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| expo Minimal |
Je lui ai souri en secouant la tête, il m'a souri en retour, s'est de nouveau posé contre son strapontin. A soutenu mon regard.
Nous supportons mal les discours lénifiants des magazines qui nous assomment avec leurs portraits de seniors en pleine forme, la dent blanche, l’œil sémillant, le sourire éternel, la ride gommée ou tellement arty, les remèdes résolument efficaces. Leur voyage au bout du monde, pire leurs trekkings, leur exploits au lit, à table, au tennis, leur minceur -, leur allure. Leur façon d’énoncer que oui iels sont veilleux, comme une provocation à leur éternelle jeunesse
Jane Sautière – tout ce qui nous était à venir
J'y ai repensé, plusieurs fois. Au trentenaire qui me propose sa place
Jusqu'à ce que quelqu'une me dise : tu es sûre qu'il ne cherchait pas à rentrer en contact plutôt?
J'ai le choix entre : être prise pour une vieille dame ou une tentative d'accostage ?
Ni l'un ni l'autre n'a marché.
Je peux poursuivre dans les hypothèses saugrenues : il a cru que j'étais enceinte ? (à mon âge !) et surtout dommage pour ma ligne s'il a pensé ça!
Est-ce une façon élégante d'accoster quelqu'une en lui proposant sa place ? Non seulement je ne l'ai pas compris, mais je doute que j'aurai eu envie? osé? daigné? conversé avec un jeune homme (fut-il tout à fait charmant dans son style détendu) dans le métro.
Même question ; qu'est-ce qu'il pousse un trentenaire à vouloir converser spontanément avec un cinquantenaire qui entre dans la rame ?
Et pourtant, la version du contact est plausible : son sourire, son regard ... et me plait mieux, même si c'est une occasion ratée. Et hautement improbable compte tenue de qui je suis. (moi? parler à quelqu'un que je connais pas ? quelle horreur!)
On pense avec son âge, son corps, son temps et leur être fidèles c’est aussi penser juste. Pourtant nous doutons.
Jane Sautière – tout ce qui nous était à venir
Ce doit être l'âge alors.
Je constate la semaine suivante que j'arrive à la gare pour prendre mon train avec une demi-heure d'avance.
Une demi-heure.
Où j'aurais pu dormir plus longtemps.
Me refaire une théière de Earl Grey.
Lire un chapitre de plus.
Il ne me semble pas si loin le temps où les portes se fermaient dans mon dos. Où chaque minute était comptée, où je me dépêchais d'attacher mon scooter au parking, je grimpais les escaliers en courant, je doublais dans les escalators, je courrais le long du quai. J'étais en sueur quand je m'asseyais enfin à mon siège, qui, à l'époque était en seconde (souvent).
C'est l'âge.
J'ai lu quelque part que le temps se replie quand on viellit. Au plus on avance en âge, au plus le temps nous parait court. Ma logique me dit proportionnel à ce que nous avons vécu, et en regard de ce qui nous reste à vivre. Mes trente minutes d'avance (c'est excessif, je ne sais même pas comment j'ai fait!) correspondent au 30 secondes d'avant, le temps du saut entre le quai et la fermeture des portes.
Je crois surtout que je n'ai plus envie de courir, je n'en avais pas forcement envie avant, mais je ne savais pas faire autrement. J'ai le choix aujourd'hui, 30 minutes restent trop, on dirait mon iMari.
J'ai plus de temps, je choisis de le passer à ne pas me presser, me laisser bercer par les escalators (surtout le matin de bonne heure), à ne pas courir le long du quai (c'est peut-être interdit, comme au bord des piscines).
C'est à ça qu'on me prend pour une vieille dame, à mon air pas pressée? (et à mon avance au départ du train)
Je pourrai aussi choisir de prendre le temps de me laisser aborder dans le métro.
Ça c'est vraiment un truc de vieux d'engager la conversation avec des inconnus (et de raconter sa vie).
Je suis bien dans mon âge, pas encore au point de prendre le strapontin d'un trentenaire et d'engager la conversation avec lui.

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