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Changer sa routine

Agnes Martin - expo Minimal @bourse du commerce

J'ai changé ma routine. C'est en test.

J'ai lu cette semaine sur le Washington Post que 60% des Américains utilisent leur téléphone dans les 10 minutes après s'être réveillé.  L'étude, menée par l'Université de Singapour porte sur l'utilisation du téléphone et la vérification des notifications, en fonction des heures de la journée. La fréquence est impressionnante, comme une addiction : le pic est à 17h. Une personne sur 4 a vérifié son téléphone réunion au bout de 30 minutes, et même quand en compagnie choisie (un dîner, des copains..)  les gens vérifient régulièrement leur téléphone et répondent à des messages. 
Conclusion on n'est pas là où on devrait être, ou on choisit d'être ailleurs que là où on est physiquement. L'étude montre que ces interruptions volontaires ont des effets négatifs sur la mémoire et la concentration. 
Ce n'est pas exactement ça qui m'a incité à changer ma routine, c'est le "10 minutes après le réveil".
Je peux me trouver plein d'excuses et de justifications : dans mon cas ce n'est pas 10 minutes, plutôt 15 voire 20 si je traîne, si le pain met du temps à griller, si j'ai oublié de mettre le thé avec l'eau bouillante dans la théière, si... Il n'empêche, je regarde mes mails, puis je lis les journaux le Monde, The Guardian, puis mon livre si j'ai encore le temps, ou Instagram (pour le Washington Post, pour les titres de la presse étrangère, anglo-saxonne principalement). 

Je ne sais pas pourquoi je regarde mes mails, ils peuvent attendre que je sois à mon bureau. 
Je ne sais pourquoi j'ouvre Instagram le matin, puisque les news je les ai avec la presse en ligne. Une piqure des titres de Mediapart, NYT, New Yorker, BBC, Guardian Australia ... je n'en ai ni besoin d'autant ni besoin au réveil. Rien qui ne puisse attendre.

J'ai donc changé, depuis quelques jours.
Je commence par lire quelques pages de poésie, avant de prendre mon téléphone.
Je ne manque pas de recueils, ca me permettra peut-être de d'avancer dans leur lecture de façon plus systématique (un peu de méthode voyons!). 
Je poursuis avec la presse, puis mon livre. Je reporte les mails, et Instagram à plus tard. 
Je me dis que ma journée ne peut pas être la même si je commence avec des vers d'Ito Naga ou la sortie de Nicolas Sarkozy, les PFAS dans les céréales, le rejet de la taxe Zucman ....
La poésie doit pouvoir mettre du léger, du censé, de l'ici et maintenant et éloigner l'indignité de nos personnages politiques. 

En parcelle de cette expérimentation dont je n'ai parlé à personne, je reçois par texto de quelqu'un de bien intentionné :  

Cette hypothèse où la poésie deviendrait un outil à part entière. Ce signal faible, devient fiable. On y voit émerger une tendance forte : le sensible, qu’il s’agisse du langage ou du récit, devient une ressource stratégique pour les collectifs. La poésie y occupe une place particulière, non pas comme ornement mais comme levier de transformation et de passage à l’action, une véritable poésie de l’action. En reconnectant chacun à l’instant présent, elle aide à clarifier ce qui compte, à décider avec justesse et à transformer l’intuition en mouvement concret.

extrait de la newsletter de l'institut des futurs souhaitables

Je suis encore loin de l'outil politique, ou du passage à l'action, en revanche je comprends bien clarifier ce qui compte : il me sera plus profitable de lire quelques lignes de poésie (quelque soit l'édition et l'auteurice) que de regarder mes mails et ne rien en faire. 
remettre à plus tard ce qui peut attendre. Procrastiner. Ce n'est pas tout à fait le passage à l'action ça, c'est même l'exact contraire. 
Mon intuition est que mon passage à l'action ne se fait pas avant une bonne théière de thé bien infusé. inutile de faire semblant.

Et la poésie c'est la vie. 
Non, ce n'est pas le gras. Ils et elles se reconnaîtront qui pensent et clament "le gras c'est la vie" (surtout dans la cuisine).
il 
est contre le bonheur, c'est plus 
simple après tout on se sait pas
quelles bonnes surprise il pourrait nous réserver
Albane Gelée - je tu nous aime
S'offrir un peu de vie  - voire de bonheur au petit déj avec vous sans beurre c'est déjà bien en début, de journée.
Dans le dernier livre de Titiou Lecoq (que je recommande chaudement), La vie ressemble à ça, elle conseille dans la vie de connaitre au moins cinq poèmes par coeur : "on ne sait jamais ce que vous réserve la vie, cela vous sera toujours utile où que vous soyez".
Je n'en connais pas 5 par coeur. Je connais la moitié d'un, la fin d'un autre, la répétition d'un troisième, le titre d'un quatrième, le son d'un cinquième... Nouvelle résolution pour l'année qui vient en apprendre cinq  par coeur. Que je pourrais réciter dans le métro quand je m'ennuie, que je pourrais me raconter si un jour je suis emprisonnée, où que je n'ai plus accès aux livres. C'est un élément essentiel du kit de survie. 
Mes cartes de voeux sont très souvent assorties de vers (Hemingway, Cécile Coulon,...), dans le kit de mon iAdo l'année dernière avec son cahier fait main "maman décrypte" (en référence à son idole Hugo décrypte), je lui avais recopié une sélection de poèmes, modernes, de femmes uniquement avec une explication qui devait s'approcher de " dans la vie, il ya aussi la poésie". 
Je ne sais s'il les a lus, il les a, un jour il en fera quelque chose
Ou pas. 



 

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