| Pletzen de Noël |
Je me réjouis presque tous les jours de ne plus être dans une entreprise, petite ou grosse.
Et particulièrement à Noël.
J'ai déjà du mal avec les rituels familiaux, transposés dans le monde professionnel c'est pire.
J'évite donc tous les folies imaginables de fin d'année. Celles qui sont justifiées par la convivialité, l'ambiance dans l'équipe, sous couvert de créer des liens avec des gens que vous n'avez pas choisis, que vous supportez tous les jours et avec qui vous allez devoir faire semblant d'apprécier un bon moment, au travers du dîner d'équipe, de la bûche et du ...Secret Santa.
Le phénomène prend de l'ampleur, devient un incontournable, une signe de jeunesse ou d'être dans le vent.
Des clients m'en parlent.
L'iMari y a droit (et se loupe!).
Mon iAdo (iQuoi aujourdhui, c'est plutôt un jeune adulte!) l'a prévu avec ses coloc'.
Des séries le mettent en scène.
Le Guardian en rédige un article.
La paysage est saturé de Secret Santa.
Ma cliente me dit : j'ai des équipes de jeunes, ils veulent absolument faire un Secret Santa. Moi, assez désabusée : laisse-les faire. Le problème c'est qu'ils veulent que ce soit la directrice qui l'organise. La double peine : Le Secret Santé et, son organisation. Il ne fait pas bon être manager en cette période.
L'iMari a eu droit à un dîner de Noël d'équipe. Il y est allé, et a oublié que c'était aussi le Secret Santa. Résultat il est revenu avec ses petits bols de pépites de chocolat, enrobés dans du plastique (tout cela a fini à la colocation de notre iAdo dans l'Est) et quelqu'un dans l'équipe n'avait rien. J'aurai été mortifiée à sa place. Qu'est- ce qu'il se passe pour celui qui n'a rien au moment de l'échange ?
C'était arrivé dans mon ancien cabinet, un des associés n'avait pas prévu son Secret Santa, j'étais tellement mal que j'ai discrètement remis en jeu ce que moi j'avais reçu pour que la personne oubliée ne le sache pas.
Non, je ne suis pas une bonne âme. J'ai piqué ensuite le cadeau de quelqu'un qui avait laissé traîner le sien et que je trouvais bien : un gobelet en bambou. A ma décharge, je trouvais qu'elle ne s'extasiait pas assez sur son cadeau. Et puis, qui laisse en soirée son cadeau dans la salle de réunion où les gens fument à la fenêtre ? (ma reponse : quelqu'une qui se fout de son Secret Santa). J'en suis très contente de ce gobelet en bambou.
L'iMari était celui qui n'avait pas prévu le jour J, et personne n'a fait un petit tour de magie ni-vu-ni-connu. Le lendemain, il a pris dans mes réserves une bonne tablette de chocolat qu'il a emballé et la personne a eu son Secret Sant (plus du tout secret) le jour d'après. Pas vraiment une réussite.
Et c'est dans les séries. C'est probablement ainsi que c'est devenu si populaire. Avec toute la magie de Noël qui va avec : la personne qui nous est révélée, qu'on voit pour la première fois ou qui soudainement dévoile ses sentiments. Bref, un ramassis d'âneries (notamment dans Bridget Jones !)
Dans la série Home for Christmas, série norvégienne tout à fait recommandable à Noël, le Secret Santa est l'objet de beaucoup de discussions dans l'équipe en question, de controverse, voire synonyme de RPS (risques psychosociaux). Evidemment, j'adore le contre-pied.
C'est une série qui se veut woke, qui se moque d'elle-même par moment, et pas mièvre du tout (sauf 2 minutes dans le dernier épisode de la saison 3). Le ridicule ne tue pas, les situations peuvent aller du comique à l'ubuesque en passant par le mal-être, personne ne meurt, tout le monde s'en sort, on y apprend à reconnaitre quand on se comporte comme une idiote et à présenter des vraies excuses.
Le Secret Santé y est tourné en dérision : ça peut être l'occasion de faire du mal à quelqu'un en l'humiliant par le cadeau, le fonctionnaire d'Etat ne veut pas accepter de cadeau de peur d'être corrompu...
C'est drôle, exagéré.... jusqu'à ce que je lise l'article du Guardian sur le sujet.
Où le journaliste raconte plusieurs cas en entreprises où le Secret Santé est l'occasion de régler des comptes avec des collègues, de les humilier, de faire une blague qui tombe mal parce qu'on ne connait pas la vie des gens...
Intention manquée surtout.
Et parfois sans intention, il est possible de se prendre un sacré retour de bâton.
J'ai été moi aussi l'objet d'une campagne de discréditation suite à un Secret Santa. Il y avait dans l'équipe un gars très brillant, très intéressant, très spécial : il parlait tout seul avec plein de tics corporels, et il sentait très mauvais très souvent (pas tout le temps mais souvent). Je l'aimais bien, j'étais une des rares à l'emmener avec moi en mission chez des clients (où parfois il se faisait sortir). Je gérais les allers-retours et les rebuffades dont il était l'objet. Je parlais littérature, essais, culture générale, le gars n'était jamais à court de sujets de discussion, pas de small talks, ce qui m'allait bien.
C'est moi qui l'ai eu en Secret Santa. Comme je l'aimais bien, j'ai réfléchi. Le gars n'était pas fan de chocolat. Un livre, j'ai eu peur de tomber à côté, ses goûts sont pointus, et pas les miens. Chaussettes : un peu trop basique. J'ai fini aux Galeries Lafayettes à chercher des torchons de cuisine "Cocotte à Paris" parce que je sais qu'il aimait cuisiner, que Cocotte a Paris avait sa boutique à côté de nos locaux mais était fermée. j'ai fait chou blanc, plus de stock, pas de choix. Je me suis rabattue sur le stand à côté : j'ai pris des bougies Dyptique, une pour moi, une pour lui, senteur au pied du sapin.
Le gars a semblé content. Moi aussi, j'ai eu du thé cette année là.
En janvier, il m'est revenu par la bande (c'est à dire radio moquette) que j'avais cherché à humilier ce gars. Je lui aurais offert une bougie parce qu'il sentait mauvais. La rumeur transformée en assertion a été lancée par une de mes associés - le c*ard des 5.
Ce n'était pas l'intention. Ce n'était pas non plus mon inconscient. J'ai toujours des bougies, j'en offre autour de moi, j'en glisse dans les kits de survie hors de la maison, quand mes iAdo la quitte.
Donc non pas de message caché, inconscient dans la bougie.
Mal lu oui. Surtout par quelqu'un qui ne me connait pas, qui ne m'aime pas et qui avait très envie de me nuire.
Le Secret Santa est un outil qui peut s'avérer dangereux. A trop forcer la convivialité, le risque est d'obtenir le contraire. Plus prosaïquement, tout exercice imposé est détourné pour lui donner un sens, qui n'est pas nécessairement celui recherché. Comme tout exercice de management appliqué sans intention et sans authenticité.
A quel moment le Secret Santa est devenu un outil de management ?
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