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Articles

Prendre sa place sur mon canapé

le banc rouge où ne se tiennent pas nos conversations Il a appelé, n'a pas laissé de message, enchainé avec un SMS. Il proposait une date de dîner trois jours après.  Après plusieurs semaines de traces de contact, on a même réussi à se parler le soir, moi pour lui dire qu'on l'attendait avec sa copine à la date proposée, lui pour me dire qu'il avait signé son CDI (toutes conditions acceptées salariales et temps de travail). Tout ça ressemblait étrangement à notre relation médecin - patiente-en-attente de ces 2 dernières années, juste avant l'intervention. Il appelle, ne laisse pas de message, je rappelle ou pas (plutôt pas à l'époque), Ces appels me surprenaient toujours en mouvement, ou ailleurs que chez moi. Je revois chacun d'eux pendant ces deux années, il n'y en a pas eu beaucoup, un tous les 5 ou 6 mois : dans le train un vendredi sombre de décembre, dans le métro à Lille, en Suède quand j'étais au petit déjeuner à l'heure du déjeuner (ce q...

Ne pas tomber (Triste tigre #Neige Sinno)

Encore un livre sur les violences sexuelles. Sur l'inceste. Comment peut-on encore écrire du nouveau sur le sujet?  Attention, tout ce qui suit parle d'inceste et de violence, ne pas lire si vous n'y êtes pas prêt·e. Et pourtant... C'est encore un autre point de vue, une autre façon de parler de l'histoire (comme s'il n'y en avait qu'une). Chaque histoire est singulière, chacune mérite sa voix et sa voie et celle-là est redoutable.  Redoutable parce que tenace, redoutable parce que crue (dans les deux sens  : ni cuit, ni pas entendue), redoutable parce que l'auteur se pose la question de la co-existence et de ce que cette histoire a fait d'elle dans sa partie résiliante, forte, survivante, je ne saurai trouver le mot exact, tant elle explique tout au long son livre qu'elle " n'est pas sauvée". Le point de vue est celui du décalage, elle l'explique d'ailleurs très bien, elle essaie de d'appréhender  l'histoire en ...

Etrange

Gaspésie - août 2023 sur un coup de tête je m'en vais  sur un regard je le sais  sur un volcan je fondrais sur les traces d'hier je renais j'aime la vie qui change  le vent et ses louanges  j'aime quand c'est étrange  quand .... je m'arrange  je dérange  je mélange  Crois moi  -   Gaëtan Roussel & Adeline Love Il fait partie des quelques morceaux que j'écoute un peu en boucle en ce moment (trop disent mes iAdos). Sur un coup de tête je suis déjà partie, de diners, de soirées, de réunions...  Sur un coup de tête, d'un coup c'est trop. Trop de monde, trop de mondanités, trop de superficiel, trop lent, trop condesendant. Oui d'un regard je le sais. Je le sens, je reconnais la rencontre. Ensuite ça prend du temps, ce n'est plus le coup de tête, mais je sais quand ça vaut le coup, ça se cultive, ça s'apprivoise. Je n'ai beaucoup fréquenté de volcans, aucun de vivant. Mais il y en a un qui m'a marqué , dans le Pacifique sur un îl...

Ce qui m'embête (# Maria Pourchet # Neige Sinno)

Champsaur J'ai lu à la suite Western de Maria Pourchet et Triste Tigre de Neige Sinno. Vue de loin, les deux livres n'ont en commun que d'être phares dans la prolifique rentrée littéraire. Ils n'ont d'ailleurs pas le même rythme Western est galopant pour reprendre l'adjectif le plus utilisé dans les critiques et je l'ai lu avec lenteur, tandis que Triste tigre est lent et je l'ai lu d'une traite. Quant aux histoires, elles n'ont a priori - encore une fois vues de loin - rien à voir : Western se veut celle d'une rencontre entre deux personnes brisées par leur époque qui  construisent une nouvelle  relation, tandis que Triste tigre est le récit de l'autrice pour se délier, ie se détacher, couper les liens, d'avec ce beau-père, mari de sa mère,  qui l'a violée toute son enfance.  D'un côté on noue, de l'autre on dénoue. Pour celles et ceux qui voudraient lire les deux livres sans en savoir trop, ne pas lire ce qui suit....

Saturation de l'espace

Chaumont sur Loire  Ils occupent le terrain, partout, le global, le local, les références et probablement aussi nos imaginaires. Cette fin de semaine, j'ai saturé de l'omniprésence masculine, ou plus exactement de l'unique présence masculine partout où je regardais, écoutais, parlais, glandais, promenais, vivais ... C'était une longue répétition, perpétuelle (comme à l'Académie Française) d'une présence masculine qui occupe l'espace, dans toutes ses dimensions, y compris sensorielles. Je n'en plus du rugby, pas du jeu, mais des joueurs et de leurs fans. Et du sport en particulier, qui est l'apologie de la puissance masculine, la glorification des hommes, de leur forces, de leur héroïsme, de leur domination. Le rugby occupe la place de la Concorde avec son village, les affiches publicité dans le métro et même les messages SNCF avec un nom que je n'ai pas retenu et une voix à l'accent du sud-ouest qui ne m'annonce pas mon train, mais occupe...

Le premier, pas le dernier

Sophie Blanc  - Chaumont 2023 Monsieur Beaune,  Ce n'est pas parce que vous l'avez enlevé de devant vos fenêtres qu'il a arrêté sa grève de la faim. Ce n'est pas parce que que vous ne le voyez plus qu'il se nourrit de nouveau. Il vous l'a dit, il l'a réaffirmé : il est prêt à mourir pour sa cause.  Ce n'est pas parce qu'il meurt ailleurs que sous vos yeux que vous en serez moins responsable. Ce n'est pas parce que qu'il ne fait pas la couverture des médias que son cas en sera moins tragique une fois mort. Ce n'est pas non plus parce que votre patron se croit dans un film des années 60 en proclamant qu'il "adore la bagnole" que vous devez lui construire des autoroutes. Je vous rappelle que Thomas Brail ne réclame pas l'annulation du projet d'A69, mais sa suspension le temps que les recours lancés soient instruits. Je vous rappelle aussi que s'il est le premier il est loin d'être le dernier. Ils ne sont pas sou...

Faire joliment semblant de parler (#Leveillé-Trudel)

Fjord Saguenay - Quebec Dans mes pérégrinations québécoises, un joli shop (comme ils disent) à L'Anse-Saint-Jean vendait des articles confectionnés dans la région et toute une série de livres édités aussi localement la maison d'édition porte le doux nom de La peuplade . Format un peu plus grand que les poches, couverture en carton aux dessins colorés sans être criards, tout pour attirer mon oeil. Et des écrivains du cru. Des poèmes et des fictions.  J'ai hésité, pour ne pas en acheter trop, et les avoir dans mon sac à dos pour le reste du voyage. C'est comme ça que j'ai lu On a tout l'automne de Juliana Léveillé-Trudel. C'est l'automne à Nunavivk : le grand nord du Quebec, près de la baie d'Hudson. L'accès n'y est possible qu'en avion, on y parle inuttitut, les autochtones sont inuit (mot invariable). Le roman ouvre sur la lange inuttitut, la narratrice y va avec un projet de recueil de poèmes avec les enfants puis de le traduire en fran...