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Dans le pré ?

Swann Arlaud in Dans l'ombre


On l'a longtemps cru dans le pré.
En fait, il est dans les liens, nous dit le psychiatre Christophe André. Il exploite pour cela l'étude longitudinale menée par Robert Waldinger à l'université de Harvard, qui suit depuis 1938, environ 800 personnes sur ce sujet.
Le bonheur est dans les liens - C. André 
Et dans les moments qu'on savoure chaque jour, qu'on sait reconnaître (sa douche chaude plutôt que froide) et dont on sait réactiver le souvenir, poursuit-il.

C'est dans un podcast que j'ai entendu tout ça sur le bonheur, rien de révolutionnaire, un dialogue entre Christophe André et Charles Pepin (philosophe) animé par Ali Rebeihi (Grand bien vous fasse). Je ne suis pas allée au bout de l'émission, j'ai lâché à la trentième minute environ. Je fatigue littéralement de n'entendre que des voix masculines qui m'expliquent la vie - le bonheur en l'occurence. C'est une sensation réelle (une réaction militante sans doute), je me lasse vraiment d'entendre uniquement des voix d'hommes, j'ai beaucoup de mal à concentrer mon attention, même en écoute flottante dans le métro en allant à un rendez-vous. C'est sans doute cette sensation qu'ont les hommes en bande (ou en réunion) quand une femme prend la parole. 
Lassitude, écoute flottante, baisse et abandon de l'attention.

J'ai rapidement dérivé sur mes petits bonheurs en ce debut d'année, tout simples,

C'est voir Swann Arlaud parler au téléphone avec ses écouteurs filaires, dans la série Dans l'ombre.
Swann Arlaud déja ce n'est pas mal comme bonheur, fin et délicat - je l'ai croisé dans la rue en décembre, j'ai été impressionné par son côté gracile, pas par sa taille. Et les écouteurs étaient pour moi la cerise sur le gâteau : je ne suis pas la seule avec mes trucs blancs au bout de leur longueur. Rien dans le film n'évoque les problèmes des fils qui s'emmêlent, comment tu les enroules, les déroules... C'est un déni de l'objet, un impensé dans la série (presque un anachronisme),  mais le spectacle est beau.
Pour poursuivre sur la personne - plus que sur les écouteurs filaires - rien dans sa personnalité n'est gracile. J'ai évidemment ensuite écouté un podcast où il (est censé) faire la promotion de la série. 
Sa voix est basse, grave et dense, il est rude dans les réponses, bref quand elles sont idiotes (combien de fois a-t-il dit "je ne sais pas" aux journalistes qui lui demandaient par exemple "est ce que les coulisses de la politique sont comme dans la série?), très à gauche, très tranché et réfléchi politiquement dans les idées qu'il déploie, notamment quand il évoque Macron (j'ai des étoiles dans les yeux à l'image de Swann Arlaud qui critiquerait Macron au téléphone avec ses écouteurs filaires).

C'est la mort de Jean-Marie. 
Je sais, un qui meurt, dix pour le remplacer (suivent Poutine, Trump, Musk, c'est Zuckerberg qui s'y met en supprimant les fact-checkings sur les réseaux de Meta). 
Quelqu'un a écrit "on ne peut pas se réjouir de la mort d'un connard, mais on peut regretter qu'il ait vécu si longtemps"
Vu les scènes de liesse célébrant sa mort je ne suis pas la seule à regretter sa trop longue vie, la question est que fait-on de tous les autres ? 

C'est une phrase dans entendue dans une série, qui est une déclaration d'amour toute en dévoilement qui ne peut être faite qu'en anglais. 
I try very hard to only like you 
entendu dans Rogue Heroes 
En parallèle, je lis Nos puissantes amitiés de Alice Raybaud : la frontière n'est pas si nette entre amour et amitié, la sexualité entre les deux n'en est pas si simplement la ligne rouge.
L'amitié part aussi d'un rapport de désir à l'autre, entendu que ce désir n'est pas forcement sexuel. l'amitié nait en effet également d'une attirance. 
Anne Pauly citée et commenté par Alice Raybaud.
Cette jolie phrase, qui semblait anodine fait chambre aux échos avec ma lecture courante, qui elle, ravive une exposition vue à Lyon cet été sur l'amour et en partie reprise dans le livre.
J'y apprends que l'hébreu biblique ne faisait pas de distinction entre amour et amitié, tout était 'ahab, tandis que dans l'antiquité grecque, l'expression de l'amour se décline d'au moins huit manières différentes (encore mieux que les Anglo-Saxons)
  • éros : l'amour érotique 
  • philia  :  l'amour affectueux, ce qui est le plus proche de notre amitié
  • storgé : l'amour familial
  • agape : l'amour désintéressé 
  • pragma : l'amour durable
  • ludus : l'amour joueur
  • mania  : l'amour obsessionnel
  • philautia : l'amour propre
L'exposition lyonnaise sur "l'amour" ne parlait que des 4 premiers sentiments, mais précisait "que l'amour et l'attachement ne se résument ni au sexe ni au couple". 

Tout ça n'est pas si bien ordonné que ce que voulaient nous faire croire les Anciens ;  finalement un seul mot pour tout dire ajoute-il vraiment du malheur au monde?  (cf. notre ami Camus quand il fait autre chose qu'écrire à Maria). 

Mon amour pour le chocolat est il agape? pas vraiment, pragma ? certainement, mania ? un peu oui, éros? ça se pourrait !
Je ne sais pas ce qu'aurait donné cette réplique dans l'Antiquité, avec huit nuances d'amour. 
L'implicite aurait perdu de sa valeur, pour une fois qu'il en avait!

Bouclons la boucle avec le bonheur, quelque soit le nombre de nuances d'amour (de une à huit), que ce soit le chocolat, des partenaires, des ami·es, des amant·es, nos familles... ça concourt au bonheur.

En conclusion , je constate que dès que je parle d'écouteurs filaires, je pars en vrille.


et re belote 




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