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Mes données, mon choix



En navigant sur un site (j'ai oublié lequel) j'ai eu ce message "vos données, votre choix" pour l'autorisation des cookies. Ça m'a sauté aux yeux : on a plus de liberté pour nos données que pour notre corps. 
Et truc de fou : j'ai les mêmes droits que mon iMari. 
J'ai la même liberté de choix, j'ai les mêmes possibilités de choix que tous les hommes. Que tout le monde.
Et pourtant mes données numériques ont bien moins d'importance que mon corps. Oui je sais, les données numériques ne sont pas totalement anodines, de toute façon je réponds non à tout à ces questions (de cookies).
Pourquoi je n'aurai pas les mêmes droits sur mon corps?

Cette semaine, l'IVG est entrée dans la Constitution. Réjouissons-nous, ne nous aveuglons pas.
Mes données ne sont pas dans la Constitution, mais elles sont mieux protégées que mes droits sur mon corps féminin.
Les médias se sont emparés de l'évènement, celui qui qui nous sert de Président s'en galvanise et se lance à l'assaut de la Constitution Européenne. Mon petit gars, il y a des choses bien plus simples à faire, qui sont immédiatement à ta portée, comme par exemple mieux doter en budget les centres de planning familial et les hôpitaux qui pratiquent l'IVG. (Manu dans ce combat, tu n'y es pour rien. Remballe ton discours).

Nous devons d'abord remercier Salomé Saqué qui démystifie un peu la victoire (qui reste historique)
  • c'est une liberté ce n'est pas un droit. La différence est simple" vous avez le choix entre fromage ou dessert, mais sachez qu'on a plus de dessert". Et il n'y a aucune obligation de fournir un dessert (même un truc mauvias comme un Flamby)
  • cela concerne les femmes. Les hommes transgenres en sont exclus. C'est idiot, il suffisait de mettre "personne" au lieu de femme. C'est peut-être un détail pour vous (France Gall) mais ça aurait été symboliquement fort. 
Une loi pourra toujours restreindre le droit à avortement tout en maintenant la liberté de choix  : il suffit par exemple de réduire le délai d'avortement. En France, c'est avant 14 semaines soit 3 mois. c'est court.
Ce délai est décidé par la loi, il n'est pas déterminé par des raisons médicales. Par exemple, à Singapour dont le régime politique est contestable, on peut néanmoins le faire jusqu'à 24 semaines, et au Canada il n'y a aucun délai. Vous avez bien lu : aucun délai.
Un gouvernement qui n'en veut pas gélera tout simplement les budgets, puisque ce n'est pas un droit.

Les Hommes naissent libres et égaux en droits. Non, les hommes ont tous les droits sur leur corps pas les femmes. Et ça il faut être une femme pour le comprendre, pour le vivre, pour réagir, pour être en colère.
Tout le monde a un avis sur l'IVG, mais tout le monde n'est pas concerné de la même manière, n'est-ce pas Monsieur Larcher (tiens encore un Gérard, tout aussi plaisant que l'autre). 
Le discours de celui qui nous sert de Président, en son temps parlait du "traumatisme de l'avortement". C'est largement l'idée qui est véhiculée. Et quand on ne sent pas traumatisée par l'acte, on culpabilise de ne pas l'être. Toujours perdante dans cette configuration.
J'ai des copines qui en parlent simplement, j'ai des copines qui ont du avorter, pour plein de raisons très diverses qu'on n'a pas à connaitre. C'est un choix, un choix de vie. Il y a tellement de clichés sur l'IVG, que le jugement est très facile. 
Les trois-quarts des femmes qui avortent sont sous contraception. Mais 100% des hommes à l'origine ne le sont pas. Combien d'hommes se sont renseignés sur la contraception masculine? 
Faites un sondage autour de vous, vous pourriez être surprise sur leur connaissance du sujet, (à part le préservatif s'ils en citent un autre, ils sont top), en revanche ils auront (tous) un avis sur l'avortement et ses conséquences présumées (le fameux traumatisme souvent).

Nos corps sont mal faits. On a nos règles pendant plus de 40 ans, tous les mois. J'ai lu quelque part que ça représente 6 années de ma vie en moyenne. 6 années d'emmerdes. Et encore moi j'ai eu trois enfants. Il y a comme un ratio de rentabilité. 6 années d'emmerdes et bien plus de préoccupation de contraception.
Un corps bien fait n'aurait pas de règles tous les mois, il suffirait de prendre une pilule ou un autre chose quand tu veux essayer de procréer. Dans ce scénario idéal, c'est la personne qui porte pendant 9 mois qui prend la pilule pour tomber enceinte. Un dispositif inversé. 
Nos corps sont mal faits, mal pensés. Qui en est à l'origine? Un homme probablement. Si Dieu existe, alors c'est un homme tellement ce truc est mal fichu.
Une féministe écrivait un jour "si c'était les hommes qui devaient avorter, on pourrait le faire à un distributeur automatique". 

Réjouissons-nous. Il y a tellement de femmes qui aimeraient être à notre place  : les Américaines par exemple.
Ne nous aveuglons pas. C'est un acte qui a été médicalisé pour contrôler le corps des femmes. C'est un acte qui pourrait être pratiqué par des personnes qui ne sont pas médecins. C'est un acte que nous pourrions ré-apprendre à faire entre nous, femmes en tout sécurité pour notre santé.
Mais là encore nous sommes entravées. Comme pour la contraception. Nous avons besoin d'une autorisation médicale. 
C'est rageant. 
La contraception et l'IVG sont les deux seuls actes médicaux où c'est le patient qui prescrit l'acte. C'est la patiente qui dit au médecin "je veux, prescrivez-moi...". 
Le corps médical n'a pas appris ça ; le corps médical est sachant, il sait ce qui est bon pour moi. Y compris quand je lui demande une IVG, y compris jusqu'à quand je peux la demander.
Réjouissons-nous. Ne nous aveuglons pas.
Nous n'avons pas plus de droits le 8 mars 2024 que le jour d'avant.

Une excellent série de LSD sur l'avortement - le pouvoir des médecins 
Les couilles sur la table : contraception, au tour des hommes

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