Et considèrent qu'accompagnés de salade verte, le combo constitue un repas ?
Ces gens ont trop d'écarts gastronomiques à leur actif pour qu'on leur fasse confiance aveuglement :
- un open sandwich est un tartine, rester vigilant : elle peut arriver avec des frites
- une salade ne contient pas nécessairement de la salade verte, souvent même pas du tout. Plutôt betteraves, coleslow, ou pommes de terre, et mayonnaise, surtout en Irlande
- la sauce primerose est bien rose, c'est une mayonnaise avec du ketchup (ma définition rapide) qui accompagne systématiquement les crevettes.
- les crevettes de l'Atlantique sont les petites roses, rien à voir avec celles de Madagascar (que je trouve bio sur mon marché de bobo)
- la soupe du jour est toujours servie avec du pain, du Soda Bread en Irlande, du Sourdough en Ulster
- un fish and chips nourrit pour les 3 repas qui suivent
- le chocolat est toujours décevant, le carrot cake n'est jamais le même (une cartographie s'impose)
- à l'instar du croissant fourré, le scone en constitue un repas version sucrée avec crème fouettée et confiture.
- le pain noir est à la Guinness , la même que celle qu'on boit à la pression.
Par souci d'exhaustivité nous avons cartographié les chowders du comté de Donegal - chaudrée en français je ne connaissais pas le nom. La première et seule fois où j'en ai mangé c'est à San Francisco en novembre 2011 (c'est précis comme souvenir), et pour rattraper le retard j'ai gouté toutes celles disponibles aux menus que nous avons croisés. C'est une soupe de fruits de mer, avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de crème fraiche. Nous avons testé la Meilleure d'Irlande (au classement officiel, elle vient de Ballyfyllin), celle du Glenveagh National Park, celle du Lobster Pot en descendant du bateau, celle du Belles Kitchen à Rathmullan et toutes celles disponibles en take away quand ce n'était pas l'heure du repas ... au bout d'une semaine, la crème fraiche ne se digère plus, je suis passée à autre chose.
Même procédé pour les chocolate caramel shortbreads. Millionaire bar à Londres, caramel square en Irlande, le même chocolat au lait, pas très bon.
Comme procédé cartographique, ça tient plus longtemps (moins de crème, plus de sucre). Souvent avec le café du matin. Parfois le soir, à la fermeture du camion de café du parking, parce que le plaisir d'admirer la vue sur le vallée se densifie avec un goûter.
Chaque parking à son petit camion de café qui fournit toute la gamme de l'expresso au moka, en passant par l'americano de l'iMari, avec des laits végétaux, souvent oat milk. Ce qui est bien quand tu sors d'un marathon chowders et toute la crème à digérer.
Chaque bled qui a au moins son pub a aussi un boucher (family owned, father and sons), plus que des coiffeurs (chez nous), pas de boulangers, ni de fromagers (encore plus rare que les boulangers) et comme le monde est mal fait le fromager et le boulanger ne sont pas dans les mêmes villages.
Trouver du bon vin s'est révélé impossible dans le comté de Donegal, sorti du Tesco de Derry (Londonderry for the UK boys) point de salut. Un Malbec du Supervalue (vous avez bien lu le nom du supermarché) a fini dans l'évier, c'est dire s'il est mauvais.
Une Wine and Cheese party implique l'organisation d'un road trip de plusieurs jours.
Je me demande comment ces gens survivent.
Leur thé de base a un gout de poussière, à la chambre d'hôte à Derry, j'avais 3 sachets dans la petite théière apportée par la Dame, mon thé était plus foncé que le café de l'iMari, aussi dense que la Guiness du pub.
Heureusement on trouve du Earl Grey (ou du Lady Grey ou du Victoria Grey) un peu partout dans les grocery shop ça sauve le petit déjeuner.
Rester sur ses gardes en matière de gastronomie, ne pas se fier aux apparences, ni dans un sens ni dans un autre.
Le comté de Donegal n'a pas presque plus de secrets pour nous, si ce n'est la ville de Donegal, nous n'y sommes pas allés, comme un fait exprès.
Nous avons fait le tour des îles accessibles : 8 km pour l'une (Torraigh Island) et 15km pour l'autre (Arranmoore). Deux îles, deux ambiances.
L'une ressemble à celle du film The Banshees of Inisherin : désolée, peu habitée (mais de quoi vivent les gens ici?), un pub qui ouvre à 13h, un café-office du tourisme-magasin au port, l'autre plus accueillante, avec ses résidences secondaires retapées, ses bosses et ses creux, deux cafés et même un hôtel.
Elles ont en commun le vent de l'Atlantique en continu, le passage des nuages entre deux ciels bleus, l'horizon et l'immigration vers l'Amérique, et la sensation de désolation par endroits, par moments, devant les carcasses de voitures abandonnées, les toits effondrés, des maisons oubliées....
Il y a des pontons pour aller à l'eau, partout, près des habitations, des plages - souvent magnifiques. Leur optimisme maintient la possibilité de baignade en tous lieux tous temps.
Sans jamais le moindre baigneur en vue.
A chaque fois, la même tentation impulsive : passer un hiver ici, sur une de ces îles (celles-là ou Skye?) à lire, écrire, marcher. Mon iMari mourrait d'ennui (ou je lui trouve un truc de longue haleine : des travaux, des choses à reconstruire qui demandent autant de recherches théoriques que de pratique ou: encore je viens seule - c'est tentant).
Nous avons épuisé la liste des plus belles plages : sous la pluie, le vent, le beau temps. Les Surf Rescue sont là dans leur cabane rouge et jaune quelle que soit la météo, les drapeaux bien plantés pour savoir où nager en toute sécurité. Je me demande combien de nageurs et de surfers ils voient au total dans l'été. Les jours de grand beau, nous avons comptabilisé un maximum de 5 baigneurs simultanés - dont au moins 2 enfants - Ces jours-là restent tout de même exceptionnels. Pris dans une euphorie (ou un optimisme) tout irlandaise, nous sommes allés la plage, avec nos maillots et nos serviettes, et nos livres. Nous nous sommes effectivement baignés.
Jusqu'aux chevilles.
Puis installés sur un banc, tout habillés avec un café (pris au van sur le parking - nous aurions pu prétendre à une carte de fidélité), j'ai lu en regardant la vie à la plage : un ou deux fous dans l'eau, des aficionados qui nagent, puis courent jusqu'au sauna (une roulotte au bord de la plage) et recommencent, des enfants (qui finissent tout bleu de froid) qui pataugent dans le sable, et beaucoup, beaucoup de personnes comme nous : sur un banc ou sur leurs chaises pliantes dans le sable - personne ne s'allonge sur une serviette).
Une autre version de la Riviera.
Nous n'avons manqué aucune des ruines historiques du comté (et de celui d'à côté, en Irlande du nord) : du château fort, au site Mérovingien, à l'unique dolmen mentionné au fin fond de Tripadvisor où un âne a mordu le mollet d'un petit garçon, des musées (à Derry) sur le Bloody Sunday, les murals qui se suivent sur le bogside (côté républicain), le musée du Titanic (largement sous-côté), la galerie d'un peintre portraitiste qu'on ne connaissait pas (et qui avait son atelier sur l'île arpentée deux jours avant)
Ce coin d'Irlande est lourd d'histoire, de troubles qui se poursuivent encore aujourd'hui avec le mur de la paix à Belfast.
C'est un mur, dans Belfast, qui séparent les deux communautés les Unionistes (on dit aussi loyalistes) fidèles au UK, et les républicains (indépendantistes, qui veulent une seule Irlande). Un mur de la paix qui est fermé tous les jours de 20h30 à 6h30, avec des portes bien épaisses, des barbelés pour éviter de les franchir, et une zone entre les deux (une vingtaine de mètres) qui sert tampon. Il est possible d accéder à un côté ou un autre la nuit, par un immense détour, suffisamment long pour décourager d'aller chercher des noises au voisin d'en face, de se retrouver dans le "mauvais" pub alors qu'on est déja bien alcoolisé...
Bref, ce fameux "mur de la paix" évite les bagarres la nuit et certainement d'autres troubles.
Je me demande qui est en charge de ces grilles tous les jours, matin et soir. Des employés de la mairie? du comté ? des soldats UK? une société privée ?
Sont ils loyalistes ou républicains?
Qu'en pensent ils ? Un mur est-il forcement synonyme de paix?
Toutes les balades recommandées par le guide ont été arpentées, et plus encore. On nous a promis des cerfs (élaphes), des puffins (maquereux), des dauphins... rien.
Encore moins que des baigneurs et des surfeurs.
Peu de touristes dans ces coins, peu de gens comme nous donc, surtout des irlandais ou des anglais qui passent la frontière sans s'en apercevoir : seul le GPS nous l'indique et l'opérateur de Telecom qui nous informe que nous changeons de pays (et que notre tarification reste la même ).
Drôle d'endroits que ces deux pays qui se côtoient et se mélangent sans avoir ni la même monnaie, ni le même goût pour les coffe@van.
Une fois en Irlande du Nord (Ulster) plus de café au camion sur le moindre parking.
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