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Grande fatigue!

L'homme sur la falaise - Alberto Gicacometti

Une nouvelle newsletter féministe vient de voir le jour. C’est Bayard  qui l’édite, Bayard est groupe d’édition détenu par une Fondation Catholique  qui détient entre autres J’aime Lire, Astrapi… des publications hautement recommandables pour la jeunesse. J’ai été abonnée dès le numéro 2 à  J’aime lire, et pareil pour Astrapi (qui se rappelle des Copains des Tilleuls ou de Touffu ?). Mes enfants ont eu droit à tout de  Popi à Okapi (mais en grandissant ils ont décroché, pas un n’est arrivé à Phosphore). 

Et aujourd’hui ils éditent ViveS, leur nouvelle newsletter, écrite par … un homme !

Il se dit féministe, il semble connu pour ça, et la newsletter en fait toute la promotion :  de sa société de production, de ses Ted talk, du fait qu’il a co-fondé la Fondation de femmes. 

 

Le titre de sa newsletter est « gender fatigue ».

Moi, rien qu’en regardant sa tête et en lisant sa newsletter, j’ai ressenti aussi une très grande fatigue. Celle de ces hommes qui nous expliquent (encore la vie) et qui se disent être féministes parce que « né dedans ». 

« Je ne suis pas raciste, j’ai un ami noir » en version « je suis féministe j’ai une mère et des sœurs ». 

Je rappelle juste qu’on ne nait pas féministe, on le devient. Il y a un travail perpétuel de déconstruction et d’introspection, qui n’est pas acquis. 

Se proclamer féministe pour un homme c’est bien, c’est très tendance dans certains milieux (bobo, parisien, blanc). C’est mieux que de revendiquer sa masculinité plus ou moins toxique. Mais c’est fatigant ces hommes qui disent « oui, mais moi  c’est différent».

Je sais : pas tous les hommes. Mais beaucoup, et si pas tous violeurs, vous avez tous étaient un petit peu lourd au moins une fois dans votre vie (et sans le voir certainement), tous pas toujours conscients de votre statut de privilégié. Et c’est encore à nous de les éclairer chaque jour, à chaque fois, au risque de passer pour l’emmerdeuse de service, qui ne peut pas se marrer « pour une fois ».

 

Grande fatigue quand je lis un homme qui s’adresse à des femmes sur le sujet du féminisme.

 

Il est gentil et plein de bonnes intentions, pas de bêtises sans sa newsletter. Il donne même des podcasts, des livres. Et alors ? 

Alors c’est la newsletter de la féministe débutante : il en faut je ne crache pas dessus. Ses références ont plusieurs années de retard, mais elles sont encore valides. Je pourrai juste me désinscrire, parcee que cette étape là je l’ai passée. Et alors ? 

Alors c’est le titre. C’est le ton. C’est le public. C’est le gâchis. La perte de temps, la redite, la perte d’une nouvelle voix qui se trompe de voie.

 

ViveS : il s’adresse à des femmes. Quel homme (au singulier) lirait (ou même s’inscrirait) à une newsletter qui s’appelle ViveS ?

Le ton : gentiment condescendant, « je suis un homme féministe, doux et bienveillant, regardez comme je fais mes bonnes œuvres, je parle des minorités et je me dis conscient de mes privilèges ». Je sens la rage montée en lisant sa newsletter., tellement je la trouve condescendante, comme à chaque fois que quelqu’un parle d’une expérience qu’il n’a pas vécu : 

 

Mais mon cher (..), après tant de siècles, les femmes de bon sens sont trop avisées pour interrompre les hommes lorsqu’ils commencent à leur expliquer ce qu’elles éprouvent sexuellement. 
Le carnet d’or – Doris Lessing

 

J’aimerai être comme l’héroine de Doris Lessing et juste quitter la salle. Au lieu de cela, j’ai envie de hurler et de lui dire de se taire.

 

Il a des choses à dire sur le féminisme, sur la masculinité alors qu’il utilise son statut d’homme pour changer les choses et qu’il s’adresse alors aux hommes. Sa newsletter devrait s’appelait « VifS » et expliquer à ses comparses ce qu’il y a à changer, comment faire et les éclairer eux sur leur comportement.

 

C’est évidemment un oxymore d’être un homme féministe, un vrai paradoxe et certainement pas une position facile. Martin Page a écrit là-dessus dans la revue La Déferlante et en a dit des choses assez justes pour décider finalement de se contenir. Jablonka en fait un bouquin dont je n’ai lu que des critiques et des extraits, mais lui au moins a eu le bon goût de ne pas crier sur tous les toits qu’il était féministe et expliquer aux femmes ce qu’elles doivent faire (comment s’engager pour les causes féministes : tout un paragraphe de ce monsieur).

 

Aujourd’hui, je crois que pour qu’un homme serve la cause féministe il doit faire deux choses

-       Ecouter les femmes
-       Et parler aux hommes. 

Il fait exactement l’inverse.

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