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Cher Edgar (#time to reconsider)

Fondation Cartier - expo Magasin général

Cher Edgar, 

Je t'ai à peine reconnu sur cette photo de toi dans le Monde lors de ta nomination. En chemise blanche, pull col V bleu marine, veste et  jean, tu semblais bien plus grand que dans mon souvenir. Et plus sexy aussi. Je me suis dis que tu avais (très) bien vieilli.
Physiquement bien vieilli.
Parce que ton discours me donne des doutes sur ta santé mentale et ta capacité de discernement.
Martin a laissé le poste, toi tu as accepté. 
Il a dit :  je n'étais pas prêt à tous les compromis.
Toi oui? 

On a eu vingt ans ensemble, dans les mêmes années. Toi avant moi.
On habitait à la montage, on a du avoir le même genre d'adolescence - j'imagine. 
A toi la Savoie, à moi les Hautes-Alpes.
Tu aimais les bosses, j'aimais les courbes sur des pistes bien damées.
On a du avoir le même rythme d'entraînements, mais pas les mêmes entrainements : les tiens bien plus intenses que les miens. Et plus fructueux aussi. Tu devais être plus ambitieux, plus accro, plus persévérant.
Moi j'étais celle à qui on demandait de faire la démonstration de l'exercice, de bien détailler les gestes au passage des portes de slalom, de faire du "slow motion" pour "attaquer les piquets". Le terme n'existait pas, mais c'était exactement ce que je faisais : du ralenti. 
J'étais appliquée dans les gestes et lente dans leur exécution. Mes camarades avaient largement le temps d'admirer l'enchainement des mouvements quand c'était moi qui passait. Le problème est que je n'allais pas plus vite en compétition. Si par malheur j'accélérais, je tombais ou loupais une porte. Le nombre de fois où j'ai été disqualifiée est impressionnant, bien plus que celui où arrivée en bas du slalom j'étais classée. Dernière. 
Mes états de service en compétition de ski ne sont pas brillants (en natation non plus d'ailleurs, je raconterai un autre jour comment j'ai manqué me noyer à ma première compétition). Mais j'ai toujours été celle qui montrait aux autres comment bien faire.

Toi non.
Je n'ai pas été championne olympique en 92 à Albertville. 
Toi oui.
J'étudiais à Leeds (UK) quand tu montais sur le podium.

Aujourd'hui, tu es Président du Cojop des Jeux d'Hiver 2030. Depuis un an.
Ça m'a fait plaisir, je dois le reconnaitre. Tout en me demandant comment on passe de skieur de bosses un peu rondouillet à Président (BG longiligne) d'un truc pareil ?
Je ne crois pas - je suis même sûre - que ça relève des mêmes compétences.

D'être secoué par tes bosses, ça a du un peu attaqué ton cerveau et ta capacité à réfléchir : tu oses assurer dans un interview en 2025 que les décisions prises par le Cojop le seront à l'aune des enjeux environnementaux et dans le respect des limites budgétaires prévues. 
Soit tu n'as pas compris les enjeux environnementaux. Soit tu te les chantes tu te les rêves. Dans les deux cas, ça ne marche pas.
Tu te dis d'un tempérament optimiste, tu sais que c'est inutile dans le cas du réchauffement climatique ? Surtout quand on envisage d'avoir Total Energies comme partenaire des JO. Tu n'en es pas à une contradiction près on dirait.
L'optimisme ne sert à rien même en citant Climsnow. Même un scientifique optimiste sait que les stations de moyenne montagne sont condamnées et que la course à l'équipement d'enneigement artificiel n'est qu'une façon de précipiter ces stations et les villages autour dans un endettement abyssal (même si c'est ans l'optimisme). 
Alors pourquoi les sites des JO sont tous en moyenne montagne? 

Je te rappelle aussi que le premier facteur de l'empreinte carbone des stations est les transports. 4 sites pour les JO, séparés de 500km : comment tu résouds cet enjeu environnemental là ? Par les transports en commun? Par les télécabines a construire depuis les fonds de vallée (en moins de 4 ans?) On croit vraiment que les équipes olympiques vont se déplacer en transport en commun ? (en char à voile comme dirait l'autre débile, le footballeur, pardon c'est un pléonasme). A quel moment les officiels vont se déplacer autrement qu'en hélicoptère, avion privé ou gros SUV ? 

En bon libéral, tu expliques en 2025 que ta ligne directrice c'est le budget. 
Après les enjeux environnementaux. Tu n'en était pas à une contradiction près.
Un an après, tu es de nouveau en photo avec tes lunettes sur le bout du nez, dans ta tenue à la Steve Jobs, toujours aussi sexy, mais ca ne va pas suffire. Le budget n'y est pas. Il est au-dessus des 2 milliards prévus. 
Qui contribue ? L'Etat et les Régions hôtes. Qui sont solidaires en cas de déficit. En cas de. 
Sauf que les Jeux sont toujours déficitaires (ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les faits). Toujours déficitaires. 
Conclusion  : dans le budget (prévu), les régions paient une première fois. A la sortie des Jeux, elles paieront une deuxième fois pour combler le déficit. Sans avoir combien.
A qui profite les jeux ? Pas aux rRégions, à l'issue de l'affaire elles seront endettées pour des années, au détriment des budgets de la transition écologique, des aides sociales sur le territoire, de la culture, du tourisme ....
A qui profite donc les Jeux? A quelques entrepreneurs engagés pour la construction/renovation, à d'autres qui hébergent? . C'est un seul coup, qui ne profite pas à la population, qui engage les financements de l'Etat et des collectivités au profit de quelques-uns. 

Edgar, d'accord tu étais sur le podium quand moi je faisais encore des études, mais tu pourrais te rendre compte de ça non ? 
Forcement tu t'en compte quand la région Auvergne Rhône Alpes (et son président d'extreme droite qui ne dit pas son nom) réduit sa contribution de 7,5 à 3 millions sur le budget de fonctionnement. 
Tu sais tout de même ce que c'est une division par 2 (même un peu plus mais je te passe les divisions à virgules) ? 
J'exagère, certains dressent ton portait en te décrivant entrepreneur, business Angel, tu fais des master classes sur la pression et la performance, tu as même écrit, non pas un mais deux livres (tu sais écrire?).
Si j'étais mauvaise - mais je t'aime bien - je chercherais quels liens pourraient exister entre tes investissements financiers (et ceux de ta famille) avec les sites des JO? 

Tu as un autre petit souci : les gens de ton équipe claque la porte du Cojop. Crise de gouvernance titre la presse. Pour quelqu'un qui se posait en médiateur il y a un an quand tu nous racontais ta participation à une réunion municipale à la Clusaz sur la construction d'une retenue d'eau, c'est dommage non ?
Une partie de tes directeurs est déja partie, certains (dont ton directeur des rémunérations) en demandant publiquement si tu as les compétences pour le job. Ce qui m'inquiète c'est que si tu ne sais pas gérer les rémunérations de tes dirigeants comment tu vas pouvoir gérer un budget de 2 milliards d'euros?  
Maintenant c'est ton directeur général  - que tu as choisi -  qui quitte le Cojop. 

Ah travailler en équipe, construire des consensus, avancer dans les paradoxes... c'est pas évident hein? Tu préférais descendre tes bosses à fond en faisant le clown en bas. Tu fais moins le malin aujourd'hui en sortant de tes réunions de direction.
Tu n'as pas le parcours pour un défi comme celui-là, même s'il est semé d'embuches et que tu as l'habitude des bosses. 
Même si tu as l'habitude d'aller vite et que le temps est compté d'ici 2030.
Même si tu as un (petit) réseau politique (qui se délite) suite à ton "fiasco"  (le mot n'est pas de moi) dans le projet de candidature d'Annecy aux JO.
Même si tu as le bagou suite à ta "carrière" de coach-conférencier en entreprise "j’ai toujours été là le jour J, alors que la pression était monstrueuse"

Oui la pression est monstrueuse aujourd'hui dans ta situation. Mais le contexte n'a rien à voir avec ce que tu as connu ailleurs, auparavant.
Tu sais que c'est une signe de compétence que de reconnaitre son incompétence? Regarder Benoit 16, regarde ton pote Fourcade. 

Allez, je vais t'aider. Je vais te souffler comment sortir.
Sortir par le haut de cette situation.
Parce que si tu te fais virer du Cojop, que vas-tu raconter dans les prochaines conférences ? Dans tes formations sur ta plateforme en ligne? Le coup de résister à la pression ne va plus tenir la route. 
Si les Jeux se font, le bilan financier sera catastrophique, pas bon non plus pour tout ce que tu as dit sur le budget et l'invention du nouveau modèle de la montagne. (petite question : comment la construction d'une NOUVELLE patinoire à Nice  -220 millions - contribue à cet objectif ? by the way qui a eu l'idée de mettre Nice dans les sites des JO? Nice, évidemment très connoté sports d'hiver aussi bien dans l'imaginaire de tous que dans la réalité des températures).
T'es coinçouille, comme si tu avais enfourné tes deux skis dans une bosse.

Ta porte de sortie : que les JO ne se tiennent pas. 
Oui Edgar, je sais c'est un peu gros mais pas infaisable, même si là tout de suite ce n'est pas évident.
Je ne sais pas qu'elles sont tes prérogatives, mais c'est peut-être le moment de demander un reférendum dans les régions, sur la tenue des Jeux. Elles diront non, et hop tu sors de l'étau.
Un sentier détourné : écouter les associations, voire  - voie royale qui t'assure une éternité de conférences - travailler avec eux sur une voie de sortie ou une voie du milieu. Repenser totalement ce qui peut être fait en 2030, repenser le concept même des Jeux. Je t'invite à lire Réinventons la montagne (Fiona Mille) , il y a dedans un scenario durable. 
Changer le paradigme comme tu l'as dit dans une interview (c'est un mot qui fait hyper intello mais qui n'est pas utilisé par les intellos, fais gaffe). Tout le monde te dira que c'est impossible, et pourtant tu peux le faire (tu as bien eu d'autres podium après avoir bousillé tes genoux non?)

Bon, Edgar, arrête de souffrir pour réussir,  cette réussite est un leurre, elle a la visage "du pain et des jeux pour le peuple" (un petit souvenir de tes cours d'histoire?). Je te rappelle que c'est le titre de ton dernier livre (au cas où ce ne serait pas toi qui l'a écrit et que tu aurais déja oublié son titre)

Tu dois regretter le moment où "(tu) skiais avec ta femme à Val d'Isère quand tu as été appelé pour prendre ce poste."
Et si tu ne le regrettes pas, c'est que tu ne comprends pas ce qu'il se passe. 
Syndrome du cerveau secoué ?

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