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Après l'effroi

R. Depardon - ton oeil dans ma main

J’ai voté pour lui.

J’ai eu peur. 

Au dernier moment.


Ni peur ni haine c’est là notre victoire, dit Camus

Alors je suis en échec. Je les hais et j’ai eu peur.

Je me suis dit qu’il valait mieux une voix en trop, que de louper la Présidence d’une voix. Et cette voix manquante aurait toujours été la mienne.

Comme l’a bien mieux que moi le journalise Edwy Plenel, j’ai voté 

dans la douleur pour conjurer l’effroi.

J’ai du choisir entre l’insuffisance et la suffisance (pareil l’expression n’est pas de moi).

Je ne suis pas arrivée à les renvoyer dos à dos. Comme Peste et Choléra. 

C’est le nom des deux pies qui vivent dans mon jardin. Et je les aime bien, elles chapardent vraiment tout ce qui brille, comme les bougies chauffeuses, elles me narguent, chient sur la table de jardin, font des trous dans les pots de fleur. Je les soupçonne de manger certaines graines que je plante. Bref, l’une et l’autre se valent. Les mêmes nuisances. 

L’un et l’autre ne se valent pas. Ce ne sont pas les mêmes nuisances. 

Je ne voulais pas que la première femme qui accède à cette fonction de l’Etat soit celle qui nous fasse reculer de plusieurs décennies, ou siècles. 

Je ne voulais pas d’une femme aussi incompétente, elle fait honte à la sororité des femmes. 

J’aurais été incapable d’être féministe et solidaire de toutes les femmes si elle avait été élue. Je peux envisager de respecter qui elle est si elle n’est pas ma Présidente. Je peux la séparer des idées qu’elle incarne, mais ça me serait impossible si elle est ma Présidente.

 

Et lui, me permet de le détester, de hurler, de me mettre en colère sans état d’âme. Je préfère batailler contre son discours sur « le drame que représente un avortement pour une femme », que batailler ses idées à elle qui pourrait supprimer ce droit là justement. Et je sais que dès lors que je commence à réfléchir comme ça, en comparaison, je suis dans une logique de « sauver les meubles » et de limiter les dégâts, entre deux maux choisir le moindre. Entre la peste et le choléra.

 

Moi j’aimerais une Présidente qui change la devise « Liberté, Egalité Fraternité » en quelque chose comme « Responsabilité, Equité, Solidarité ».

La Liberté implique d’être responsable de ce qu’ont dit et de ce qu’on fait. Certains des candidats devraient être tenus responsables de ce qu’ils disent et être punis pour incitation à la haine, et pour les agressions sexuelles dont ils sont accusés. 

Équité, parce que dès lors qu’on traite tout le monde de la même façon on renforce les inégalités existantes.

Et Solidarité parce que la Fraternité n’inclut que les hommes. Je me suis déjà exprimé là dessus

Ras le bol de la Fraternité qui ne concerne que les hommes blancs (et plutôt hétérosexuels s’il vous plait). 

Solidarité ça voudrait dire que quand il y a une guerre en Syrie et que des réfugiés arrivent en Europe on ne les parquent pas dans des camps en Turquie. 

Fraternité ça se traduit par une mobilisation massive pour les Ukrainiens, des livraisons d’armes en veux tu, en voilà. 

Solidarité, ça se traduirait par la disparition des noyés dans la Manche ou la Méditerranée ; là ou la Fraternité se traduit par l’entrée dans l’OTAN de nouveaux pays européens.

A t-on besoin d’une devise ? Ou d’un programme ?

 

Je voudrais une Présidente qui n’installe pas un Ministère de la Transition Écologique, mais qui demande à chaque Ministère quel est son plan de transition écologique. Je voudrais une Présidente qui s’interroge sur les Ministères on a besoin pour faire évoluer le pays. A-t-on besoin d’un Ministère de l’Industrie ? et pas des Services ou du Care ?

Je voudrais une Présidente qui ne nous parle pas de reforme des retraites mais de choix, et de parcours de vie, qui ait un peu plus d’imagination que de faire campagne en copiant le  « nous toutes » de la plus grosse organisation féministe en France.

Je voudrais une Présidente qui rigole et qui pleure.

Je voudrais une Présidente qui ne m’appelle pas « chère concitoyenne », qui ne m’explique pas que « nous sommes en guerre », qui ne me dise pas de « traverser la rue pour trouver un boulot » ou qui évoque « le syndrome de la salle des profs » . 

Je voudrais qu’un jour elle ait traversée la rue pour aller dans une salle des profs discuter avec des profs qu’elle leur dise « nous sommes semblables, et nous réfléchissons en ensemble à des actions à essayer ». 

Je n’ai pas besoin d’une Présidente qui me dise me protéger sur un ton patriarcal, je voudrais une Présidente qui me considère comme une adulte, capable de penser et d’agir par moi-même, avec qui elle peut discuter. 

Je voudrais une Présidente qui ressemble à Jacinda Ardern.

Mais je voudrais aussi qu’elle soit noire, transgenre et homosexuelle.

C’est peut-être beaucoup demandé.

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