Accéder au contenu principal

page 599 et page 198

vue en Arles cet été  - j'ai oublié le nom du photographe


Il n’existe qu’une façon de lire, et elle consiste à flâner dans les bibliothèques et les librairies à prendre les livres qui vous attirent et ne lire que ceux-là, à les abandonner quand ils vous ennuient, à sauter les passages qui trainent et à ne jamais, jamais rien lire parce qu’on s’y sent obligé ou parce que c’est la mode. Le carnet d'or - Doris Lessing

J'applique à la lettre les conseils donnés dans ce livre. J'ai saut
é les passages qui m'ennuient et finalement j'ai abandonné à la page 599. J'ai vaguement aéré les 400 pages qui suivent, lu une ligne sur deux dans les dernières pages pour m'assurer que je ne manquais pas une partie cruciale. 

Mais non. décidément je ne suis pas une bonne féministe, les classiques me font littéralement c***.


J'avais acheté le carnet d'or de Doris Lessing ni parce que c'est la mode, ni parce que je me sentais obligée, mais vraiment par curiosité. Il est régulièrement cité comme un pilier du féminisme, Doris Lessing est prix Nobel de littérature, j'avais apprécié ses nouvelles et j'ai croisé plusieurs livres ou séries où il est cité. Je crois que ce sont ces croisements, impromptus,  hors contexte qui m'ont le plus intriguée.
Notamment une réplique (je ne me rappelle plus dans quoi) où c'est le gars qui lit le carnet d'or, il est à la bibliothèque, et une fille lui dit "tu lis ce livre pour attirer les filles à la bibliothèque?" ce à quoi il répond "ça me plait, et ça m'aide à comprendre ce qui se passe pour vous". 
Et dans
Le choeur des femmes de Martin Winckler, la narratrice se dit qu'elle n'aurait jamais du se séparer d'un mec qui lit le carnet d'or juste parce qu'il en a envie.


Je ne comprends pas l'engouement pour ce livre. Il est beaucoup trop long, se répète en permanence. Il est censé y avoir 4 carnets, avec des histoires dans l'histoire. A la lecture, c'est quatre fois la même histoire, seuls les noms des personnages changent, mais les héroïnes sont des amies proches, elles vivent ensemble, elles ont des amants, tous mariés, et père de famille, et elles ont chacune un enfant d'un premier mariage. Elles se disent libres et cuisinent pour leurs amants qui passent les voir le soir et restent la nuit. 
Je suis certainement passée à coté de l'essentiel et pourtant je suis d'accord avec elle sur plein de sujets, que j'ai noté au fur et à mesure de ma laborieuse lecture :


En fait la fonction du roman semble changer : c’est maintenant un avant poste du journalisme, nous lisons des romans pour nous documenter sur des zones de vie que nous en connaissons pas (…). Nous lisons pour découvrir ce qui se passe. Un roman sur cinq cents ou sur mille possède la qualité qu’un roman devrait posséder pour être un roman : la qualité philosophique. Je découvre que je lis la plupart des romans avec le même genre de curiosité qu un livre documentaire. S’ils sont le moins du monde réussis, la plupart des romans sont originaux en ce sens qu’ils informent sur l’existence d’une partie de la société, d’un type de personnes, qui ne sont pas encore révélées à la conscience générale des lettrés. Le carnet d’or – Doris Lessing

Je suis curieuse, j'ai abordé le carnet d'or avec avidité, contente à l'avance. Ça fait plus de deux semaines que je suis dessus, j'ai lâché l'affaire. Soit je ne suis pas une lettrée et auquel cas la révélation ne marche pas pour moi, soit c'est une information obsolète : la partie de la société sur lequel ce roman doit nous informer n'existe plus.


Simone m'a fait le même effet. La grande Beauvoir m'a tué (sans r) avec le deuxième sexe (livre I). A la page 198, je suis restée coincée, le marque page y est encore et pour longtemps certainement. Des pages et des pages sur les points de vue pris sur la femme dans la biologie (toutes les espèces ou presque y passent), la psychanalyse (j'ai toujours eu du mal avec une doctrine qui postule que tout repose sur l'envie de penis) et le matérialisme  historique (concept plus difficile, il me manque des références en philo et en histoire).

Je comprends la démonstration, chapitre après chapitre... 


L’asservissement de la femme à l’espèce, , les limites de ses capacités individuelles sont des faits d’une extrême importance ; le corps de la femme est un des élements essentiels de la situation qu’elle occupe en ce monde. Mais ce n’est pas non plus lui qui suffit à la définir : il n’a de réalité vécue qu’en tant que qu’assumé par la conscience à travers des actions et au sein d’une société. La biologie ne suffit pas à fournir une réponse à la question qui nous préoccupe : pourquoi la femme est elle l’Autre ?

... mais je m'ennuie à la lire de bout en bout. Bien que reprenant le livre pour voir les passages que j'ai surlignés, je les trouve puissants, peut-être trop pour le moment où je les lis c'est à dire la matin au petit déjeuner le temps de vider ma théière.


Je suis une mauvaise féministe à renier les classiques, trop fine bouche.

Ou tout simplement pas assez intello-femininste aux petites heures du matin?


Tant pis, je commence Cher Connard de Virginie Despentes.



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Vivre en poésie

Dîner à l'arbre vagabond Il y a un an à cette époque de l'année, je recevais une carte postale avec quelques lignes de Ito Naga, que je ne connaissais pas. je me suis émue de sa poésie. Comment aurais-je pu faire autrement ?  D'autres que moi ont tissé des liens entre Ito Naga (j'adore la sonorité de ce nom), les Editions du Cheyne, une implantation géographique, un festival de lecture et des gens que j'aime... ou devrais-je dire : ont lancé leur filet et m'ont (forcement) attrapée?  je sens n'est pas je sais  je sens décrit l'autre moitié du monde  Ito Naga- Je sens Je ne pouvais pas ne pas y aller.  Je ne pouvais pas ne pas aller là où se mêlent amitié, poésie, librairie et... cerise sur le gâteau :  montagne. Je suis assez facilement cernable. Une proie facile. Laissez-moi dans une librairie j'y passe du temps. Laissez-moi dans une libraire dédiée à la poésie j'y reste longtemps.  Laissez-moi dans le coin poésie d'une librairie à dîner ave...

Passagères secondaires de nos vies

Gaspésie - 2023 Un nouveau sujet passionnant sur lequel je ne m'étais jamais penchée : les assurances automobiles. A mon grand désavantage en fait et qui au final se traduit par une dépense supplémentaire. Pas une grosse dépense, rien qui ne soit insurmontable, c'est plutôt le système, la façon dont il est conçu et dont on l'utilise. On pense que c'est logique c'est sans compter les biais genre,  dans le couple, dans le système assurantiel. Le premier est que c'est mon iMari qui s'y colle. L'homme, la voiture, l'assurance qui va avec. Je me coltine suffisamment de sujets plus ou moins pénibles et au long court (les vaccins des enfants, leur suivi médical et de bien être, les vacances : où quand comment...), pour que celui-ci atterrisse chez l'iMari. Il passe tellement de temps avec ses iDevices qu'il faut bien y trouver de la rentabilité à un moment. C'est l'iMari qui prend l'assurance automobile. La voiture est à son nom (d'a...

NI tout à fait le même, ni tout à fait un autre

Noah Wyle, 30 ans d'écart Comme je suis quelqu'un de toujours en avance sur mon temps, j'ai regardé la semaine dernière mon premier épisode de Urgences (ER en VO).  La première saison est sortie en 1994 (aux USA), je suis exactement 32 ans plus tard. Ce qui est drôle (ou pas) c'est que la toute première série que j'ai découverte c'était en 2010 et cétait Dr House (sorti en 2004) en même temps que Desperate Housewives (aussi sorti en 2004), vitrine de notre vie en Chine.  Je n'étais pas en avance sur la notion de série,  je découvrais le concept après tout le monde avec 10 ans de retard. L'avantage,c'est que toutes les saisons de ce qui m'était recommandait étaient disponibles. En DVD piratés chinois, ou en téléchargement illégal à l'époque, les abonnements Netflix et autres n'existaient pas encore. J'ai appris une chose en regardant les séries américaines  - quelles qu'elles soient : la série est l'éducation des masses. Il s...