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IA ou pas IA, telle n'est pas la question !

Photo retouchée par une IA : montrer le manque de présence des personnes racisées dans les représentations dans les années 60 aux USA (the Anonymous project)


Drôle d'histoire que celle de Thélyson Orélien, qui agite le monde de la presse, de l'édition, des artistes. 

Au premier épisode j'ai rigolé. 
Au deuxième j'ai pensé à Jason Arday.
Aujourd'hui je m'interroge sur toutes ces réponses apportées à la mauvaise question.
D'où l'idée de tester les questions avant de consolider les réponses, selon les théories de Oliver Hamant sur la robustesse.

Passer du temps à poser le problème : parler pour se penser, verbaliser pour laisser échapper des vérités ou des intuitions qui seraient diffuses, enfouies, refoulées…
Réorganiser ses pensées

Précisément tout ce qui a été évité, par toutes les parties concernées.
Et comme m'a dit mon collègue - champion de la punchline  - nous sommes à un moment de rupture anthropologique. Je comprends sans vraiment savoir dérouler sa pensée.

Le monde littéraire s'est agité sur le roman C'était ça ou mourir, criant au miracle de la rentrée littéraire de septembre, à l'extraordinaire de l'écriture, à la puissance du vécu raconté, à la justesse des ressentis.
C'était un homme (Orélien), je ne me suis pas nécessairement penchée dessus, tout de suite, il a eu pour lui dans mon référentiel de ne pas être un homme blanc de plus de 50 ans, sinon je serai passée à coté. Le Grand Monde intello Germano-pratin l'a trouvé suffisamment génial pour l'inscrire dans la liste des nominés pour le Goncourt.
On a bien eu des Femmes au Goncourt, des Arabes, des Noirs et même de Femmes Noires (j'écris avec beaucoup trop de majuscules parce que j'ai lu récemment qu'elles étaient délaissées, visiblement tout écrire en minuscule donnait un air de coolittude), pas beaucoup mais au moins un de chaque catégorie tous les cinq ans, alors pourquoi pas un Québécois d'origine Haïtienne? 
C'était sans compter la montée des extrêmes (droite a priori dans cette histoire), un journaliste par qui le scandale arrive, dans un tweet (je ne me mettrais jamais à dire X, entre l'impression de parler de porno et avoir l'air de mon temps je sera en total décalage avec moi-même) qui a l'effet d'un strike au bowling. 

Le mec aurait écrit avec une IA. 
Mama mia le scandale !

Dans la morale d'aujourd'hui, c'est impensable. Dans l'éthique de demain peut-être pas.

J'ai bien rigolé de tous ces gens qui se repaissent de culture, de style, de révélateurs de talents littéraires et qui ont choisi une oeuvre écrite par une machine ! Ils ont du être vexés dans leur ego d'être dupés à ce point, au plus profond de leur identité professionnelle. Oui ça ébranle. 
La question a alors été  : les IA détectrices (on accorde au féminin les IA?) d'IA sont-elles fiables? 

Les réponses apportées vont dans tous les sens : de oui à 95% à non à 96%. Au final on ne sait pas, malgré quantités de tests avec des textes écrits bien avant l'avènement de IA, où on détecte des passages écrits  par IA ... Au passage, on continue de nourrir la bête avec de la production humaine, c'est du pillage intellectuel. Rappelons aussi que l'IA c'est des statistiques, au plus on l'alimente, au plus la probabilité que la machine réutilise les enchainements de mots augmente et avec la probabilité que ce soit écrit par une IA... Bref, la boucle s'auto-entretient. 

Une éditrice - Clotilde Palluat , celle de Pico Bogue - a mené elle même une expérience rigolote : elle écrit un texte, qu'elle a passé au détecteur d'IA. Verdict : écrit par IA entre 96 et 25% selon les machines consultées puis l'IA luit a dit que on texte était difficile à lire, lui a mis une note de 3/5 et lui a proposé d"humaniser son texte. 

Un détecteur d'IA a décrété que mon texte écrit sans IA avant été écrit par une IA et me propose ses services IA pour faire en sorte que mon texte ait l'air écrit sans IA.
Dans la mesure où on est déja à peu près tous et toutes en burn-out du monde actuel et en pré-burn-out du monde qui vient, peut on nous laisser tranquille avec ce projet de société claqué au sol ?
Clotilde Palluat (infographie faite par Alexis Dormal sur Instagram)

La conclusion est simple : les destructeurs d'IA sont nuls, au sens ils n'ont aucune valeur de fiabilité.

Comme l'explique Virginie Despentes (#Pangram va te faire foutre) dès qu'un livre est traduit aux USA, il est donnée à une IA. Tous ses textes sont désormais  dans la grande bouille des LLM. Quand elle va de nouveau écrire, elle pourrait elle aussi d’être accusée d'écrire avec une IA, car trop semblable à ses précédentes productions? Elle explique encore que,  désormais elle écrit ur un cahier à la main, car Word lui propose par défaut et sans son consentement de rédiger à sa place ... 

Au moment du 1er épisode, l'iMari a ce moment là me demandait "un livre écrit par un IA est-il encore un livre? tu le lirais?". 
Je ne savais pas répondre. Je butais d'abord sur le plaisir d'écrire, de refléchir par soi de composer ses phrases, de les taper, de le relire puis de les effacer pour enlever des mots, reconstituer une tournure. Je pensais aux plaisir du processus, alors qu' utiliser une IA pour écrire le contourne. Je ne comprenais tout simplement pas l'intérêt pour l'écrivain : l'essence même de ton job, tu le fais faire ? Que reste-t- il alors? Relire un texte n'a rien à voir avec l'écrire. Je ne me plaçais même pas du côté de la lecture. 
En théorie, je n'aurai pas été intéressée par un texte écrit par une IA.

On ne sait rien sur les processus de création dans uns et des autres écrivains s'iels ne les racontent pas. C'est évident que des recherches sont nécessaires. Rien que pour écrire une page de quelques lignes par semaine, je relis des articles, je me replonge dans des textes, je vais chercher des livres, j'écoute des podcasts, des interviews. Alors je n'ose imaginer ce que ça requiert pour un roman (parfois 20 à 30 ans pour John Irving). Que ces personnes utilisent l'IA n'est finalement pas surprenant, on est sûr d'y trouver quelque chose qui nous arrange, même si c'est faux. Les plus riches avaient des assistant·es de recherches, les plus sociables écrivent en groupes... les plus pressés ou les plus modernes avec l'IA ? 
A-t-on oublié que Leonard de Vinci avait une armée de peintres qui peignaient pour lui ? Que Rodin avait des élèves qui lui abattaientt un boulot monstre (de la préparation des blocs à la sculpture de certains détails). Pense-t-on vraiment que Sarkozy ou Attal ont chacun écrit leur bouquin? Ils ont au mieux un nègre (quelqu'un qui a écrit pour eux à partir d'interviews) au pire une IA dont je doute qu'ils aient rédigé les prompts eux-mêmes.

Dans cette histoire, il n'est pas possible de ne pas situer de qui on parle d'un côté et de l'autre : un journaliste très à droite et un écrivain noir, émigré.
Cet été, il y eu une histoire similaire avec Jason Arday : même âge, même couleur de peau et neurodivergent (troubles du spectre de l'autisme a priori) . Son histoire à lui finit mal, il s'est suicidé. 
Jason Arday, un de plus jeune professeur nommé à l'Université de Cambridge a été accusé de plagiat -  pas une histoire d'IA au sens strict du terme, pour autant avec le raccourci simpliste IA =p lagiat, on devient tout aussi ostracisé), visiblement harcelé sur ses travaux depuis 2023 (par des vieux hommes blancs professeurs d'université). La presse s'est déchainée sur ce cas, alors que le gars n'était pas connu, ni en son nom, ni pour ses travaux. Il a démissionné de l'université : libre ou contraint, peu importe. Au final, il n'est plus de ce monde.

Dans la même période, Etienne Klein - notre grand scientifique français qui a fait de la pédagogie scientifique sa marque de fabrique et travaille au CEA -  est démis de son tire de docteur en philosophie et il ne peut donc plus être directeur de recherche au CEA. Il n'a pas eu droit au même déferlement médiatique : un seul article dans le Monde quand le fait été tranché et jugé : sa thèse est basée sur des plagiats (tout comme nombre de ses travaux publiés). Il n'a plus sa thèse, a perdu son titre de Docteur et avec l'habilitation de diriger ds recherches. Son cas n'a pas fait l'objet d'autant d'acharnement ni de haine. Le monsieur a même eu le culot de rédiger 4 pages sur Linkedin pour se justifier (pas pour se repentir). Il est toujours au CEA, jusqu'en janvier 2027, date de son départ en retraite, pas comme directeur de recherche "évidemment". Je doute que son salaire en ait été modifié. 
Toute la carrière d'Eienne Klein est basée sur une fraude (au sens légal) puisqu'il n'a pas la thèse qui en est la clé de voute. Ce monsieur est blanc, issu de l'élite française, une fraude scientifique à qui sont maintenus salaire et statut. 


Episode final pour Orélien, sa maison d'édition le lâche, ne re-éditera plus son livre. Il est complètement banni du  monde littéraire, comme si la faute commise était passible de peine de mort professionnelle pour l'écrivain. 
N'est pas Orélien qui veut. Ou Adray.

Dans les entreprises, les salariés sont poussés à utiliser l'IA, parfois même on leur impose. Ce travail fait par IA est bien considéré comme LEUR travail. Le CR fait par l'IA, le support PPT généré par IA, les CV triés par IA, le tableau comparatif, les calculs. dans Excel, l'analyse des radiographies par les médecins, les diagnostics rédigés, les séances de coaching préparés en amont par certains de mes collègues... et personne ne les accuse de tricherie, ni ne se fait virer (voire même le contraire dans certaines organisations : tu te fais virer pour NE PAS avoir utiliser l'IA). 

Nuances et paradoxes :  il y a des endroits (organisations, métiers) où utiliser l'IA est considéré comme un manque de compétences et d'autres ou ne pas l'utiliser est LA preuve d'incompétences.
Tout est affaire de contexte. 
Dans le milieu de l'écriture - même sans E majuscule : les chargés de com', ceux qui écrivent des newsletters, même les équipes de Marketing  - il semble indigne de rédiger avec une IA; certains ajoutent des fautes d'orthographe ou se méfient de leur tournure de phrase : visiblement les rythmes ternaires (qu'on apprend à l'école dès lors qu'on fait des discours ou des argumentaires), les tirets - ,  les points virgules (chers à John Irving), sont autant de preuves parait-il que c'est écrit par une machine.

J'ai une fâcheuse tendance aux rythmes ternaires, aux répétitions, j'abuse des tirets et les points virgules me donnent le sentiment de me rapprocher petit à petit de John Irving. Je ne suis pas une IA, mes textes ne passent pas dans un IA, et pourtant ça corrigerait les fautes. 
J'ai beau me relire, il y a toujours des fautes  - orthographe et frappe - dans mes textes, parfois même il manque des mots, que je complète quand je relis les lignes plus tard, plusieurs jours voire semaines plus tard. 
Quelqu'une (Marie Dollé dans sa newsletter In bed with tech) avait écrit 

L’imparfait sera un luxe. L’unique, un privilège rare.

Nous y sommes.
Mes textes imparfaits sont un luxe.
Quel bonheur.
Le livre d'Orélien parfait à la première lecture est devenu l'objet banni ensuite, alors qu'il semble unique et singulier, on ne lui enlèvera pas ça.

La seule question qui reste à la fin est en quoi réside la valeur d'un texte ?
Tout cela m'a presque envie de lire C'était ça ou mourir.



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