Accéder au contenu principal

Déflagration positive - tous en PLS (3/3)

Vercors décembre 2024

C'est mon iAdoe qui avait ramené l'expression après qu'elle ait eu une initiation aux premiers secours, pour me dire qu'elle était KO. J'avais eu l'explicitation  : position latérale de sécurité. Depuis l'expression est passée dans le langage courant, y compris chez nous. L'expression est souvent utilisée, pas souvent vécue au sens littéral de sa latéralité.

Le message est arrivé à la moitié de la théière matinale.
Le lendemain de la thèse.
Trop tôt. L'aurai-je mieux reçu si j'avais été plus réveillée? plus hydratée ? 
Me serai-je laissée toucher? Aurai-je pris le temps d'une respiration? d'une seconde lecture ?
Ça m'aurait mis en PLS, alors que j'étais debout depuis trop peu de temps. 
Alors je l'ai juste lu, je ne l'ai pas laissé entrer.
Je me suis dit : il est poli.
Il écrit des choses qu'il ne pense pas.
Il sait que dire pour se débarrasser des gens.
C'est pour s'excuser de s'annoncer souvent et de ne jamais se pointer.
C'est pour contrebalancer les regrets de ne pas se voir plus souvent.
Je devrais être plus méfiante, depuis le temps que je me fréquente, je devrais connaitre mes réactions, mes mauvaises parades quand je suis prise par surprise, les esquives du torero face aux déclarations d'affection, d'attachement, d'amitié, d'amour. Aux déclarations petites et grandes. 
Aux déclarations tout court.

Je l'avais encore rejoué quelques semaines plutôt, dans une version plus légère. Avec quelqu'un d'autre. On me l'avait fait remarquer.

Et j'ai joué grand et massif dans l'insensible. Au premier round.
Je n'ai pas perçu que ma mission numero 2, ou plutôt l'ensemble de mes missions de la vieille l'avait mis en PLS, l'avait touché, un peu fort probablement. Je ne l'ai pas lu dans le message, alors que c''était clair, explicite même. J'ai aussi oublié que c'était un grand sensible, qu'il lui arrive d'avoir envie de pleurer après nos discussions en consultation (sic). Je n'ai pas accueilli ce qu'il me disait pour ce que c'était. J'ai répondu à côté, comme si j'écrivais sur Linkedin pour féliciter quelqu'un. 
Pour toute excuse, je n'en étais qu'à ma deuxième tasse de thé. 
Dans une vie antérieure j'ai du être britannique. 

Jamais je ne comprendrais les Britanniques, a-t-il proclamé. On dirait qu’ignorer les autres est pour vous une preuve de distinction

Abir Mukherjee – Les ombres de Bombay

Il m'a fallu quelques heures pour m'en rendre compte. Pour relire son message, relire ma réponse et réaliser que vraiment j'étais la reine de l'esquive. 
Pour ne pas finir moi aussi terrassée par une déflagration positive. 
Ou avoir envie de pleurer d'émotion.
3 heures après, ma (deuxième) réponse en trois points était à la hauteur. 
Un peu trop à la hauteur, j'ai renvoyé l'équivalent d'Hiroshima en mode coach - amie.
Cette fois, il n'a pas juste eu envie de pleurer, je parie. Réponse graduée, loupée.
Ma collègue à qui je racontais ça, s'est amusée des ascenseurs émotionnels que je lui faisais vivre. 
Très certainement, parce que depuis, silence radio. 

… notre patiente alpha nous fasse signe, jusqu’à ce quelle vienne nous dire que cette petite chose que nous avions faite pour elle et qui avait changé notre vie de soignant avait également changé la sienne. On ne sait jamais vraiment si on est utile. Mais quand on apprend longtemps après, qu’une décision chargée de sens a changé la vie d’une personne , on est en droit de penser qu’elle en a changé beaucoup d’autres.

Le chœur des femmes  - Martin Winckler

Il a changé ma vie avec son stent, alors que moi-même je ne savais pas que ça allait la changer autant. 
Et pour que je sois aussi importante pour lui, j'ai du changer quelque chose dans la sienne. 
Ce n'est pas d'être la première patiente de l'étude, je n'étais pas la première qu'il opérait ainsi, mais peut être la première à lui dire à quel point il est une chouette personne et qu'il était mon médecin préféré. 
Et à la dire à sa Maman.

La patiente alpha… et d’utiliser ce terme pour designer celle – ou celui - qui pour la première fois amène un soignant à s’engager à contre-courant, à adopter une posture déterminante pour sa vie professionnelle

Le chœur des femmes  - Martin Winckler

Peut-être la patiente alpha ou pas.
Quelqu'un m'a écrit après la déflagration numéro un :
Et si ce cœur (e dans l’o) dans sa version initiale, durable (et donc normale au moins 50 ans quand même! ), c’était en fait des siamois réunis par ce petit trou en commun, et puis séparés en jumeaux pour engendrer un nouveau coeur (e et o bien distincts)?
Patiente alpha, e dans le o, peu importe, toujours est-il que nous avons en commun l'effet des déflagrations positives qui nous mettent hors jeu. 
Un truc dans l'intensité, quasi insupportable. Et pourtant indispensable dans cette relation.
De la même façon que j'ai un stent dans le coeur, il a une place dans ma vie, il la prend quand et comme il veut. Quand il aura fini de se rouler en PLS quelque part, à la lecture de mon message 3 heures après. 
Ça fait un mois. 
Je mesure l'intensité de la déflagration.






Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

A ton âge

Chana Orloff - Musée Zadkine En retour à mon "A ton âge, y en a qui sont déjà Premier Ministre !" On m'a répondu : je connais le sujet de philo au bac "peut-on être brillant avec des idées de m**?" Je me réjouis d'avoir un jeune premier ministre. Fait étonnant : les journaux étrangers dont le Times n'ont pas titré sur sa jeunesse, ils ont opté pour son côté diversité " Gabriel Attal appointed as first openly gay French PM". Je me réjouis qu'il soit jeune, qu'il soit gay, qu'il ait commencé au PS, qu'il soit différent (en tout cas sur le papier). Je me réjouis du changement qu'il représente. Plus précisément, je me réjouis du changement que j'ai l'impression qu'il représente, que j'aimerais qu'il soit, que j'espère qu'il incarne.  Beaucoup trop de conditionnel, d'attente, d'espérance... presque désespérée. Quand on sait qu'il a fait l'école Alsacienne, puis la fac d'Assas (il a ...

Passagères secondaires de nos vies

Gaspésie - 2023 Un nouveau sujet passionnant sur lequel je ne m'étais jamais penchée : les assurances automobiles. A mon grand désavantage en fait et qui au final se traduit par une dépense supplémentaire. Pas une grosse dépense, rien qui ne soit insurmontable, c'est plutôt le système, la façon dont il est conçu et dont on l'utilise. On pense que c'est logique c'est sans compter les biais genre,  dans le couple, dans le système assurantiel. Le premier est que c'est mon iMari qui s'y colle. L'homme, la voiture, l'assurance qui va avec. Je me coltine suffisamment de sujets plus ou moins pénibles et au long court (les vaccins des enfants, leur suivi médical et de bien être, les vacances : où quand comment...), pour que celui-ci atterrisse chez l'iMari. Il passe tellement de temps avec ses iDevices qu'il faut bien y trouver de la rentabilité à un moment. C'est l'iMari qui prend l'assurance automobile. La voiture est à son nom (d'a...

Scènes d'automne en semaine

Old Man of Stor  - Isle of Skye, un jour d'été Lundi, j'ai ramassé mon premier marron de la saison Brillant et dodu, il reposait aux côtés de sa coque éclatée Il était seul, pionnier, premier tombé. Je l'ai ramassé et rapporté, il demeure posé dans l'entrée. Brillant et dodu, il reflète la lumière de fin d'été  Le soleil qui décline, le frais qui revient, les couleurs qui s'enflamment La fin des congés, la reprise du rythme, le retour de la routine Brillant et dodu, il annonce les feux de cheminée, la laine des pulls Les soirées sous les couvertures, le miel dans le thé  Brillant et dodu, arrivé un peu tôt à mon goût Je m'obstine à percevoir le beau dans la saison qui s'ouvre. Mardi, je monte les escalators à Opera En me demandant ce que je fais là Marcher ici plutôt que le Cowal Way n'ont rien en commun. Je suis tentée de rebrousser chemin  Ce n'est que le chemin que j'aurais rebroussé. Pas le temps.  Alors au retour, j'ai marché mon che...