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| de l'autre côté du chenal, en face d'Hendaye |
Cette semaine, il y a eu un problème informatique avec le nom de domaine du site.
Je reçois un message de mon collègue et associé qui s'occupe du vaste sujet informatique :
Les mails que vous avez envoyé depuis vos boîtes sont censés être arrivés à bon port.
Les mails qui vous ont été adressés aujourd’hui ont en revanche généré des messages d’erreur chez vos interlocuteurs de type « Domain not found » avant de disparaitre dans les limbes des internets.
Les limbes des internets et les mails non reçus.
Je fantasme sur tous ces mails non reçus.
Mon collègue briseur de rêves a un retour cinglant
Certains peuvent tout de même finir par arriver.
Et comme tous les fantasmes, ils peuvent être décevants
Je préfère l'idée des mails perdus dans les limbes d'internet, qui n'arriveront jamais. Un peu comme ces courriers postaux retrouvés des siècles après en montagne dans une crevasse ou dans la cargaison d'un avion postal qui s'est craché, ces lettres non remises, que les destinataires n'ont pas lues, toutes ces nouvelles qui leur manquent, ces relations qui se sont brisées là.
Quels mails j'aimerais recevoir et que je ne recevrais pas?
Ce n'est évidemment pas celui d'un client avec une demande (même si parfois les demandes sont fleuries et source de créativité, celles-ci arrivent plutôt par téléphone), ni un mail de ma banque qui me dit "votre facture a été réglée", ni Linkedin qui m'informe du post d'un tel, ni ...
Je voudrais un mail qui m'étonne, qui m'émeuve, que j'ai envie de relire, de garder, d'afficher ...
Il faut bien sûr de l'imagination, internet (au singulier ou pluriel) est bien moins romantique que ça.
Un peu comme ces conversations imaginaires que je tiens.
Les conversations sont imaginaires, pas les personnes avec qui je les tiens.
Des amis·es que je ne vois pas assez souvent, des personnes que j'aimerais amies, des inconnus que je croise et qui j'ai des choses à dire, des personnages dans des séries (ah John Carter dans Urgences) ou dans des romans.
Ces conversations sont nombreuses, joyeuses, sérieuses et ...imaginaires. Je devrais les consigner, les envoyer ... j''y pose les questions et j'y réponds, la place de mon interlocuteur·rice y est faible, tout comme l'intérêt que il ou elle en ai connaissance.
Les mails non reçus pourraient être un retour à mes conversations imaginaires, ou des déclarations d'amouritié (néologisme quand on n'arrive pas à différencier l'amour et l'amitié - y a-t-il d'ailleurs une différence? c'est un autre débat), ou des nouvelles de notre monde (pas du monde).
Reçoit-on encore de tels mails ?
Qui déclare sa flamme par mail? Qui déclare sa flamme tout court?
Une lettre d’amour est un texte sacré. En tant que tel, il n’est pas le lieu où révéler ce qui n’a pas à l’être. Tant de gens confonde déclaration d‘amour et deballage
Amélie Nothomb - Le livre des sœurs
Les jeunes se parlent sur les réseaux sociaux, aujourd'hui ils n'échangent même plus les 06 mais leur Insta.
Les rares mails personnels nous arrivent d'Australie, les uns et les autres prennent la peine de se mettre devant leur clavier, parfois y sont adjointes des photos. Le temps qu'ils ont pris à l'écrire est sans commune mesure avec le temps qu'il nous faut pour le lire et l'oublier. Ils ne valent pas la lettre déposée dans la boîte du portail du jardin, où tu prends le temps de t'assoir pour la lire, ayant préalablement bien choisi le moment.
Le contraire du texto qui arrive alors que tu montes les escaliers, dans le métro, sur tes grands chevaux, ou dans les tours d'une conversation ... bref qui nous sonne et auquel nous accordons immédiatement, toute notre attention.
Les nouvelles technologies envahissent les champs de mon existence bien que je m’en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut.
Sylvain Tesson – sur les chemins noirs
Je rêve de ces mails que je ne recevrais pas, comme un substitut au courrier que nous ne nous envoyons plus.
Ces lettres manuscrites - dans certains endroits il n'y a plus ni papier ni stylo - avaient demandé du temps pour être rédigées , on imagine l'émetteur s'être assis, choisir son stylo (bic, plume, feutre?), son papier (on s'offrait du papier à lettres aux anniversaires entre copines), réfléchir à ce qu'il avait envie de partager, de nous dire, quelle tournure, quels détails ... Comment commencer : Chère ou ma chère, salut ou bonjour ?
Comment terminer : amitiés, je t'embrasse, bises, bisous, xoxo...? Ça en disait long, il y en avait autant à lire dans les interlignes.
Je les lisais et relisais pour redécouvrir des détails. J'ai gardé tous les courriers qu'on m'a envoyés, je saurai bien documenter certaines périodes de ma/nos vies.
Je ne recevrais pas ces mails fantasmés. Ni ces courriers non plus.
Ce qui s'en rapproche le plus, ce sont ces textos qui s'ouvrent par chère ou ma chère ou coucou ma patiente préferée selon l'humeur du jour et ce qui suit, et qui se clôt dans une variante de bises-ous plus ou gros. Il n'est pas le seul qui construit ses textos comme un courrier, mais ils ne sont pas nombreux. Je me rends compte que je n'en fais pas toujours partie.
Je ne suis pas de mon temps, je le savais, j'ai eu beau me plaindre de
Maria et Albert, je crois que je préfère leur mode et monde à eux.
Tant pis pour les mails non reçus, de toute façon, ils seraient décevants, sans chère au début et bisous à la fin.
Bisous.
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