| photo prise par iBebounet |
Ils se sont foutus de moi. Forcément.
iBebounet (le dernier des iAdo) en m'imitant mode Drama Queen : 24 heures avec les Gueux! (geste de la main au front de la personne qui va s'évanouir)
iAdoe (très impliquée) : c'est trop grave ! tu ne peux pas faire ça.
iAdoe (très impliquée) : c'est trop grave ! tu ne peux pas faire ça.
iAdo (laconique) : n'importe quoi.
Et pourtant si.
Quand j'ai vu que les seules places de train disponibles pour revenir du week-end à Hendaye c'était des OUIGO j'ai failli tout annuler.
Il faut dire que depuis une dizaine d'années que je me déplace beaucoup en train pour le boulot notamment, j'ai basculé sur la première classe. D'abord pour les voyages professionnels, puis pour tout. Ca rentabilise ma carte d'abonnement SNCF.
Le OUIGO est dans mon imaginaire, la chute libre du confort et du calme. C'est le retour dans le train entre Agra et Bénarès, trente ans plus tard.
A la question comment je suis devenue..., j'ai plusieurs hypothèses
Hypothèse 1 : le quota.
Dans une vie on a un quota d'inconfort, d'expériences un peu hardcore ou tout simplement couteuses en énergie psychique. Un peu comme notre quota d'enzymes pour digérer le lait de vache. A partir de 30 ans, pour moi le lait de vache s'était fini. Il m'en a fallu 15 de plus pour la seconde classe, alors le OUIGO !
Et pourtant, ces dernières années on repart en mode frugal (pas inconfort hein, juste frugal) : on prend les transports en commun - en Ecosse, les toilettes des stations de bus sont nickel ; il n'y a pas d'animaux vivants dans les couchettes des trains de nuit en Suède. On randonne léger (plus de bouteille de vin dans le sac, mais le gin au pub à l'arrivée). Je travaille l'iMari au corps de son confort pour de nouveau randonner en autonomie avec notre tente et notre réchaud (qu'on n'oubliera pas), il veut bien à condition qu'il fasse beau et chaud (fini le camping en Norvège ou en Irlande), et que ce ne soit qu'une ou deux nuits (pas 4 semaines, même en Turquie ou en Croatie).
Hypothèse 2 : l'âge.
C'est une hypothèse qui se tient. En première classe dans le train, peu de jeunes. Il faut un peu plus de finances pour se la payer, on les a plus souvent avec l'âge, ou tout simplement c'est un choix financier qu'on assume avec l'âge.
De façon empirique, les copines autour de moi (du même âge) choisissent aussi le confort de la première. Je ne sais pas si elles hésitent sur le OUIGO quand ce sont les dernières places, mais je sais que peu d'entre elles ont un passé de confort hardcore, pas nombreuses à avoir dormi dans des draps sales, voyager avec des moutons au dessus de leur tête, des mecs qui leur pissent dessus par la fenêtre du bus...
Leur tolérance était plus basse que la mienne, leur quota atteint plus tôt aussi peut être.
Avec le temps qu'il me reste, je ne vais pas me faire chier.
Et le OUIGO ça me fait suer d'avance : l'assise dure, le siège étroit, pas de place pour les jambes (je rappelle que je mesure 1m80, toute en jambes).
Trop de monde, trop de pauvres (selon iBebounet), trop de bruit.
Pour une (vieille) solitaire se retrouver confiner avec des gens que je n'ai pas choisi pendant 5 heures c'est le calvaire (c'est déjà compliqué quand je les ai choisis!).
Hypothèse 3 : la bourgeoise
Je suis l'archétype de la bobo parisienne. Excentrique, me dit mon médecin préféré, mais bobo.
Ça c'est la version sympa du portait que nous avait dressé notre iAdoe à l'adolescence quand elle nous avait qualifiés de "hautains, arrogants et racistes" (l'iMari était inclus).
Voilà, c'est dit.
Hautaine. Je regarde tout le monde de haut depuis ma place au premier étage de la Première Classe.Je ne vais prendre le train avec les Gueux. Ps : je l'ai déja fait, avec des vrais gueux, des mourants et des malades, tous ceux qui vont mourir à Bénarès pour se réincarner.
Arrogante. Je sais mieux que les autres. La preuve, j'ai pris une fois un OUIGO dans ma vie (entre Aix et Paris, plus jamais ça) et j'explique à qui veut l'entendre que c'est la sous-classe ferroviaire.
Raciste : certainement, bien que je ne fasse aucune différence parmi tous ces gens qui prennent des OUIGO.
Un peu de tout ça, sans doute.
Comment je suis devenue cette vieille bourgeoise qui a atteint son quota?
Et surtout comment je vais survivre dans ce OUIGO de retour ?
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