Accéder au contenu principal

La dernière aventure, puis la suite

lui, qui ne vieillit pas

Je l’aime depuis que j’ai douze ans. A une année ou deux près.
Une véritable passion. Pas l’amourette adolescente. Le truc qui dure, qu’on oublie et qui se ravive régulièrement, à chaque fois aussi intense. A chaque fois renouvelé.
Parfois, c’est lui qui revient. 
Parfois, c’est moi qui y retourne.
Un amour fort, jamais déçu. 
Et là, c’est annoncé, c’est la dernière aventure.
Celle qui rassemble les épisodes précédents. Celle qui rappelle tous les souvenirs.
Et qui donne envie de tout revivre.
Depuis le début.
Sauf que moi j’ai vieilli.
Pas lui.
Lui c’est Jonathan. De la série du même nom.
De Cosey.

De l’auteur au protagoniste on ne sait pas lequel est lequel. Et si dans sa lettre, Cosey nous décrit son ami Jonathan quand ils avaient vingt ans, le doute subsiste. D’ailleurs ce n’est pas important. Jonathan existe bien dans les 17 albums publiés entre 1975 et 2021. Et ses semblables dans les autres albums de Cosey (trop peu nombreux à mon goût). 
Dans l’exercice « qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ? », mes BD de Cosey serait la première chose que je citerais. En un seul geste, j’aurai les histoires, la poésie, les voyages, des gens qui soignent leurs relations, des paysages. 
Du beau, du doux, du réel. Si, si du réel. 
Si vous doutez c’est que vous n’avez jamais lu une BD de Cosey.
 
Le monsieur a 71 ans maintenant. Sur les photos de lui, il ressemble comme deux gouttes d’eau à Jonathan. Et c’est le dernièr album de Jonathan. Il a été très clair là-dessus. On y retrouve d’ailleurs bien des personnages : Drolma déjà, et ses filles (ce qui ne nous rajeunit pas, mais n’a pas fait vieillir Jonathan) ; on y parle de Kate, qui a aussi des enfants ; du Colonel de l’espace bleu entre les nuages… et de ses motos.

Jonathan dialogue avec C., est-ce C. J Yung ou est-ce Cosey cet ami resté au pays ?
L’entrecroisement des histoires n’a nul besoin d’être démêlé, le flou est juste un élément de l’histoire. La partie qui n’est pas explicitée et laissée à notre imagination. 
Jonathan passe les mois d’été dans un monastère au Tibet à attendre Drolma ; puis l’hiver quand il se fait surprendre par la neige. J’adore l’idée, plus que l’idée même, dans une autre vie, moi aussi je passerais quelques mois dans un monastère loin de tout (avec les BD de Cosey !). 
Et pourtant pour y avoir séjourné , je sais que ce n’est pas un lieu de résidence, encore moins de villégiature. Probablement aussi intense que l’expérience de Sylvain Tesson dans les forêts de Sibérie, en moins misanthrope et beaucoup plus sobre. On ne va pas très loin avec du thé au beurre de yack.
 
Dire adieu à Jonathan. C’est ce qu’il faut faire en théorie. C’en est probablement l’ intention.
Jonathan est l’homme qui cherche la liberté (et la beauté je veux croire). La vie d’un homme qui cherche la liberté ne se clôt certainement pas avec un dernier album. J’en ressens l’exact inverse.
Ce dernier album a juste rendu Jonathan éternel. Dans mon cœur et en vrai.
Je recommence la série du début.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

A ton âge

Chana Orloff - Musée Zadkine En retour à mon "A ton âge, y en a qui sont déjà Premier Ministre !" On m'a répondu : je connais le sujet de philo au bac "peut-on être brillant avec des idées de m**?" Je me réjouis d'avoir un jeune premier ministre. Fait étonnant : les journaux étrangers dont le Times n'ont pas titré sur sa jeunesse, ils ont opté pour son côté diversité " Gabriel Attal appointed as first openly gay French PM". Je me réjouis qu'il soit jeune, qu'il soit gay, qu'il ait commencé au PS, qu'il soit différent (en tout cas sur le papier). Je me réjouis du changement qu'il représente. Plus précisément, je me réjouis du changement que j'ai l'impression qu'il représente, que j'aimerais qu'il soit, que j'espère qu'il incarne.  Beaucoup trop de conditionnel, d'attente, d'espérance... presque désespérée. Quand on sait qu'il a fait l'école Alsacienne, puis la fac d'Assas (il a ...

Passagères secondaires de nos vies

Gaspésie - 2023 Un nouveau sujet passionnant sur lequel je ne m'étais jamais penchée : les assurances automobiles. A mon grand désavantage en fait et qui au final se traduit par une dépense supplémentaire. Pas une grosse dépense, rien qui ne soit insurmontable, c'est plutôt le système, la façon dont il est conçu et dont on l'utilise. On pense que c'est logique c'est sans compter les biais genre,  dans le couple, dans le système assurantiel. Le premier est que c'est mon iMari qui s'y colle. L'homme, la voiture, l'assurance qui va avec. Je me coltine suffisamment de sujets plus ou moins pénibles et au long court (les vaccins des enfants, leur suivi médical et de bien être, les vacances : où quand comment...), pour que celui-ci atterrisse chez l'iMari. Il passe tellement de temps avec ses iDevices qu'il faut bien y trouver de la rentabilité à un moment. C'est l'iMari qui prend l'assurance automobile. La voiture est à son nom (d'a...

Scènes d'automne en semaine

Old Man of Stor  - Isle of Skye, un jour d'été Lundi, j'ai ramassé mon premier marron de la saison Brillant et dodu, il reposait aux côtés de sa coque éclatée Il était seul, pionnier, premier tombé. Je l'ai ramassé et rapporté, il demeure posé dans l'entrée. Brillant et dodu, il reflète la lumière de fin d'été  Le soleil qui décline, le frais qui revient, les couleurs qui s'enflamment La fin des congés, la reprise du rythme, le retour de la routine Brillant et dodu, il annonce les feux de cheminée, la laine des pulls Les soirées sous les couvertures, le miel dans le thé  Brillant et dodu, arrivé un peu tôt à mon goût Je m'obstine à percevoir le beau dans la saison qui s'ouvre. Mardi, je monte les escalators à Opera En me demandant ce que je fais là Marcher ici plutôt que le Cowal Way n'ont rien en commun. Je suis tentée de rebrousser chemin  Ce n'est que le chemin que j'aurais rebroussé. Pas le temps.  Alors au retour, j'ai marché mon che...