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Sans attente se laisser surprendre (#Arles)

Martine Barrat @Arles

Je n'avais pas l'intention d'y aller cette année.
2025 avait été une année sans. 
2026 serait de même, surtout que j'avais Perpignan en perspective, comme beaucoup d'autres d'ailleurs sur les 2 semaines de Visa pour l'image, les trains étaient complets sur les week ends. J'avais du lâché l'affaire. 
Et en juillet des copains nous embarquent pour Arles en septembre avec une autre couple aperçu de loin en loin à des soirées. 
Je me suis dit ça change, il y aura moins de monde, c'était sans compter sur la Féria. Une toute autre population que pour les Rencontres Photographiques. Plus colorée, plus festive, plus extravertie. Des jeunes, des vieux, des gitans, des taureaux, des chevaux, des corridas, des foulards roses, de la musique partout, de l'alcool beaucoup.
Nous ne sommes pas allées voir de corrida, j'aurais pu, j'en avais vu une à Madrid il y a 23 ans, je n'avais pas détesté, sans rien comprendre vraiment, pour moi cela relevait du spectacle - je sais c'est controversé. 
Priorité photo pas taureaux, on a juste assisté au déliement des taureaux dans la rue, et des gens qui leur courent après. Raconté comme ça, ce n'est pas impressionnant. Ce qui l'est c'est la tension des gardians qui les entourent, ce sont les chevaux qui courent collés les uns aux autres, l'énergie des bêtes qui est contenue par ce dispositif ... Des jeunes courent derrière pour attraper la queue des taureaux : tout cela est rapide, dangereux, bruyant, vibrant, sous le soleil de midi. j'en oublie que je suis en ville, derrière des rambardes, je sens l'adrénaline de tout ceux-là. C'est émouvant, j'en ai la chair de poule, peur et fascination en même temps. Et pourtant, ce sont justes des taureaux. 

Les expositions sont bien plus calmes, avec moins de tensions mais certaines avec beaucoup d'émotions. 
Venue sans intention et sans attente, je ne pouvais qu'être agréablement surprise par quelques découvertes et redécouvertes ainsi que quelques âneries habituelles. 

La Feria résonnait avec l'expo Modèle Animal, extensive exposition sur notre rapport aux animaux, intéressante par les différents regards que portent la photo, mais je me rappelle surtout des videos de chats. J'ai supprimé de mon fil Instagram toutes les personnes qui publiaient des videos de leur chat, j'ai trouvé cocasse d'avoir payé et d'en regarder (vite fait) dans une exposition. 

who killed Bambi ? 
Un clin d'oeil à Ella Maillart et sa photo de nomade au Kirghistan de 1932 et à un JM Donat et son "who killed Bambi?" et ses photos à la suite, d'individus posant devant des piles de bois de cerfs.

Un jeune "artiste" chinois voulant réduire la distance et lui et son objet photographique (des montagnes chinoises : elles se ressemblent toutes) a développé ses pellicules avec son acide gastrique. Ca ne donne rien évidemment, sauf un film de lui à l'hôpital pour justement pomper son acide gastrique. 
Comment lui est venue cette idée si saugrenue ? Qui finance/sponsorise ça ? Qui a eu l'idée de présenter ça aux rencontres photographiques?  Pourrait-on nous éviter ça ? 

Martine Barrat - tête d'affiche de ces rencontres (20 mn de queue pour rentrer!) est une chouette découverte, il est temps elle a 93 ans. Dans le même esprit que Nan Goldin : photographier les gens autour d'elle, raconter leur histoire, se lier d'amitié avec ses sujets (là où Nan Goldin photographe plutôt son entourage), elle parle d'un monde que je n'ai pas connu, et qui n'est  pasidéalisé non plus. Emouvante série sur les enfants boxeurs, ils ont en 3, 6 ou 9 ans et boxent leur (sur)vie comme un moyen de sortir de la misère (eux et leur famille). Les gamins sont noirs, les entraineurs sont des hommes blanc, et quand ils viennent avec leurs enfants, ces derniers ne sont pas boxeurs. 

Ming Smith @Arles
Plus jeune et tout aussi inconnue pour moi Ming Smith photographe née en 1947, elle fut la première photographe afro-américaine dont une oeuvre fut achetée par la Musée l'Art Moderne de New York (selon wikipedia) en 1975. Leur route à ces deux là se font croisées à New York, l'une est marié avec un saxophoniste en photo chez l'autre.

Dans le très classique noir et blanc qui nous parle de tout au nord, Pentti Sammallahti né en 1950, il est de Finlande et ses photos ravivent chez moi un imaginaire soviétique : la guerre froide, les romans de John Le Carré, la poésie de l'espionnage (si c'est possible), la beauté de l'incongru dans les paysages de neige. J'ai acheté le photo poche, les soirs d'hiver je serai tellement contente de les feuilleter avec un thé. 
Pentti Sammallahti 

Et pour compenser, j'ai aussi pris celui de Vivian Maier. C'est un acte militant, il y a bien moins de photos poches consacrés à des photographes femmes (que des hommes), pas assez tout du moins. 


Pour se remettre dans l'histoire, Alain Keler, photojournaliste de 81 ans de la galerie MYOP. On a tous vu ses photos sans y associer son nom. Ce côté Visa pour l'image aux rencontres d'Arles m'a ravie.

Ce ne sont pas de jeunes découvertes, plutôt des sorties d'archives, explorer la grande bibliothèque dans des recoins où je n'étais pas allée. 

Je fais toujours un tour à ENSP pour voir ce qui été retenu pour les Rencontres parmi les projets des élèves. Je ne retiens pas leurs noms, ce que s'est présenté est souvent perché, même pour moi, je me perds entre le texte, l'intention et les photos. Cette année il y avait en plus sur les murs de la cour, une présentation en collage de projets d'élèves  : chacun racontait son point de départ, sa quête, et sa traduction en images. J'ai adoré lire leurs textes, essayer de comprendre comment on passe de la question - de ce qu'on envie de représenter  -  à sa mise en images : une photo, une série, des superpositions...
Je le sais, ça se confirme, ce que j'aime c'est les histoires, si ce n'est plus, du moins autant que les photos. Une photo sans histoire m'émeut à peine, l'histoire n'est pas forcement écrite sur le cartel, elle est incluse dans ce que je regarde. 
C'est ainsi que Harry Gruyert est esthétique mais m'emmène moins loin de Sammallathi.






On croise aussi des classiques à Arles  : des intérieurs de frigo portes ouvertes, des natures mortes pourries avec des fourmis, des Aliens dans des lits de jeunes filles, des fleurs repeintes, l'infiniment petit, le bureau de Virginie Woolf, le lac Baikal jamais aussi proche que celui de Serre Ponçon.


Et bien sûr des projets IA, dont celui du Anonymous Project  (Lee Shuman et Omar Victoir Diop) qui a repris des photos des années 60 aux USA et y a ajouté une personne noire (en l'occurrence Omar Victor Diop). Ca a son effet.






Tout comme se promener dans les rues bien connues, boire un cocktail à l'Arlatan, trainer au cloître Saint Trophime, contourner dans un sens et l'autre les arènes, explorer tous les recoins de la Libraire Actes Sud et se poser au bord du Rhône en fin de journée.





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