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les L

Leonora Carrington @ Musée du Luxembourg

La même semaine sont morts Lionel et Loana. 
La même époque pour nous, nos enfants ne connaissent ni l'un ni l'autre.
Ils incarnaient chacun un extrême : l'intellectuel versus la populaire, le Paris élitiste versus le Sud chantant, la morosité de la politique versus l'extravagance de la jeunesse, la tradition versus la liberté, le perdant aux élections versus la gagnante du loft, ...et pourtant le même monde pour nous.
Nous avons tous entendu parler de l'un et de l'autre.

Je me rappelle en avoir voulu à Lionel quand il ne s'est pas retrouvé au deuxième tour des élections présidentielles de 2002. Nous étions à Prague (avions-nous donné procuration?) et sur la Une d'un journal au kiosque on voit les deux visages de Chirac et Le Pen. 
Nous nous sommes assis sur le premier banc venu, assommés par la nouvelle. Je me rappelle être passée exactement par toutes les étapes du deuil et être particulièrement restée coincée sur la colère, contre Jospin qui n'avait pas été capable de passer le cap. 

Elle en revanche je ne me rappelle pas beaucoup de choses. Au mieux de la pitié, au prie du dédain, plus justement du désintérêt. Je n'ai jamais regardé Loft Story, nous n'avions pas la télévision, et internet existait à peine, les replays ou youtube encore moins. Je n'ai jamais vu la scène de la piscine, je ne l'ai pas cherchée non plus alors qu'elle est certainement disponible. Je ne sais rien de cette femme, si ce n'est ce que les collègues en disaient au bureau, parce que c'étaient l'objet des discussions à la cantine (le télétravail n'existait pas) : les uns choqués "ça va trop loin" (et regardaient tout de même), d'autres amusés et avides de la suite. Je n'avais pas d'avis, pas plus n'en ai aujourd'hui, sur la télé-réalité je veux dire. 
A sa mort cette semaine, j''ai surtout lu ce que les féministes ont écrit (à noter la newsletter de Daria Marx - Gros plan)   le reste manque de recul, le nez dans le scandale et la machine à provoquer pour l'audience. Femme objet instrumentalisée elle le restera toute sa vie.  Blamée tout ça. Victime et coupable de ne se pas se prendre en main.

Ils étaient loin d'être au même endroit dans le fil des news du Monde. A l'image de leur position dans la vie.
Lui dans le fil de la  Une. il est l'héritage du parti socialiste, un Grand Homme on a que des grandes choses à dire sur lui.  Il est mort entouré de sa famille, à 89 ans.
Elle en avait presque moitié moins, 48 ans, elle a été retrouveé plusieurs jours après son décès. On peut imaginer qu'elle est morte seule, suicidée, ou overdose, ou ...pire.
Elle dans l fil Société du Monde, entre un article sur la pauvreté  (qui diminue pour les femmes au départ en retraite - c'est contre intuitif mais je n'ai pas lu l'article) et celui des violences sexuelles de l'évêque di Falco (ex évéque des Hautes-Alpes!). 

Je me sens aujourd'hui désolée pour cette femme, elle est à l'image des vies brisées maquillées par la célébrité. Elle est souvent présentée comme une écervelée qui n'a cherché que la popularité, ce qui l'aurait brisée. Il n'est pas raconté l'inceste subie dans son enfance, les mauvais traitements, les compagnons violents ni les traces que toutes ces violences laissent : la dépression, l'addiction, la vulnérabilité, la recherche d'attention n'en sont que les conséquences. 
Comme souvent, les choses sont présentées inversées.


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