Accéder au contenu principal

Les risques de la guerre et de la canicule (#Capa)

Gerda Taro

Avant de partir (en vacances) j'ai pris une journée de pré-vacances. Histoire de se préparer mentalement, c'est important.

Le concept est une journée de sas. Je suis à la maison, sans travailler, sans culpabiliser de ne pas etre devant mon Mac. Je ne suis pas encore partie, je visite comme si j'étais touriste.
Piscine le matin. Celle de Montrouge où je ne suis allée nager qu'une ou deux fois. 
Le choix de ce jour est simple c'est la seule ouverte à partir de 10h. Pas grand monde, nous sommes trois personnes dans la ligne - même nombre de nageurs dans les deux autres lignes dédiées aux longueurs. Je partage les 25 mètres avec un vieux monsieur que je double même en brasse, et une dame asiatique qui nage sur le dos. C'est bien la première fois que je suis la plus rapide de ma ligne d'eau. Je me sens puissante.
Puis direction Denfert-Rochereau pour aller voir l'exposition sur Robert Capa, recommandée, avec celle de Lee Miller au Musée d'Art Moderne. Evidemment, j'avais plus envie de Lee Miller, mais c'était complet jusqu'au dernier jour (2 août), Un peu comme la piscine, choix par défaut. 
Excellent choix cependant. Exposition toute en nuances, et c'est ce qui en fait sa force. 

Robert Capa : plus un nom à raconter, on connait toutes et tous ses photos, un grand nom des photographes de guerre, fondateur de l'agence Magnum,  sa photo du soldat espagnol tombant sous les balles est connue, tout comme la controverse. 
L'exposition reprend depuis ses débuts, le hongrois débarqué en France  - son vrai nom Endre Ernő Friedmann - antifasciste, communiste, il a du mal à vendre ses photos, il se crée un pseudonyme, une image, une légende à consonance américaine Robert Capa : un baroudeur qui aime les femmes, l'alcool et l'aventure. Sa légende colle à ses photos, ou l'inverse, peu importe mais il décolle pour devenir l'un des plus grands photographes de guerre du 20ème siècle. 
Il couvre la guerre d'Espagne avec Gerda Taro (allemande de son vrai nom Gerda Pohorylle) et David Seymour. Ils mettent en commun leurs rouleaux, ont souvent (presque) les mêmes photos, c'est ainsi qu'on attribue le soldat tombé sous la balle espagnole à lui ou à Gerda Taro selon. 
Selon quoi? Selon le point de vue de gaslight féministe que l'on veut porter. 
Le plus vraisemblable est que les 3 (Capa, Gerda Taro et David Seymour) ont photographié la même scène - qui d'ailleurs serait une reconstitution, une scène rejouée  - plusieurs versions en sont montrées dans l'exposition. Les pellicules étaient dans le même bagage - je me le représente comme ses sacs en cuir de médecins de campagne  - les planches contacts pas forcement étiquetées. Un sac avec leurs pellicules a été retrouvés (aux USA?), les pellicules elles sont étiquetées, des recherches sont en cours pour (ré)attribuer les photos à l'une et aux autres. 
Gerda Taro s'en moque un peu, elle est morte en 1937, elle a été écrasé par un char républicain alors qu'elle documentait la guerre civile espagnole. Elle est ainsi devenue la première femme photo-reporter à mourir pendant l'exercice de ses fonctions. 
Sacré titre, elle s'en serait passée, je pense.

J'aime beaucoup cette expo pas forcement pour toutes les photographies de guerre de Capa, mais plutôt âr toutes les personnes qu'on y croise, notamment les femmes.
Lee Miller en uniforme, Cartier Bresson en veste chinée






Gerda Taro d'une part, Lee Miller aussi, Maria Eisner que je connais peu voire pas, surtout agente des photographes et pierre angulaire de Magnum. 
Maria Eisner













Je me demande ce que ces femmes se racontaient entre elles, et à elles mêmes. Se voyaient elle comme pionnières? Se considèreraient elles comme légitimes? Se faisaient elles donner des longues leçons (du mansplaining) ? Se comportaient elles comme ces hommes à l'époque : boire beaucoup, baiser autant,  noyer sa peur ? 
Joseph Kessel
Il y a des photos de Ernest Hemigway en train de boire (a-t-il su faire autre chose? ) de Joseph Kessel en train de danser (il me rappelle un copain, la même corpulence, la même agilité et fluidité à danser)
Tous ont l'air joyeux et importants, animés de l'intérieur.

Parmi les nuances, il y a aussi l'histoire des fameuses 11 photos de Capa du débarquement. Les seules prises pendant les 30 minutes où il était sur les plages, dans les tirs, le froid, la confusion. Je l'imagine terrifié, je l'imagine concentré pour ne pas être tétanisé de peur : décider des réglages - qui a déjà pris des photos du temps de l'argentique sait à quel point il est facile de louper une exposition si le temps, la profondeur de champ ou je ne sais quoi n'est pas équilibré, faire la mise au point  - un temps où la mise au point atomique n'existait pas et remonter la pellicule pour prendre la photo suivante. 
C'est précis, routinier, long, surtout dans un champ de bataille en mer. 11 photos c'est déjà énorme, on n'a pas besoin de la légende des centaines dont les pellicules ont fondu à New York par la faute d'un stagiaire. 
L'image du photographe n'en est pas moins héroïque s'il a eu peur et qu'il est reparti avec le bateau des blessés au bout d'une demi heure et de onze prises de vue. A sa place, je n'aurai jamais débarqué.
C'est ça cette exposition : un grand photographe de son temps - du talent, de l'humanisme et des manquements, pas un surhomme, juste un homme avec son égo et ses peurs. Dont on a voulu faire une légende, et que cette exposition ramène à taille humaine.
Il n'est pas non plus, mort en héros, il a sauté sur une mine en couvrant la guerre d'Indochine. 

En sortant de l'exposition, j'avais un texto qui me disait : "c'est la guerre ici, je tiens les murs sans backup". J'ai cru qu'on m'avait vu sortir de l'exposition. C'était juste la situation à l'hôpital, pendant l'été, à l'heure où je prenais mes vacances.
Attention, il y en a qui meurent à la guerre, Capa a sauté sur une mine en 57 j'ai répondu et j'ai parlé de l'exposition. Pour détourner l'attention. Autant la mienne que la sienne.
Puis j'ai déjeuné d'un sandwich arménien rue Daguerre avant d'aller rejoindre la fraicheur de mon canapé et mon livre en discutant de façon intermittente sur les photos de Capa vues au musée de la guerre à Ho Chi Min Ville, de l'intérêt de craquer ou pas quand tout s'effondre, et des opérations de cardiologies interventionnelles programmées en Irlande du Nord.

J'ai terminé la journée en préparant mon sac de voyage pour l'Irlande du Nord (pluie tous les jours, températures max 18°C ressenties 12) en pleine canicule. Avec le recul, je confirme la difficulté de l'exercice, je me retrouve avec plus de T-shirt que nécessaires et certains jours ma veste polaire me manque cruellement. 

L'heure de la sieste pour Gerda Taro

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Scènes d'automne en semaine

Old Man of Stor  - Isle of Skye, un jour d'été Lundi, j'ai ramassé mon premier marron de la saison Brillant et dodu, il reposait aux côtés de sa coque éclatée Il était seul, pionnier, premier tombé. Je l'ai ramassé et rapporté, il demeure posé dans l'entrée. Brillant et dodu, il reflète la lumière de fin d'été  Le soleil qui décline, le frais qui revient, les couleurs qui s'enflamment La fin des congés, la reprise du rythme, le retour de la routine Brillant et dodu, il annonce les feux de cheminée, la laine des pulls Les soirées sous les couvertures, le miel dans le thé  Brillant et dodu, arrivé un peu tôt à mon goût Je m'obstine à percevoir le beau dans la saison qui s'ouvre. Mardi, je monte les escalators à Opera En me demandant ce que je fais là Marcher ici plutôt que le Cowal Way n'ont rien en commun. Je suis tentée de rebrousser chemin  Ce n'est que le chemin que j'aurais rebroussé. Pas le temps.  Alors au retour, j'ai marché mon che...

Mon iMari parle à son iPhone (reprise de 2012)

  Pourquoi un iMari? L'explication date de 2012 Pour Noël, mon Homme qui « a des goûts simples » selon ses dires, a eu un iPhone 4S. Pour les ignorants ou les allergiques Apple, c’est la dernière génération d’iPhones avec un super logiciel de reconnaissance vocale.  L’avancée technologique est là : désormais vous ne serez plus jamais seul, vous pourrez toujours parler à votre iPhone … et il vous répond ! Mon Homme a donc trouvé à qui parler, Et surtout des réponses politiquement correctes entre obéissance et soumission, rien qui ne le bouscule ou le dérange. Tout le contraire de moi, sa femme. Je pourrai positiver sur cette invention géniale, il y a mille avantages au quotidien. Le premier est que cet engin merveilleux fait plein de choses à ma place (et mieux que moi). Exemple : mon Homme lui dit la veille « rappelle-moi d’appeler ma mère demain à 9h ». Et la machine merveilleuse s’exécute.  Cela m’évite un SMS, qui ne serait pas aussi ...

A ton âge

Chana Orloff - Musée Zadkine En retour à mon "A ton âge, y en a qui sont déjà Premier Ministre !" On m'a répondu : je connais le sujet de philo au bac "peut-on être brillant avec des idées de m**?" Je me réjouis d'avoir un jeune premier ministre. Fait étonnant : les journaux étrangers dont le Times n'ont pas titré sur sa jeunesse, ils ont opté pour son côté diversité " Gabriel Attal appointed as first openly gay French PM". Je me réjouis qu'il soit jeune, qu'il soit gay, qu'il ait commencé au PS, qu'il soit différent (en tout cas sur le papier). Je me réjouis du changement qu'il représente. Plus précisément, je me réjouis du changement que j'ai l'impression qu'il représente, que j'aimerais qu'il soit, que j'espère qu'il incarne.  Beaucoup trop de conditionnel, d'attente, d'espérance... presque désespérée. Quand on sait qu'il a fait l'école Alsacienne, puis la fac d'Assas (il a ...