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Rituels de fin et début

lieu de rituel dans mon jardin 

J'observe des tendances, des modes, des comportements qu'il est politiquement correct d'adopter ou qui sont adoptés parce qu'ils se pensent à contre-courant. Spoiler : quand c'est repris dans le Monde c'est que c'est main stream, même si ça semble disruptif. 

Quand j'étais encore associée dans le cabinet avec tous ces messieurs qui se voulaient progressistes, il y en avait un en particulier qui se pensait en avance d'un temps sur les idées et les façons de penser. Inutile de vous dire qu'il était l'archétype du parisien, même pas vraiment bobo, qui nous racontait ce qu'il avait lu dans le Monde comme si c'était issu de sa créative pensée non conventionnelle. Il était tellement prédictif que c'en était risible, il re-publiait même des articles du Monde sur Linkedin, c'est dire son manque d'inspiration (il le fait peut-être toujours). J'ai oublié jusqu'à l'existence de ces gens, j'ai oublié qu'ils continuent de vivre loin de mes yeux et des mes oreilles.

Les tendances, cette année de fin d'année étaient de survivre aux fêtes.
Presque un oxymore. 
L'expression a été reprise à l'envi.
J'ai déja écrit sur le champ de contraintes de cette période et comment chez nous, nous avons créé notre rituel, ce qui ne veut pas dire qu'à un moment ce ne sera pas une contrainte. 
Je constate que cette année la notion de survie était omniprésente, sur les médias ce qui veut dire que cette pensée se généralise, voire se banalise.
Jusqu'alors, il fallait lire les féministes pour critiquer les fêtes de famille. Il s'agissait d'un point de vue très situé : celui des femmes et des minorités qui se retrouvaient encore des situations merdiques de persécutées et de dominées au moment des fêtes. Une manière de (dé)montrer encore les inégalités. Cette année, il suffisait de lire le Monde, Télérama (juste les grands lignes, tous leurs articles sont désormais payants) ou d'écouter France Inter.

On ne devrait pas avoir à survivre. Encore moins aux fêtes. 
Elles devraient au contraire nous fournir énergie et enthousiasme pour le reste de l'année. Elles devraient être la ressource dans lesquelles puiser, rien que leur souvenir devrait nous aider à surmonter les difficultés qui ne manqueront pas de se présenter. Elles devraient être le ventilateur dont on a besoin (l'été)
- étrange… dit Mr Shak
- qu’est-ce qui est étrange ?
-  à vos côtés, je me sens comme devant un ventilateur, dit-il en joutant : bien entendu en partant du principe qu’on soit une chaude journée d’été.
Dubravka Igresic -  Baba yaga a pondu un œuf
A quelqu'un à qui je souhaitais de bien s'amuser à Noêl (ce qu'on fait normalement dans une fête) dans sa famille, il me répondait qu'il en doutait fortement que c'était une obligation qui excluait l'amusement. 
Mon retour a été simple : soit on sait rire, de l'obligation soit on évite l'obligation. 
Dans les deux cas nous sommes des adultes responsables de nos choix. 
Sont-ils si nombreux à y aller par obligation? 
J'ai du mal à le croire. Les adultes savent très bien contourner, éviter, résister aux obligations. S'ils y vont c'est qu'il y a du plaisir, il y a quelque chose de bon dans les fêtes. 
Sinon c'est une obligation de Noêl et vous pourrions alors proposer au gouvernement qui cherche désespérément à supprimer des jours féries de supprimer l'obligation Noêl. Disparu Noêl et ses contraintes, c'est une façon d'y survivre.
Ma logique de pensée m'amène à la conclusion qu'en fait ce qui est tendance c'est de le dire (que c'est une obligation), la tendance est de dénigrer les fêtes de fin d'année en famille. De dire que c'est la curée parce que... ?
On fait porter aux fêtes de fin d'année en famille les mêmes maux qu'on attribue aux mères, c'est souvent elles d'ailleurs qui sont aux manettes autant dans l'intention que dans la réalisation. La charge de l'unité familiale repose, sauf exception, encore une fois sur les mères. 
Il est difficile pour une femme de reconnaitre qu’elle s’entend bien avec sa mère -curieusement, cela parait une forme de trahison, du moins c’était le cas chez d’autres femmes de ma génération. Afin d’entrer dans la société des femmes, d’être adultes, nous traversons une période où nous nous vantons fièrement d’avoir survécu à l’indifférence, de notre mère, à sa colère, à son amour écrasant, au fardeau de son chagrin, à sa propension à picoler ou au contraire à ne pas toucher une goutte d’alcool, à sa chaleur ou à sa froideur, à ses éloges ou à ses critiques, à ses désordres sexuels ou au contraire à sa dérangeante transparence. Il n’est pas suffisant qu’elle ait transpiré, enduré les douleurs du travail, donné naissance à ses filles en hurant ou sous anesthésie locale ou les deux. 
Non.
Elle doit être tenue responsable de nos faiblesses psychiques pour le restant de ses jours. Il n’y a pas de mal à se sentir proche de son père, à pardonner. Nous le savons toutes. Mais la mère est contrainte à un tel niveau qu’il n’y a plus de règles. Elle doit tout simplement être accusée.
Louise Erdrich - Ce qui a dévoré nos coeurs 
Ça ne doit pas être si terrible si on continue d'y aller. Mais c'est être non-conventionnel (cette année!) que de dire qu'on aime ça et que c'est chouette de se retrouver. L'année prochaine peut-être le vent aura tourné et on verra fleurir de nombreuses productions comme quoi on aime ça, ou encore plus insidieux ce qu'on manque quand on n'aime pas les fêtes de fin d'année en famille. 

Un phénomène similaire sur les résolutions, les bonnes celles de début d'année. Cette année, l'injonction était à ne pas en prendre. J'ai même vu un post Linkedin (lors des 5 minutes de mon ouverture hebdomadaire de la bête) où quelque demandait à ce qu'on "lui épargne les bilans de l'année les bons comme la liste des échecs, et les résolutions prises fièrement et publiées férocement". Le meilleure chose à conseiller à cette personne est de ne plus lire les post sur l'application, voire de se désinscrire et d'aller se promener. Une bonne résolution qui lui ferait certainement du bien. Un cercle vertueux pour ne pas s'énerver contre un réseau social en publiant sur ce même réseau. 

Dans cette même période, je me suis interrogée sur comment il fait été décidé de définir le début d'année le début d'année à ce moment là et Noël un peu avant. Pourquoi avoir décorrélé ces fêtes du solstice d'hiver ou de l'équinoxe de printemps ? 
Soit un génie du marketing, soit pour se différencier des fêtes dites païennes. Je n'ai pas chercher plus avant, ça ne m'intéresse pas assez, c'est le genre de question que je me pose quand je suis dans le métro, fatiguée et ennuyée. 
Et dans le même temps, d'autres que moi s'interrogent sur le même sujet car je vois et lis plusieurs références à la fête de Yule  au moment du solstice d'hiver, les pays scandinaves, et toutes celles et ceux qui se retrouvent à Stonehenge et autres endroits mystiques. 

Cette année, je n'ai réfléchi ni à un bilan de l'année passée, ni à ce que je voudrais pour l'année qui commence. Ce n'est pas grave en soi, pour autant je sais, (et je le préconise souvent) les bienfaits de ce temps de de recul. C'est évident de se regarder sur le temps long, de se projeter, d'envisager une trajectoire de nos vies, et parfois d'y voir alors s'y dessiner ce qu'on ne peut se rendre compte au quotidien. 


Ce sont des rituels, ils ont leur sens et leur efficacité. Qu'ils soient tenus en fin d'année ou à un autre moment ce n'est pas probablement pas très important. c'est peut-etre ça que nous dit cette tendance.





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