Au début, il y a eu Peste et Choléra.
Elles volaient les bougies chauffe-plats laissées sur la table, elles étaient curieuses, bruyantes et arrogantes.
Bicolores, des reflets bleu argentés dans leurs plumes noires, elles ont installées leur nid dans le palmier du jardin. A grand renforts de cris, de branches, de trucs qu'elles piquent à droite à gauche.
Elles me regardaient du coin de l'oeil, j'avais même l'impression qu'elles me parlaient, je quittais la table pour aller chercher de l'eau par exemple, Peste (ou était-ce Cholera?) était à ma place ou presque sur la table. Elles voulaient toujours savoir ce qui se passait quand on était dans le jardin. Tellement proches qu'elles se voulaient semblables et montaient les marches une après l'autre pour aller sur le toit de la cabane,là ou se trouve le potager.
Un oiseau qui grimpe les marches une à une, je n'avais pas encore vu ça.
Peste et Cholera sont les pies du jardin. Etaient, elles habitent un peu loin désormais, l'année dernière elles ont quitté le palmier je ne sais pas pourquoi. Je les ai nommées ainsi dans les premiers temps, parce que je les trouvais pénibles. Toujours là, derrière moi, se pavanant, se moquant, bruyantes et installées chez elles dans MON jardin. Dans le fond, elles me manquent aujourd'hui elles ne sont plus que de passage, et ne me remarquent même plus. Elles me snobent.
Je les préfère aux rats qui ont suivi. Suivi, c'est l'histoire que je me raconte. Ils sont apparus presque en même temps que le trou du tunnel pour la ligne du métro 15 au bout de la rue.
Les rats ont-ils pu faire fuir les pies? Ils ne vivent pas au même niveau. Les rats ne montent pas les marches des escaliers de la cabane.
D'abord, ils ne se sont pas montrés, seuls les tunnels qu'ils creusaient dans le compost et autour attestaient de leur présence. J'ai longtemps pensé qu'ils étaient UN. Evidemment les rats vivent en gang.
Puis de temps en temps, on en voyait un. Puis plus souvent, et ils se sont approchés de la terrasse, ont circulé comme s'ils étaient chez eux. Eux aussi. Confiants.
J'étais encore moins amusés qu'avec les pies. Je leur ai couru après, avec une fourche, des bâtons, des cris pour les effrayer. Le compost est devenu un bunker pour qu'ils ne rentrent plus, après avoir rongé des trous de passages sur les côtés et le couvercle. Nous avons mis des pièges, tous évités, des tapettes qui ont coupé la patte arrière de l'un, de la farine et du plâtre dont ils se sont gavés avec du Coca-Cola parce qu'on nous a dit que la réaction chimique les intoxiquait.
Les passages entre les murs avec les voisins ont été cimentés, le lierre sous les bambous arraché et tout ce qui pourrait constituer cachette et habitat a été détruit. Les jours après la mise à nue on les a vu erré, c'etait la première fois que deux specimens étaient aperçus un même temps - j'ai pu vivre longtemps en pensant qu'il n'y en avait qu'un. Ils erraient perdus, presque désorientés. Puis on ne les plus vus. Ni eux ni leur traces. Je ne suis pas dans le déni, ils sont probablement encore dans le coin, de passage mais ne logent plus dans le jardin.
Après Peste et Cholera, on a perdu les rats.
Et on a gagné les fourmis.
Un ou deux sur la table de la salle à manger. Un peu tous les jours, puis à tous les repas. Sans trouver la colonne pendant plusieurs semaines. Juste de quoi agacer.
Ensuite on a vu la colonne, dispersée, par intermittence. Derrière le frigo, qui monte au plafond, longe les tuyaux apparents, rentrent dans un trou. Autant les rats genrèrent chez moi de la haine, du dégout et donc un comportement de folle-dingue courant les bras en l'air avec un pique à brochette, du moins c'est comme ça que je me vois), autant les fourmis il y a un sentiment de lutte sans merci, de guerre de tranchée, d'une bataille longue et minutieuse.
Les premières éparses ont été tuées une à une : écrasée par un doigt, hop on ne va pas en faire toute une histoire.
La colonne (de fourmis), c'est plus compliquée. J'ai mis de la farine dans les coins, sur le couloir , mais à la verticale su sur les tuyaux c'est moins évident. Elles ont contourné l'obstacle, la cuisine était blanche de poussière.
J'ai acheté des pièges que j'ai scotchés au mur, qui sont tombés.
J'ai tout lavé au vinaigre blanc (info lue sur internet) : sans réel succès. Un petit ralentissement peut être ; faut il que j'essaie le patriarcat? Sachant que d'après l'iAdo du milieu qui a lu Fouloscopie, puis a-t-on besoin d'un chef? les deux de Mehdi Moussaïd, les fourmis s'organisent sans chef, en totale autonomie. Si je leur introduis un peu de patriarcat dans la cuisine elles disparaissent?
A défaut de patriarcat, j'ai mis du scotch à l'envers sur les tuyaux sur lesquels elles circulaient. Elles ont fait demi tour, et pendant quelques jours j'ai enroulé du scotch, elles trouvaient un autre passage, je rajoutais un (non)passage collant, elles faisaient un détour ... Une lutte intense, la guerre des nerfs. Donald et l'Iran à côté c'est une anecdote.
Sachant qu'elles faisaient leur petit détour et que moi j'allais chercher l'échelle dehors, je traversais le salon, j'installais mon échelle pour coller mes scotchs sur des tuyaux, elles changeaient de parcours ...en aspergeant le tout de vinaigre blanc, tout le temps, partout. Il est désormais le comptoir de la cuisine.
Pas le même déploiement de moyens, ni d'effort. Je suis la seule dans la maison à me préoccuper de leur colonisation.
Une guerre asymétrique, je suis pathétique.
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