J'ai fini par le faire. J'ai mené les recherches, comparé les modèles.
Au bout d'un an, les gens du club me disaient "arrête de courir avec ton téléphone, achète-toi une montre".
Le critère mis en avant est le prix : pas cher chez Décathlon.
Le critère que j'aimerais mettre en avant : c'est moche. Oui, mais c'est fonctionnel (nausées)
Le critère que j'aimerais mettre en avant : je n'en veux pas. Pas un objet de plus. Encore un. Même s'il est utilisé, utilisable, apprécié (et oui!) trois fois par semaine.
Je n'en avais pas tout à fait besoin.
Pas quand mon pote Didier est là. Mon pote Didier a 69 ans, c'est un ex-chercheur du CEA, on court à la même vitesse (VMA d'environ 12,5 ) en parlant de Chine, d'intelligence artificielle et de randonnées itinérantes, il a une super montre offerte par ses enfants. Didier, c'est mon chrono. Comme tout retraité, il est hyper occupé et pas suffisamment assidu. J'ai du me procurer un chrono plus fiable, enfin plus souvent présent aux entrainements des mardis et jeudis, le dimanche je cours toute seule.
J'ai ressorti du tiroir de l'iAdo coureur de cross une petite montre chrono, violette, à quatre boutons (trois de trop pour moi). Elle a servi, les fois où j'ai pensé à la prendre, elle a un faux contact et s'éteint subitement. Puis un jour, le faux contact s'est installé de façon permanente. J'ai essayé l'autre montre, grosse noire de l'iAdo coureur, même en changeant la pile, je n'ai pas compris comment elle fonctionne, l'écran ne s'allume pas toujours, c'est dommage pour suivre son temps.
A la Toussaint, en vacances j'ai franchi le pas. je me suis équipée d'une montre Garmin, avec beaucoup trop de boutons et de fonctionnalités à mon goût, mais ils n'étaient pas en option. J'ai du cependant me plongé dans le manuel - en ligne - ne serait-ce que pour lancer le chronomètre.
Après 6 mois d'utilisation, je m'en sors a peu près. Parfois, la distance est en miles, d'autres je n'ai pas mon temps aux 400 mètres... bref tout ceci dit que je me suis prise aux jeux. Pas tous. Elle me gronde parce que je ne la porte pas 24h sur 24h, je ne fournis pas assez de données, notamment pour remplir le fameux indicateur "body battery". Je n'en reviens pas de tout ce qui peut être inventé autour des données de santé , de leur monitoring, de l'image de soi renvoyée, profilée, travaillée dans la quête du toujours plus, toujours mieux.
Je ne suis évidemment pas sur Strava. Il y a un pas qui me semble a giant Leap qui n'est pas en faveur de l'humanité. Strava ne m'est pas utile, je me demande à qui est-il utile ? A part aux Starva leaks.
Avec une montre Garmin, je cours (donc) plus longtemps, plus loin, plus valloné, plus boisé. C'est ce que veut le marketing non ?
Courir plus long je sais.
M'hydrater, m'alimenter; un peu moins.
Inscrite à un trail de 16km, je découvre que le tracé a évolué pour inclure un château de plus c'est désormais 18km. Les 2 kilomètres de plus qui font mentalement la différence. De même que de boire, juste le gobelet de carton au ravitaillement. J'ai couru mes 2h20 de montées et descentes sans difficulté particulière contente d'arriver, je crevais juste de soif. Je suis restée un long moment au ravitaillement, principalement pour l''eau. Puis la banane, puis le chocolat. Je ne savais pas quoi faire de moi, où attendre les compères de courses, comment retourner aux vestiaires (c'était pourtant tout petit), où retrouver les toilettes.
J'étais désorientée.
J'avais du mal à reconnaître les lieux, je n'arrivais pas à décider où aller, ni décider de la suite de mes actions. C'est signe chez moi de grande fatigue. C'est la seule chose que je sais reconnaitre quand je suis dans cet état. Je ne reconnais pas les lieux, pas les gens, j'ai même du mal avec la logique à suivre, je peux faire des choses absurdes. Mais entre temps je reconnais l'état.
Ce qui est déja pas mal, alors j'arrête de réfléchir, je mets un pilote automatique pour me sortir de là.
Ce jour là, j'ai bu, j'ai retrouvé la consigne, je me suis changée aux vestiaires, j'ai suivi les panneaux jusqu'à la navette, sui montée dedans, mangé des noix et du chocolat sans un mot à personne. J'ai couru (encore) au RER qui attendait à Saint-Rémi-les-Chevreuses. J'avais mal partout je voulais dormir, me changer (dans cet ordre). J'ai oublié de valider mon Pass navigo, mais les contrôleurs n'ont rien vu ou n'ont rien dit.
Pas assez bu sûrement, pas assez mangé probablement.
A la course suivante, aux15 kilomètres, je ne suis partie avec plus d'eau. Comme la dernière fois, j'ai utilisé le ravitaillement. Pas assez non plus, j'ai fini assoiffée, et moins désorientée. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce n'est pas surprenant.
Il m'a encore fallu une troisième sorti forte de 2h20 pour me dire que sur plus d'une heure je devrais prendre de quoi boire.
J'ai un apprentissage assez lent.
Aussi, quand les copines du club m'ont proposé un semi en forêt pour le dimanche suivant, j'ai bien failli accepter (se lancer, ne pas - trop - réfléchir), puis je me suis rappelée : course longue = boire. Il me fallait m'équiper avant de me lancer, et le tester auparavant.
J'ai donc passé un samedi après-midi sur le sujet du sac d'hydratation. Conseil des coureuses : va chez Décathlon, la gamme est bien. Profil des copines : plates comme des hommes. Je m'en suis rendu-compte essayant tous les sacs d'hydratation de celui à 29€ à celui à 79€. Pas du tout fait pour les femmes avec de la poitrine.
Quelques jours avant un article dans le monde (la chronique Dix mille pas et plus de Sandrine Cabut) expliquait précisément le "shrink it and pink it", soit les produits dans le sport ici (et probablement on peut généraliser) sont conçus pour les hommes (taille, poids, morphologie, musculature, équilibre hormonaux ...), réduits (des tailles plus petites) et colorés en rose. Les sac d'hydratation de Decathlon existent en taille XS mais sont tous noirs. Décathlon s'est même affranchi de la deuxième partie de la phrase.
L'article évoque les chaussures de running par exemple, tellement concu pour les hommes qu'elles peuvent entrainer des blessures pour les femmes. Les équipements sont imaginés pour des corps qui ,ne sont pas les leurs, qui ne tiennent pas compte de l'anatomie féminine, de la biotechnique et des réalités hormonales, raconte la chercheuse canadienne Ine Mylle.
Pour les chaussures : elles sont trop larges pour les pieds féminins, l'arche trop rigide, la répartition des charges n'est pas la même, ce qui entraine plus de lésions pour ces dernières : des ampoules, des ruptures de charge et plus de risque sur les ligaments croisées. Encore très peu d'études portent sur les données des femmes dans le sport, mais ça vient. La prise de conscience est très récente dans la médecine, et pourtant encore peu prise en compte que ce soit dans la prise en charge des pathologies (la dépression, les infarctus) ou encore les médicaments jamais testé sur les femmes alors que les changements hormonaux en impactent l'effet.
Pour les sac d'hydratation, la poitrine a été oubliée.
J'ai donc mené des recherches sur internet : je n'étais ni la première ni la seule à avoir besoin d'un sac d'hydratation adapté à ma morphologie. Je suis tombée principalement sur des forums de discussion. En resumé : les femmes posent les questions, les hommes y répondent, parfois à côté de la plaque : "moi, j'utilise..." (qu'est-ce que tu n'as pas compris dans la question, mec ?). L'usuel ces hommes qui nous expliquent la vie, jusque là.
Les plus pertinents répondent "ma femme utilise ....".
Résultats des recherches : les sac d'hydratation pour les femmes sont bien plus chers. C'est Au Vieux Campeur où il ya un (petit) rayon dédié que j'en ai trouvé: ils sont roses, ou avec du rose, au mieux violet et dans les tons pastel. Le premier prix est largement au delà du plus haut de gamme de Décathlon.
C'est du racket. Je rappelle un sac d'hydratation c'est une expression compliquée pour un gilet avec des poches où tu peux mettre des sacs d'eau (gourdes molles).
Et voila comme je me retrouve avec une montre (blanche, Garmin vend le bracelet rose en accessoire) et un sac d'hydratation. La course à pied me coûte une fortune (combien de livres je pourrai acheter? de spectacles aller voir?)
C'est dans la tendance observée : marché en développement, de plus en plus de produits sophistiqués. Les Adidas qui ont gagné les premières places du Marathon de Londres et battues le record du monde se vendent 500€. Dans le 1 - journal hebdomadaire, "pourquoi courir", l'article "les profits à grandes foulées" raconte tout ça : 90% du marché des chaussures de course est tenu par 9 marques, largement en tête Hoka et Asics. Adidas en perte de vitesse, vive le Marathon de Londres !
Une nana du club s'achète une nouvelle paire de running (gamme performance, semelles carbones, pas ma paire de Brooks de base) à chaque Marathon qu'elle court, soit entre une à deux fois par an. Comme elle les veut en rose, elle les paye plus cher.
Le portrait robot du coureur / trailer est bien un homme CSP+ ils du temps, de l'argent, de l'énergie (les ouvriers en 3 fois 8 n'ont plus l'énergie pour aller s'entrainer après leur job); en 2015, une étude menée sur les trialthèles d'Ironman montre que le revenus moyens de ces gens est de 247 000 USD par an.
C'est du triathlon, il faut un vélo, et des combinaisons pour la natation.
Heureusement, je ne fais que de la course à pied, avec des baskets tout simples (je ne cours pas assez vite pour des semelles carbones).
Commentaires
Enregistrer un commentaire