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| Sarah Van Reij @MEP |
J'ai trouvé!
J'ai trouvé la version féminine et plus jeune de
John Irving.
Une comme lui avec de nombreux personnages, tous avec une vraie histoire - peut-être pas aussi poussée que lui, mais on s'y approche.
Cet été par hasard j'ai acheté This must be the place de Maggie O' Farrel. Le hasard n'est pas d'être entrée dans cette librairie en Ecosse (Glasgow je pense, ou Skye), le hasard est le choix du livre. Le nom de Maggie O'Farrell ne me parlait que vaguement, j'ai aimé la couverture et la 4è. Cela tient à peu de choses, comme quoi, un bon marketing est utile.
Comme j'ai de l'avance dans l'achat (la Pile des livres en attente n'est jamais vide, ne plus rien avoir à lire est une de mes grandes angoisses existentielles : au Paradis ou en Enfer, quel que soit l'au-delà, y a-t-il des livres? ), j'ai mis un peu de temps avant de le commencer. Et je n'ai plus lâché, je suis allée en chercher deux autres qui n'ont pas intégré la Pile - ça a fait une FIFO comme dirait l'iMari (First In, First Out).
This must be the place traduit en français par Assez de bleu dans le ciel, titre ridicule - honte au traducteur - est raconté par toute une galerie de personnages, chacun à son moment dans le temps, en un chapitre à chaque fois. Un peu d'attention est requise, y compris pour bien prendre en comte le titre de chaque chapitre qui indique au lecteur l'année, et selon quel point de vue. J'avoue qu'au debut il m'a fallu un peu de temps pour assembler l'histoire. Magnifique.
Spoiler : no happy ending. No sad ending non plus.
Ce n'est pas un roman à la Emily Henry, j'ai prévenu, c'est plutôt John Irving.
Les personnes sont ambivalents ou alors très tranchés avec des histoires de vie qui ne sont pas de longs fleuves tranquilles. Des enfants dans tous les recoins, ils grandissent, ils vivent, ils meurent, ils aiment, ils se perdent ... comme les autres personnages, tous singuliers, bien léchés (les Français ne sont pas épargnés)
A couple of businessmen hurry past, pecking with their fingers at their phones, a walker with three ridiculous fluffy mammals that don’t, in all conscience, deserve the appellation ‘dogs’. What is with the Parisians and their miniature yappy canines ? I’ve never understood it : they exercise such impeccable, flawless taste in all others areas but this.
Maggie O Farrell – This must be the place
C'est un monde, un bon moment, un espace temps auquel on a envie d'appartenir. Le temps de lecture au moins.
Enthousiasmée par cette découverte, j'ai poursuivi avec I am, I am, I am. C'est le titre en français aussi. Une citation de Sylvia Plath (comment ne pas se jeter sur le roman dès lors?) :
I took a deep breath and listened to the old brag of my heart. I am, I am, I am.
Sylvia Plath - The bell jar
Là encore, une façon très étonnante d'organiser les chapitres : 17 chapitres, chacun raconte comment elle a échappé à la mort. C'est bien plus subtil que ça, ce sont des moments où elle aurait pu mourir et où ce n'est pas arrivé. Oui, ça fait un roman, qui raconte sa vie par étape, par gros carottages (c'est bien une vision d'ingénieure ça!) sans qu'on se dise wahou elle l'a échappé belle.
C'est encore une fois, une façon de regarder la vie, par tous les instants où il aurait pu se passer autre chose et où il n'y aurait pas eu de chapitre suivant.
Cette femme est fantasque, elle ne voit pas la même chose que nous et pourtant on regarde les mêmes choses.
Un de mes iAdo (presque sorti de l'adolescence puisque qu'il va quitter les années teen et va entrer dans sa vingtaine : dois-je dire iTwenty?) est un peu comme ça. Il y a quelques années, ma soeur nous envoyait une photo d'elle et son nouveau copain (ils revenaient de la pêche, son activité favorite à lui, son surnom sans surprise fut vite le pêcheur. L'idée est de nous montrer sa tête à lui. Nous étions tous les cinq très curieux, évidemment penchés sur la photo sur mon téléphone à commenter sur le gars pas encore recontré : c'est quoi son nom? c'est quoi cette coiffure? c'et quoi cette chemise? ... sauf l'iAdo (iPetit en fait, école primaire je pense), qui demande c'est quoi le nom du poisson qu'il a attrapé?
Nous regardons le nouveau mec de ma soeur, personne ne s'intéressait au poisson, sauf lui.
Les 17 chapitres de I am I am I am sont un peu pareil. Certains plus directs que d'autres. Regardons dans nos vies les moments où on a manqué de mourir. Pour beaucoup, on passe à côté : la voiture qui nous a frôlé sans qu'on la voit, la maladie qu'on n'a pas attrapé parce qu'absent ce jour là, l'assassin qu'on a croisé et qui nous laissé tranquille ... notre entourage voit peut-être mieux que nous les moments où l'on a échappé.
Mon iFille qui n'a pas voulu naitre par voie basse, il a fallu la chercher par césarienne ; l'iAdo (celui du poisson) né avec une sténose du pylore, l'iDernier qui est tombé dans une rigole d'eau à moins d'un an sans savoir se relever (celui-là aurait de quoi écrire plus de 17 chapitres, mais je doute qu'il le save).
Ce que j’aurai aimé savoir à 21 ans, tandis que sur mon vélo je m’éloignias du panneau d’affichage en direction de la pelouse qui bordait la rivière de Cambridge dans laquelle je jetterais des pierres en pleurant, c’est que personne ne vous demande jamais quel diplôme vous posséder. Cette question ne compte plus dès l’instant où vous sortez de l’université. J’aurai aimé savoir que les choses qu’on ne contrôle pas dans la vie sont en général plus importantes, plus formatrices à long terme que celles qui se passent comme prévu.
Maggie O Farell - I am I am I am
17 chapitres qu'on ne contrôle pas, et où on découvre la vie d'une femme, qui nous semble à la fois extraordinaire et qui pourrait être notre voisine de table quand on faisait nos études. Elle a une façon de raconter les choses... digne d'une écrivaine.
Je ne me suis pas arrêtée là, comme par hasard je me suis retrouvée près des Tuileries vers la libraire Smith and Sons (c'est à deux pas du Grand Palais, comment l'éviter?) Il a tout un rayon de Maggie O' Farell. J'ai choisi la couverture jaune de My lover's lover.
Un nouveau point de vue encore. La protagoniste n'est pas celle qu'on croit, ni celle du titre. C'est un protagonisme mouvant, qui se transmet avec l'histoire, les personnages se dévoilent, apparaissent, prennent de l'épaisseur, de la place. Ceux qu'on n'avait pas remarqué qu'on découvre, et ceux qu'on pensait être le caractère principal quasiment oubliés à la fin du livre. Un tour de magie presque, dans un Londres bien présent (mmh j'adore cette ville).
Maggie c'est l'étoile montante, je découvre que le film Hamnet de Chloé Zhao est tiré de son roman du même nom et qu'elle a écrit le scénario. Quel succès pour cette rousse, irlandaise de 54 ans. Tant mieux.
C'est aussi en la lisant que je reconnais - et met des mots - sur mon état de fébrilité, de trop plein d'énergie que j'ai parfois, qui me pousse à entreprendre plein de projets, de travaux, de voyages et qui fatigue mon iMari rien qu'à m'écouter les énoncer
Voila le seule chose, en dehors de l’écriture capable d’apaisir le bouillonnement persistant, continu qui m’amine. Quand il m’arrive de rester trop longtemps chez moi, engluée dans les taches du quotidien (...) le soir je fais les cent pas à la maison (..)
Je guette désespérément le changement, je recherche à tout prix la nouveauté partout.
"peut-être qu’il faudrait q’on parte en vacance » dit mon mari.
Maggie O Farell - I am I am I am
Lui ne me propose pas de partir en voyage, il a à peine le temps d'y réflechir que nous voila partis.
J'ai en partie réglé le besoin de nouveauté en régulant l'énergie, c'est à dire en allant courir. Ca m'évite de m'agiter, de repeindre la maison, de ranger toute la bibliothèque encore une fois (passer du tri par couleur à du tri par éditeur), d'entamer des plats compliqués d'Ottolenghi en 17 étapes ...et ça repose l'iMari qui écoute ses podcasts tranquillement sur son canapé.
J'écris ses billets aussi, entre deux tours de stades et trail en forêt. Si je courais moins, peut-être que ces écrits se transformeraient en roman.
Tu as des personnages ? me disait il y a très longtemps une amie, alors tu as une histoire .
C'est ce qu'ont Maggie O'Farell et John Irving et je vis avec eux. Bien contente que Maggie est à peur près mon âge, je ne manquerai pas de nouveautés de qualité quand John ne sera plus la, et que j'aurai déjà tout (re)lu.
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