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Le mix de l'été


Juin, Juillet, Août les mois beaux et soit disant chauds, du moins pour ceux qui n'étaient pas France, sont un mix de lecture, presque un Gloubi Boulga (référence l'ile aux enfants, il faut être né avant les années 80 pour connaitre), uniquement apprécié par celui qui le concocte, c'est à dire moi. Ma liste est hétérogène, hétéroclite, et certains sont loin d'être inoubliables, ça sert à ça aussi l'été, à se laisser aller.

Etre un homme - Nicole Krauss. Mon #30 de l'année est un recueil de nouvelles, contrairement au titre ce ne sont pas que des histoires de femmes. Pas de chutes dans ces nouvelles, juste la fin d'une ambiance avant de passer à une autre.

En d'autres termes, elle ne vivait pas pour convaincre les autres de quoi que ce soit. Les histoires extravagantes qui lui arrivaient, lui arrivaient parce qu'elle se livrait à elles et les recherchait, parce qu'elle essayait sans cesse une chose ou une autre sans trop se soucier du résultat, seulement de l'émotion que cela suscitait et de sa capacité à y faire face.

Dans sa critique, le journal Le Monde le dit "étincelant". Je devais avoir mes lunettes de soleil.

King Kong Theory Virginie Despentes. Le SCUM Manifesto contemporain, indéniablement. Virginie  Despentes est radicale, sans être agressive, elle apporte un point vue totalement décalé sur les relations, qu'elles soient amoureuses ou pas, le porno, la prostitution sans oublier le sexe. Elle fout en l'air l'ordre qu'on essaie d'imposer, elle se rend bien compte du "coût" social, relationnel, et même émotionnel de sa position, de sa vie, et sait qu'elle a de la chance de pouvoir vivre de sa plume en disant ce qu'elle a à dire. Ce n'est même pas qu'elle cherche à provoquer, elle cherche à raconter un point de vue, le sien. 

En parlant du sexe, avant d'ouvrir le chapitre sur la prostitution : 

Faire ce qui ne se fait pas : demander de l'argent pour ce qui doit rester gratuit. La décision n'appartient pas à la femme adulte, le collectif impose ses lois. 

Je ne saurai raconter cette façon de lire le monde et la profondeur de ses réflexions en quelques lignes. ce livre mérite un post à soi. Pour le curieux·ses, les quatre podcasts de Victoire Tuaillon "les couilles sur la table" avec Virginie Despentes sont un régal. On y apprend entre autres que Virginie Despentes a été la compagne de Beatrice Preciado, qui est devenue Paul B. Preciado, ce dernier a un discours que j'adore sur l'identité pour la déconstruire ("au nom de l'identité, on a fait de trop nombreuses guerres". 

Exercice de confiance - Susan Choi . La quatrième de couverture est éloquente, le prix 2019 du National Book Award donne confiance. J'ai l''impression d'avoir été trahie, mon attente devait être éxagérée, je n'ai pas ressentie le retournement de situation décrit, la malléabilité des souvenirs et tout le bla bla de l'éditeur. J'ai eu la sensation de lire une histoire somme toute classique, ou les ficelles sont mal tirées, et l'autrice se prend les pieds dans les noeuds qu'elle a elle-même créés. Bref, je suis passée à côté de ce livre. Je l'ai déja oublié.

Le coût de la virilité  - Lucile Peytavin. Il mérite une page entière, mais la question demeure : comment, sachant cela, ne réagit-on pas ? Allez de quoi donner un avant-goût : 

  • 96,3% des personnes écrouées (en prison) sont des hommes, 
  • 90% des personnes condamnées par la justice sont des hommes, 
  • 84% des auteurs d'accidents mortels sur la route sont des hommes.. 
et on continue de sociabiliser les hommes de façon identique : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce livre chiffre le coût financier pour la société de notre mode de socialisation des hommes et des femmes. Si on sociabilisait les hommes, comme les femmes, on économiserait un tiers du budget de l'Etat. Ca commence à valoir le coût/coup de s'y pencher non?


Basse naissance - Kerry Hudson. C'est l'histoire de l'autrice et ça se lit comme un roman, avec un aller retour des chapitres entre la période d'enfance, sa vie actuelle d'écrivaine et les liens qu'elle en fait, les traces qu'elle en a, la seconde peau qu'il lui reste de ses années pauvres, de très grande précarité de sa famille, de sa mère, et de ce que ça veut dire de dépendre des allocations publiques. Son histoire est poignante : ce n'est pas le misérabilisme qui m'a touché, c'est, plus exactement, les séquelles qu'une telle enfance laisse, à l'âge adulte, même quand on est à l'abri, même quand on a un job, même quand on est reconnu. L'insécurité reste tapie, elle prend juste une autre forme que l'insécurité financière. S'en sortir est un arrachement, ici à sa mère (c'est la seule dans le paysage, pas de père) et une partie de sa famille.


Eleanaor Oliphant va très bien  - Gail Honeyman. Après Basse Naissance, le #35 racontait encore une histoire de traces et de mère défaillante. Admirablement bien écrit, à la première personne, le dévoilement et le retournement de perpective est progressif, espéré plus qu'attendu, incertain et jusqu'au bout nous laisse incrédule. On est Eleanor Oliphant, on l'aime, on la comprend. On a les larmes au yeux pour ce livre en poche chez 10/18 qui ne paie pas de mine!




Les filles de Shanghai  - Lisa Lee. C'est le genre de livre avec un alibi historique pour "apprendre sur l'histoire de la Chine et la diaspora chinoise au début du 20ème siècle". L'histoire se veut romanesque avec ce qu'il faut de sacrifices, de larmes, de résiliences et de violences. Il y a plusieurs tomes, je vais en rester là, même si la lecture n'était pas désagréable, juste conventionnelle.

Puis viennent Abandon, encabanée et d'où je suis,  les livres d'août lus sur le bateau et en Grèce.

Débacle -  Lize Spit. Moral en berne s'abstenir, ce n'est pas un "feel good book" ; contrairement à Kerry Hudson et Eleanor Oliphant celui-là ne finit pas bien du tout. C'est bien un mélange des deux, une famille pauvre, dysfonctionnelle au possible, des amitiés toxiques, des traces, mais indélébiles cette fois. Le roman est construit entre épisodes d'enfance qui plantent les personnages et leurs relations et le présent où la narratrice complote une action, qu'elle mène à bien et qu'on ne comprend qu'à la toute fin, sans y croire tout à fait d'ailleurs.



La saga des Cazalet,  été anglais - Elizabeth Jane Howard. J'ai aimé Downton Abbey, et ce livre est sa version littéraire, se déroulant quelques années après (la fin des années 30). C'est un livre de vacances, et le marketing ne s'y trompait pas, les trois tomes de la saga des Cazalet encombraient les tables de nos librairies. C'est mon iAdoe qui l'a acheté, plus sensible qu'une vieille peau cinquantenaire à ce qui ressemble à la romance estivale. Je lirais peut-être la suite, aux prochaines vacances s'il sort en poche (ou emprunté à la bibliothèque!).




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