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Saturation de l'espace

Chaumont sur Loire 

Ils occupent le terrain, partout, le global, le local, les références et probablement aussi nos imaginaires.

Cette fin de semaine, j'ai saturé de l'omniprésence masculine, ou plus exactement de l'unique présence masculine partout où je regardais, écoutais, parlais, glandais, promenais, vivais ... C'était une longue répétition, perpétuelle (comme à l'Académie Française) d'une présence masculine qui occupe l'espace, dans toutes ses dimensions, y compris sensorielles.

Je n'en plus du rugby, pas du jeu, mais des joueurs et de leurs fans. Et du sport en particulier, qui est l'apologie de la puissance masculine, la glorification des hommes, de leur forces, de leur héroïsme, de leur domination. Le rugby occupe la place de la Concorde avec son village, les affiches publicité dans le métro et même les messages SNCF avec un nom que je n'ai pas retenu et une voix à l'accent du sud-ouest qui ne m'annonce pas mon train, mais occupe l'espace acoustique pour me parler (encore!) du rugby et me souhaite une bonne coupe du monde. Une annonce imposée, dans la gare pendant que j'attends mon TGV. Au moins la radio je peux couper, le Monde j'évite les colonnes. Là, ça m'était imposé.

On a la même chose avec le foot, Europe ou Monde, on n'y voit que des hommes, des "grands" (débiles souvent) et ça rythme notre vie, il est impossible d'y échapper. Je sais, maintenant il y a une coupe de monde de foot de femmes, pas avec la même omniprésence. On peut se dire que ça bouge, ou alors il faut juste se rappeler que c'est l'exception qui confirme la règle. C'est à ça que servent les exceptions.

Vendredi, l'expérience s'est intensifiée. Journée de formation. Du début à la fin, tout au long de la journée, les références citées ont été uniquement des hommes. Les références sur le sujet, mais aussi les références citées par les participants. Comme je l'ai remarqué assez tôt dans la matinée, j'ai ensuite joué au bingo,  j'ai noté sur mon cahier tous les noms cités au cours la journée : ceux en formation (références bibliographiques), ceux cités par les participants pour illustrer leur propos, ceux apparus dans les conversations à la pause... 
J'en pleurerais. D'agacement, de ressentiment, de rage, de tout ce dont on ne se rend pas compte. De nos imaginaires confisqués où on ne sait plus que donner des noms masculins 

Ont été évoqués entre 9h et 17h : Perls, Goodman, Jung, Verlaine, Mozart, Bach, Nietzsche, Eidegger, Reich, Eric Emmanuel Schmitt, Emmanuel Carrère et Amin Maalouf . Et "la femme de" Perls en passant, ainsi que Hélène Carrère d'Encausse (pour amener Maalouf). C'est désespérant.  Ce qui l'est d'autant plus, c'est que dans l'assemblée, il n'y avait que trois hommes, et que ce sont surtout ces messieurs qui ont besoin de citer leurs pairs (Bach, Mozart, Nietzsche...). Mon étude est courte, représentative de rien, juste de mon overdose de la gente masculine et de leur façon d'occuper l'espace. 

Cerise sur le gâteau, parmi les images à choisir, prises au hasard  : un  portrait de Rimbaud, aucun portrait de femme. Notre hasard aussi est colonisé par les hommes.

La formation nous parlait de fond et de forme de ce qui se passe. Le fond, c'est fait.

Et la forme d'occupation de l'espace je l'ai eu toute la journée de vendredi par un spécimen de l'espèce masculine qui se veut "bienveillant et très attentif aux autres" selon lui. Le spécimen est très grand, bien plus grand que la moyenne de son espèce masculine. 
Il arrive en retard, mais il a prévenu, ce n'est donc pas grave.
Son arrivée interrompt le groupe, mais il prend soin de préciser "ne faites pas attention à moi". Comment ignorer un grand dadais de 1m95 qui ouvre son sac, en sort ses affaires et traverse la pièce pour se servir un café ? On s'arrête, on attend qu'il finisse par s'assoir. Je me sens otage.

Il nous raconte des anecdotes de sa vie, probablement parce qu'il pense que sa vie d'homme a beaucoup à nous appendre. Il n'entend pas quand quelqu'une (pas moi) lui fait remarquer que dans l'image qu'il a choisi l'objet central "prend beaucoup de place". 

Le paroxysme à la pause. Je discute tranquillement avec quelqu'un que je connais, le spécimen arrive derrière moi, me prend le bras en me disant "nous, on ne se connait pas!"

Moi dégageant mon bras : Ne me touchez pas!
Lui  :  Je suis très tactile 
Moi : Pas moi 
Lui : Tu peux me toucher autant que tu veux
Moi  : quel crétin. 
Non, ça je ne l'ai pas dit. Je n'ai rien dit. Il n'en valait pas la peine. A quel moment il se dit que quand on ne connait pas quelqu'un la première chose à faire est de le toucher? A quel moment il imagine que j'ai envie de le toucher? A quel moment il prend la peine de s'excuser? 

Je ne raconterai pas le reste de ma journée avec ce spécimen. Je l'ai évité autant que j'ai pu, je n'ai pas tout pu à mon grand désarroi. Une chose est sûre, il n'a aucune conscience de la trop grande place qu'il prend, de son occupation de l'espace tel un envahisseur, un conquistador qui pense être bienvenu partout rien que parce que c'est lui et qu'il est là.
Comme il se pense bienveillant, il croit ses intentions comme intrinsèquement bonnes et ne regarde pas l'effet de ses actions sur les gens. Comme il se vit attentif aux autres, il n'a aucune raison de l'être et de demander avant. Il est tellement à l'image de ces hommes qui ne voient rien, qui disent "oui, mais pas moi" et qui ne sont même pas au stade zéro de la prise de conscience de leur domination "naturelle".

Pour la petite histoire, la formation parlait de l'art du contact. Notre spécimen va devoir redoubler.

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