il manque un bouton à ma chemise
j'ai envie de pleurer, j'ai laissé mes clés dans l'appartement et mes coloc sont partis pour le week end
j'ai mon premier déplacement !
je suis au bout de ma vie,
aujourd'hui j'ai cuisiné un oursin
j'ai 39,5° et le Doliprane date de 2 heures
je me sens mieux depuis que je sais que je n'ai pas la mononucléose
ils m'ont oublié à la gare (larmes et reniflement)
je me suis fait flasher au radar sur une route limitée à 50km
le chef m'énerve il est raciste
Que faire de ces informations?
Surtout quand on est à quelques centaines de kilomètres.
Ce sont des adultes, sur leur carte d'identité du moins.
Ils n'attendent pas de solution en retour, et pourtant, souvent mon rôle maternel s'active malgré moi : Doliprane ; tu peux appeler ton propriétaire, il a peut être des clés ; tu as du fil et une aiguille? ; super prends tes billets à l'avance, un gant d'eau fraîche sur le front ...
Je rentre dans le jeu, j'ai toujours un truc à proposer. Jamais à court d'idées.
Ce n'est souvent pas ce qu'ils attendent.
Qu'attendent-ils d'ailleurs?
Un emoji coeur? triste? pouce ? désolée ?
Au fond je pense qu'ils ont juste besoin de quelqu'un au bout du fil - du texto en l'occurence.
Une présence, un écho qui accuse réception, peu importe la réponse, ce ne sera jamais la bonne puisqu'ils veulent juste un retour.
Roger that serait peut être le retour le plus neutre. Comme dans les films de guerre étatsuniens.
Veulent-ils du neutre ?
Je ne crois pas non plus.
Je pense que le contenu n'est pas utile, tout en devant être inutile.
Je pense qu'il vaut mieux taper doliprane que ok bien reçu ou même mon pauvre avec un emoji en larmes.
Déjà si j'envoie un émoji en larmes, ils vont se demander si je ne me moque pas d'eux.
Ils veulent un truc qu'ils savent déjà (ou presque), une réaction connue pour s'assurer que leur mère est bien là, immuable dans ses réactions quand le monde s'effondre (enfermée dehors, fièvre la nuit, bouton manquant...) ou quand le monde change : j'ai mon premier déplacement
Ils veulent partager les grands moments de leur vie, ne pas être seul·e avec les désolations et les rebondissements, tout peut bouger, mais leur mère répond, un truc à côté de la plaque (comme d'hab), inutile, au moins ça, ça ne bouge pas.
Je cherche encore quel serait le retour adéquat, juste, celui qui ferait de moi une bonne mère. Dans la réalité (IRL in real Life), je sourirais, je serais juste là. A distance emoji sourire est ridicule.
Je vais finir par conclure sur Doliprane : une réplique qui marche dans beaucoup de cas, et me place dans la case de la "mère suffisamment bonne" (merci Winnicott)
Je suis censée tenir un journal de tous ces événements, quand je les oublie ou les mélange (qui a eu de la fièvre et m'en a informé à minuit, qui était au bout de sa vie un vendredi après midi...?), je suis perçue comme une mère indigne.
Et pourtant, je suis toutes les histoires des copines et copains sans me tromper, ceux avec qui ils ont hyper potes, puis un peu en froid, qui a dit quoi à qui, qui a été rencontré où et qu'on trouve super...
Je relis les CV des uns, je reçois les autres à la maison quand ils viennent en week end ou sont de passages à Paris, ont un train à prendre... J'ai tendance à être l'étape hôtel de tous les copains en transit en Ile de France et je pourrais aussi être l'abri de celles et ceux qui n'ont pas de logement au moment de leur stage.
C'est un peu plus envahissant que juste les texto au milieu de la nuit.
Je suis le phare de ces étudiants partis qui reviennent, de façon plus ou moins pérenne.
Je suis l'élastique qui ramène à la raison et à la maison
C'est la vie.
C'est leur vie, celle qu'ils partagent encore un peu via les textos à défaut des repas du soir où chacun avait son temps de parole.
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