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Survivre... à un week-end de 3 jours

Terry Hayes

A Pâques, je suis de nouveau allée en Afghanistan, en passant par l'Iran cette fois, depuis le Pakistan. Ce n'est pas le plus direct.
Non.
Même depuis mon canapé. 
La vérité est que je devrais me faire interdire de librairie. Il y en a bien qui se font interdire de casino.
La veille du week-end de Pâques - je rappelle 3 jours - j'ai du aller acheter des feuilles blanches A4 pour l'imprimante. Je suis passée au Furet du Nord en me disant, je vais être forte, je rentre, je prends à droite, je vais direct chercher mes feuilles. 
Pas de bol. 
Je manque vraiment de chance, à l'entrée parmi les sorties récentes (du jour en fait) un nom a attiré mon oeil : Terry Hayes.
Oui un homme, mais pas n'importe lequel celui qui a écrit Pilgrim, que j'ai lu à sa sortie, il y a dix ans. Je me rappelle très bien les circonstances, nous allions en Turquie, j'étais fatiguée de l'année, les enfants avaient 6, 8 et 10 ans et on attendait les vacances pour se (re)poser, j'avais commencé Pilgrim dans l'avion, puis dans les longs moments d'attente quand on n'avaient trouvé ni train, ni voiture de location et qu'on avait du prendre un bus de nuit. Ce fut ensuite 3 jour sautour d'une piscine pour le finir. 
Pas un club Med, ou même un luxe en dessous, non un endroit avec des bungalow en bois, fréquenté uniquement par des Turcs, sur une ile où personne ne parle anglais, un peu d'allemand à la rigueur. J'ai mangé tomate-fêta matin, midi et soir et lu pendant 3 jours Pilgrim qui se déroulait aussi en Turquie. Je suis tombée amoureuse du héros qui n'a pas de nom ou en a trop. 
C'est un roman d'espionnage, très bien écrit, très bien ficelé, un page-turner. C'est une histoire aussi belle que celles de Le Carré, un suspens aussi bon que les DOA, des personnages aussi attachants que ceux de Olen Stenhauler. Evidemment, c'était son premier.

Et juste avant Pâques, je suis tombée sur son deuxième.
C'est angoissant un week-end de trois jours. 
On prévoit des choses, mais il y a la météo, il y a l'instant : est-ce que finalement on a envie d'aller balader? de voir cette expo? 
Et si je veux rester à la maison et que je n'ai pas de livre ? Vertige infini.
Je n'ai pas fait que tourner à droite au Furet du Nord, j'ai attrapé L'année de la sauterelle, et j'ai même dérivé à gauche aux rayons mangas pour acheter les 3 tomes suivants d'une série découverte la semaine d'avant. 
C'est long un week-en de trois jours, il est indispensable d'avoir de la réserve de lecture.

672 pages de pur bonheur.
Non, ce n'est pas vrai, il y a un passage un peu longuet, un retournement de situation comme si a un moment il en avait eu marre de son idée et qu'il avait bâclé le truc, qu'il avait vu La guerre des mondes sur Canal + et qu'il avait été un peu inspiré. 
Je vais lui pardonner la cinquantaine de pages un peu décevante. 
Je vais lui pardonner, car le mardi quand j'ai du allée travailler, en déplacement toute la journée, je ne l'avais pas fini et j'y ai pensé plusieurs fois dans la journée. J'ai pensé à ces personnages, à lui surtout. 

Depuis que je connais le pays de la fiction, j’ai le même appétit pour ces rencontres étranges qui se prolongent pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines et deviennent des fréquentations. Les personnages de mes lectures m’accompagnent si bien qu’il m’arrive d’avoir envie de donner de leurs nouvelles. 

Alice Zeniter – Toute une moitié du monde

C'est le mercredi que j'ai pu le terminer, au petit dej. 
Et la fin est émouvante. 
Même de bonne heure avec un thé.

Ce n'est ni le Pulitzer ni le Goncourt (mais on sait ce que je pense du Goncourt), c'est clairement un livre d'espionnage et un peu d'anticipation (la partie longuette). Mais j'ai passé 3 jours entre l'Iran et l'Afghanistan, j'ai même fait un tour à Baikonour, dans ces zones interdites aux occidentaux avec un gars qui parle toutes ces langues et qui en bon américain, sauve le monde. 
Rien que ça. 
Je ne passe pas souvent du temps avec un gars qui sauve le monde. 
Des femmes oui, des hommes jamais.
Surtout pas un homme, blanc  - bien que rien le dise, sauf ses yeux bleus  - et américain. 
Un cliché. Un bon cliché, bien écrit. 
Un cliché que j'aimerai rencontrer, pour aller justement avec lui en Iran et et Afghanistan, pas juste depuis mon canapé.

Je me suis donc renseigné sur l'auteur Terry Hayes, l'homme aux deux romans (plus un non traduit) a 72 ans, une touffe de cheveux blancs. Journaliste né en Angleterre puis finalement il s'installe en Australie, il est le scénariste de Mad Max et d'autres thrillers comme Calme Blanc avec Nicole Kidman que j'ai du voir. A 62 ans, le gars qui n'a jamais été espion, ne connait la CIA que de loin (depuis l'Australie) me met en transe avec ses histoires. 
Comme quoi, il n'y a pas d'âge. 
Ni pour être en transe sur un roman d'espionnage .
Ni pour en écrire.

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