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Commencer par la fin (#John Irving)

Lignes - travaux préparatoires de Fabienne Verdier


Evidemment j'ai échoué. 
Je n'ai pas tenu. 
Je n'ai même pas noté la date où j'y suis retournée. Pour la première fois après ma grande résolution. 
Car depuis j'y suis retournée plusieurs fois. Multirécidiviste.
Désintoxication mon oeil. tout recommencer à chaque fois plutôt.
Avec un prétexte pour chacune de ces incartades : celui d'aller choisir un livre pour quelqu'un d'autre. Et hop au passage j'en prenais un (petit) pour moi.
Pas forcement petit d'ailleurs. 
Le dernier de John Irving compte 981 pages il mesure plus de 5 cm d'épaisseur. Il était bien plus gros que les deux autres à offrir.

John Irving ne se refuse pas. 
Son dernier roman Les fantômes de l'hôtel Jérome me narguait depuis déjà trop longtemps. D'abord en anglais à Dublin, j'avais péniblement résisté.  Puis depuis novembre  - soyons précise sur la durée de torture -  date de sa parution en France, je le lorgnais de biais, de face, de dos...
Je l'ai acheté, je l'ai lu dans la foulée. D'une traite.
J'ai même envie de relire les autres. Je ne sais pas lequel recommencer. Garp fête ses 40 ans, je serai dans l'air du temps, ou Twisted River adoré à l'époque? 
C'est dire l'effet de John Irving : on ne veut plus le quitter une fois la dernière page tournée, je suis prête à rempiler, après avoir écouté plusieurs podcasts des dernières émissions que j'ai trouvées.

C'est une excellente fiction, avec des personnages géniaux, ce qu'il faut de folie, de passion, de compulsion... Toute une vie avec ces gens là sur 981 pages. 
Je pense à son roman A moi seul bien des personnages, tellement il y en a dans celui-là.
Je pense à Alice Zeniter qui dit avoir parfois "une telle proximité avec les personnages de fiction qu'elle pourrait donner de leur nouvelle à une amie qui passe prendre des siennes". Ils sont tellement réels que je pourrai m'étonner de ne pas les croiser dans la rue, et je n'ai qu'une envie c'est d'aller à Aspen (Colorado) pour skier avec eux.  Pas demain la veille avec ce bon vieux clown de Donald T.

Il y a des mères lesbiennes, des beau-pères qui deviennent des femmes,  quelques hétéro (blanc et cis!) aussi, des enfants, des vieux et des jeunes, des armes, de l'amour, du stand-up, du ski et de la lutte (gréco romaine). On y parle de littérature et de cinéma, de luttes politiques et du Sida.
Je découvre que les années Reagan (nos années Mitterand, 81-89) n'étaient pas mieux que les années Trump. C'était devenu très conservateur, le puritanisme accentué. Il voulait absolument imposer une prière obligatoire à l'école, il a laissé l'épidémie de Sida se répendre sans prendre aucune mesure et imposa  un silence absolu, sauf à dire que les homosexuels étaient des assassins. En lisant le roman, je constate que tout ceci aurait pu se passer aujourd'hui sous Trump, rien n'est différent.

C'est un roman où John Irving a mis beaucoup de sa vie et toutes ses marottes. J'aimerai une autobiographie de ce Monsieur (John Irving est né en 1942, il a 83 ans), on pourrait y dessiner les lignes entre sa vie et tous ses romans. Si on les trace en couleur, on a un tableau de Janet Sobel (l'inventrice du dipping avant Pollock).

On retrouve la lutte évidemment, les lieux (le New Hampshire : comme l'Hotel du même nom et le livre ), Aspen (comme dans Garp), les fils sans père et à la recherche de (Je te retrouverai), les scènes de sexes loufoques et ubuesques (relire Garp),  le déménagement au Canada (il habite désormais à Toronto), sa passion pour les points virgules (semi colon en anglais, largement détaillé dans Avenue des mystères)... tellement de liens entre la fiction et ce que je savais de lui que je me suis précipitée pour en apprendre plus sur le monsieur. C'est comme ça que je me suis enfilé toute une série de podcasts dont une Masterclass  - soit disant -  conduite par Christophe Onot-dit-Biot, qui ne m'a pas réconcilié avec ce dernier. J'avais lu Birmane (une catastrophe littéraire) et vu l'adaptation de Plonger (une catastrophe cinématographique).
Sa Masterclass, une catastrophe radiophonique. 

J'ai cependant appris des choses sur John Irving.
Ses histoires sont en gestation 7 ans au minimum.
7 ans. De réflexion (sans Marylin).
Toutes ces années il prend des notes, accumule des choses sur les personnages, pour construire leur vie pas à pas. Il dit n'entamer l'écriture du roman que quand il sait ce qui va arriver à tous ses personnages. 
7 ans, ça doit représenter des cahiers entiers, des pages entières.
Il en a plusieurs en gestation en parallèle. Twisted River a attendu vingt ans. 
J'ai peur qu'il meurt avec trop d'histoires en attente, trop de personnages aux vies inachevées. 
J'ai peur de ne pas avoir toute l'imagination de ce monsieur retranscrite dans des romans.
Un monsieur qui voit loin, qui a de l'endurance.
Il dit aussi qu'il faut imaginer le pire pour ses personnages. Aller toujours vers ce qui est cauchemardesque. Il se moque des écrivains qui racontent que les personnages ont une vie autonome et que ce sont les personnages qui soufflent l'histoire.
Il a une imagination incroyable. Ses fictions sont au delà de ce que je pourrais prévoir. Il n'écrit pas pour faire plaisir, ce ne sont pas des feel good books et pourtant on est bien dedans, malgré les tragédies qui s'enchainent. Je l'ai entendu dire qu'il écrit sur ce qu'il lui fait peur et c'est ainsi que naissent ses fictions. 

Si j'avais un doute, je n'en ai plus, je n'ai pas un dixième de son imagination. 
Une copine qui écrivait me disait  : si tu as des personnages, tu as une histoire. 
Je ne sais pas, je ne crois pas. 
Il imagine une vie pour chacun de ses personnages  - et il y en a beaucoup  et une vie complète, d'émotions, de rêves, de principes, de réussite et d'échec. Personne n'est glorieux, personne n'est parfait, et tous sont aimables, parce que humains. 
Il commence par écrire le dernier chapitre. Je n'écris pas de fictions, mais je ne sais jamais comment je vais finir un billet, j'écris pour réfléchir et l'écriture déroule ma pensée. Là où la fiction demande d'avoir déja l'histoire avant de se mettre à écrire. Il faut de l'imagination jusqu'au bout, aucune sympathie pour ses personnages juste de la compassion. Sinon on écrit de la guimauve (comme Anna Gavalda par exemple, qui écrit une excellente guimauve).
Il met 7 ans, je mets quelques heures.
Il commence par la fin, je ne connais jamais la fin.
Il a tout un tas de personnages, je n'ai que la iFamily de tous les jours et je n'ai pas leur vie en perspective.
Je ne serai jamais John Irving et ça je le sais depuis le début de ce billet.
Mais qu'est ce que j'aime le lire!




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