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Ce que je devrais pas faire (mais que je fais quand même)

Sarah Jérome @Lyon

Il y a des livres que je ne devrais pas lire. 
J'ai une excuse, il m'a été offert. Il aurait été impoli de l'ignorer
Pour autant, dès les premières pages, je savais que je n'aurai pas du.
Des envies de voyager, des envies partir loin, de sentir le trajet, de vivre le déplacement.
De ne rien faire ou presque.
D'avoir juste le nécessaire.

Pourquoi partir si loin ?

Pourquoi je resterai en France ? La France je connais. Certes aller au fin fond de de l’Auvergne c’est beau…mais il n’y a rien de tel que de partir loin, de perdre ses repères. La vertu du voyage, c’est de se laisser bouleverser par une autre culture

Sophie Petit  -  Comme un cargo dans l’eau

Elle part, direction l'Inde, sur un cargo qui ne l'amènera pas jusqu'au bout, qui la laissera en route, elle finira autrement (en train, bus, stop, à pied? l'histoire ne le dit pas)
Elle monte donc à bord d'un cargo, seule femme à bord, seule passagère. 
Comme Anita Conti. 
Sauf qu'Anita Conti y allait pour tracer et mettre à jour les cartes de navigation, pour ses études d'océanographe, pour photographier ... pour d'autres raisons que celle de simplement prendre le temps du voyage. 
Sophie Petit ne mentionne pas Anita Conti dans son livre, mais c'est comme si elle avait lu toutes ces voyageuses, et leurs bons conseils que je ne manque pas de m'approprier, même quand je ne vais juste qu'au fin fond de l'Auvergne. 

Je n’aurais jamais pu monter avec plus de charge sur les épaules. Il faut savoir lâcher certains objets symboliques pour des raisons pratiques qui sont également essentielles dans un voyage.

Sophie Petit  -  Comme un cargo dans l’eau

Nous n'avons besoin que de l'essentiel quand on voyage : une tenue pour marcher (ou pour le jour) une pour se sentir au propre et au chaud. C'est comme ça que ce week end, partis au fin fond de l'Auvergne (dans le Cantal pour être précise au pied du Puy Mary), j'ai eu tellement peur d'avoir froid que j'avais plusieurs sous-couches bien chaudes (de Dilling à Heatech), des paires de chaussettes de marche en laine et des vestes polaires, parce que le Cantal, par définition (dans mon imaginaire pas très réfléchi) il fait froid.
Il a fait 26°C tout le weekend  j'ai pris des coups de soleil là où je n'avais pas des manques longues. 
Mon sac était trop gros, trop plein de vêtements chauds. 
Et comme au retour, j'avais fait le plein de fromages (c'est l'Auvergne tout de même), d'un peu de vin et de whysky rye fabriqué à la Distillerie des Hautes Terres (comment résister ?). J'étais à peine capable de monter dans mon Intercités (arrêts Vichy, Moulins... des contrées totalement - encore -inconnues). Je n'aurai jamais pu monter dans un cargo pour aller plus loin. 
Alors que je sais faire un sac à dos léger, utile, essentiel, pour randonner ou voyager deux semaines et plus. Je me suis laissée aller pour un weekend de trois jours, dont le  but ultime était l'ascension du Plomb du Cantal. Loupée à l'automne 2023 pour cause de mauvaix temps, nouvelle tentative mais encore bien enneigé ce printemps, nous avons effleuré le bas de ces pieds, entre neige, alpage detrémpés et gadoue bin installée. 

Il n’en reste pas moins que le sac à dos nous rappelle la modestie de nos besoins fondamentaux. D’où la question évidente : si nos besoins ont tellement modestes, pourquoi passons nous autant de temps à accumuler autant de choses 

Annabel Abbs -  Mefiez vous des femmes qui marchent -

Dans mes besoins fondamentaux, évidemment : des livres. 
Juste deux.
Et ma liseuse on ne sait jamais, si je finissais mes livres en route (ce qui est arrivé) et qu'on se trouvait dans une zone sans librairie (pire que les zones sans wifi!).
Pourquoi se refuser le luxe de la sensation du papier sous les doigts ? Le luxe de pouvoir se plonger dans une activité familière, palpable, réconfortante -  la lecture en vagabondage est un puissant baume au cœur pour les vagues à l’âme.
Sophie Petit  -  Comme un cargo dans l’eau

Je suis peu sujette au vague à l'âme, encore moins quand je voyage, la lecture en vagabondage, c'est doubler les plaisirs, c'est aussi associer une histoire à un déplacement, un paysage, une sensation dans une paysage. Et même en partant loin en marchant avec mon sac à dos sans Intercités, je prends toujours au moins un livre papier. Pour les exactes raison qu'elle énonce : tourner les pages.

J'ai bien fait car j'ai fini le premier le dimanche en rentrant de notre tour de 13 kilomètres sur les hauteurs de Mandailles Saint Julien, de col en col, en dessous du niveau neigeux, ; j'ai commencé le deuxième au départ de Clermont dans le train. Je l'ai fait durer. Je l'ai posé à mi parcours pour en avoir encore demain. C'était Maggie O'Farrell (encore et encore) : L'étrange disparition de Esme Lennox.
Il est trop court ce livre. J'aurai voulu le même en 700 pages. Je voudrais qu'elle publie des histoires longues, des volumes épais : 42 mm au moins, comme Albert et Maria. Le lendemain en moins de deux trajets de métro, et une pause déjeuner au soleil, il était terminé et j'avais envie de pleurer. 
Intolérable et indispensable, cette histoire. 
Si j'étais écrivain, c'est le genre d'histoire que j'aimerai écrire. 

Je connais un remède qui guérit tout : l’eau salée. Sous un forme ou une autre. Sueur, larmes ou eau de mer, raconte Karen Blixen dans 7 contes gothiques

Maggie O Farell  - I am I am I am

La mer de Sophie Petit, guérit son mal être, son besoin de couleur. 
Les larmes pour Maggie O'Farrell.
La sueur de la marche dans le Cantal avec mes vêtements chauds sous un grand soleil digne d'été .

Il y aurait donc ceux sortes de livres (essentiels) dans ma vie, ceux qui me donnent envie de partir et ceux qui me donnent envie d'écrire (ou de retourner chez le libraire pour trouver le suivant). 



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