Que moi j'enchaîne les expositions d'artistes femmes n'a rien d'étonnant. C'est un choix, une décision, une politique volontariste totalement assumée (que l'iMari suit, subit, sans se plaindre ni ne proposer autre chose d'ailleurs).
Que le programme de cette année du Grand Palais et affiliés (dont le musée du Luxembourg) présentent autant d'artistes femmes, ça l'est un peu plus.
Eva Jospin (fille de, qui vient de perdre son père ce week-end), Claire Tabouret, Mickalene Thomas, Nan Goldin (l'expo vient de commencer) Hilma af Klint (à venir, extraordiniare d'après les bribes aperçues par ailleurs), et Leonora Carrington (exposition vue ce week-end). En face : Matisse, connu, vu, revu, un classique alors que, déjà l'année dernière, l'exposition sur Matisse et sa fille Margaret nous a simplement fatigué les oreilles, voire les yeux si on a pris le temps de se déplacer au musée d'Art Moderne.
Je salue ce débordement d'expositions consacrées à des artistes femmes.
Je n'avais jamais entendu parlé de Leonora Carrington avant (ou je n'avais pas retenu son nom). Elle a été la compagne (la muse, l'amante, l'élève.. bref tous ces noms donnés aux femmes de) de Max Ernst, j'adore (adorais) Max Ernst, beaucoup moins depuis que je connais leur relation.
Leonora Carrington est née en 1917, elle est fascinée par la peinture de Max Ernst. Elle a vingt ans quand elle le rencontre au cours d'une exposition à Londres. L'homme a déja été marié deux fois, il est toujours marié mais s'installe avec Leonora de 26 ans sa cadette. N'ayons peur de rien. Je fatigue aussi de ce que je lis sur ce couple : la passion amoureuse et artistique , le mentor et l'amant, l'amour fou, la maison en Ardèche (maman Carrington a envoyé de l'argent à sa fille pour cet achat). Pour clore sur lui, il épouse ensuite Peggy Guggenheim beaucoup moins jeune (elle n'a que 7 ans de moins que lui mais beaucoup plus riche.
Il est dit d'elle a eu un enfance difficile dans le manoir familial anglais, qu'elle est rebelle et surdouée. Tout est certainement vrai, en particulier le côté surdoué : ce qu'elle dessine et peint délicatement à 15 ans est déjà digne de tous les surréalistes réunis qu'elle fréquentera ensuite. Elle a la technique, elle a l'imaginaire, elle a le sens de la composition, elle a cette profondeur intérieure qui tissent des liens que personne ne suit. Pour faire court : elle n'avait pas besoin d'un mentor.
Elle est belle et rayonnante, elle devait attirer autant que jalouser.
| Lee Miller, Ady Fidelin, Nusch Eluard et Leonora |
Il a une photo d'elle avec Lee Miller, Nusch Eluard (de 11 ans plus jeune que Paul) et Ady Fidelin (jeune danseuse, jeune compagne de Man Ray, moins 26 ans ce devait être le nombre d'or), d'une modernité incroyable.
Ces femmes sont incandescentes, forcement ces vieux loups tournaient autour, ils en faisaient leur "muse et compagne" parfois épouse (Eluard). Le schéma se répète à l'infini. Et encore celles-là, même abimées par la vie, arrivent à exister en tant qu'artiste, plus qu'à certaines époques où quand elles rivalisaient de talent avec le maître (amant, père), elles se retrouvaient internése pour cause d'hystérie, de folie ou de n'importe quelle excuse sur demande d'un homme qui avait autorité (Camille Claudel, Adèle Hugo).
Leonora a été internée : elle a subi un viol collectif pendant la guerre, et comme visiblement elle ne se comportait pas comme il était attendu d'elle, elle a passé 3 ans dans un asile. Trainer la maltraitance par une autre maltraitance il fallait y penser. Il est parfois pudiquement écrit qu'elle a été internée pour soigner sa dépression. Cachons les faits., ce sera plus facile.
Ses oeuvres sont intrigantes. Elles sont belles, pleines de détails, de finesse, de scènes dans chaque espace du tableau. Les personnages, les animaux, la flore ont des traits délicats, irréels souvent, dans un univers qui n'est pas le nôtre. Qu'on aime ou pas, impossible de nier la beauté des oeuvres.
Ses oeuvres sont troublantes. Je ne suis pas toujours convaincue par les textes sur les cartels de l'exposition. En écoutant un podcast de AWARE sur Leonora, j'apprends que ces oeuvres se regardent de droite à gauche, une information que j'ai loupée dans l'exposition).
Léonora a besoin de s'exprimer, de raconter, de représenter sa vie intérieure, ses rêves, ses visions (c'est ce qu'elle raconte)... Je serais fatiguée d'être elle je crois. Elle a écrit aussi des livres courts qui semblent tout aussi surréalistes que ces oeuvres. Un sur le viol subi (pas certaine d'avoir envie de lire l'histoire, même retranscrite dans son mode décalé).
Comment pourrais-je écrire cela quand j'ai peur, seulement d'y penser? Je suis terriblement angoissée et pourtant je ne peux pas continuer à vivre seule avec ce souvenir... Je sais que lorsque je l'aurai écrit, je serai délivrée.Leonora Carrington - En bas 1943
Surréaliste.
Ses oeuvres sont classées dans le surréalisme avec Dali, et Picasso pour ne citer que les grands noms. Elles ne font pas le même effet. Elles évoquent une profondeur à se perdre, une âme dense, un monde à elle et un imaginaire spontané et illimité.
Là où ces messieurs ne remplissent que des musées à leur nom sans emmener nulle part.
Aujoud'hui cette femme créerait des bandes dessinées de façon prolixe, qui se transformeraient en film d'animation et nous ouvrirait des mondes inatteignables par notre seule imagination admirant ses dessins.
Grande féministe aussi, je doute qu'elle se qualifiait comme ça d'ailleurs.
Et la seule personne à pouvoir m'accorder une permission absolue c'est moi même. Une permission consciente et délibérée de voir le miracle se produire. Alors que la civislation avance à grands pas vers la destruction de la Terre, vers le suicide collectif, aveugle de tous les êtres vivants, le dernier espoir réside dans un acte de volonté : sortir de ce piège et dire non. Si toutes les femmes du monde décidaient de contrôler la population, de refuser la guerre, de refuser la discrimination sexuelle ou raciale et forçaient les hommes à permettre à la vie de survivre sur cette planète cela relèverait bel et bien du miracleLeonora Carrington (pas d'indication sur l'année)
Aujourd'hui, cela n'étonne personne, même si certains s'en émeuvent. En avance sur son temps, sans nul doute. Dans un interview, elle raconte que pour elle c'était vital de vivre la vie qu'elle menait plutôt que celle qu'elle aurait du suivre en restant en Angleterre.
Last but not least, elle a vécu au Mexique la deuxième et dernière partie de sa vie (à partir de 1942). Comme d'autres, comme Georgia (O'Keefe, passion Georgia chez moi), Georgia s'est installée plus au nord, au Nouveau Mexique (sa maison se visite, dommage ce que ce soit aux USA). Elle y rencontre Frida Kahlo, et dans le mouvement de l'époque peint des fresques pour sa maison et pour un musée. Une raison de plus pour aller au Mexique.
Grande dame, mystique. Elle a mis beaucoup de temps à être reconnue - on reste muse longtemps apparement. La première exposition qui lui est consacrée se déroule en1992 aux USA, elle a 75 ans.
Qu'on fait tous ces messieurs qui se disent surréalistes, qui l'on assidument fréquentés dans leur réseau amicale et artistique ?
Quand elle est décédé en 2011, je n'avais pas connaissance ni d'elle ni de son oeuvre.
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