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Pourquoi faut-il regarder la Chronique des Bridgerton?

Le coeur sur la table  - Binge audio //

Ce n'est pas pour l'histoire, le plot. Dès le premier épisode, on sait qui est LE couple de la série, et qu'il faudrait toute la saison pour qu'ils soient enfin ensemble (ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants). Il enchaine les clichés, les tensions (sexuelles et belliqueuses - entre les hommes) avec les scènes de sexe là où il faut

 

Ce n'est pas non plus pour la beauté des acteurs (quoi que le beau héros black ténébreux ça se discute). Mais non, notre héroïne est une blonde fadasse à la voix aiguës, les frères sont passables. Bref pas de voyeurisme dans cette série.

 

Ce n'est en rien pour l'aspect historique. On n'y apprend rien sur l'histoire de l'époque, censée être sous la régence anglaise au 19ème siècle, ni sur les coutumes et les costumes. Il y a eu suffisamment d'articles sur le sujet relevant les anachronismes et les incohérences vestimentaires : pourquoi un corset alors que les robes ne sont pas cintrées et tombent droit à partir de la poitrine? est une des polémiques. Non résolues à ce jour.

 

Ce n'est ni l'histoire, ni l'Histoire ni les protagonistes. Alors?

 

8 épisodes d'une heure. Que j'ai regardés jusqu'au bout. 

 

Le premier épisode : tard un soir, en me disant que ça me mettrait un fond sonore et lumineux pendant que je lisais vaguement. Un soir où je devais être bien fatiguée, et j'avais besoin d'un lavage de cerveau. 

 

J'ai froncé les sourcils dès le début : c'est quoi ce truc où il y a des black à la cour d'angleterre ? 

Et à l'écran ça coulait tout seul. J'ai levé le nez de mon livre et j'ai écouté plus attentivement. 

J'ai alors "vu" le scénario. Pas le film, le scénario. 

La Reine est noire, le Roi est fou (blanc), une des femmes les plus intelligentes de la cour est black (c'est la bonne fée), on y admire la beauté des unes et des autres sans se poser la question de la couleur. J'ai eu l'impression d'être la seule à remarquer que les gens vivaient mélangés sans que ça ne semble étonner personne. J'ai même filer un coup de coude à mon iMari à côté pour lui dire "et regarde, il y a des noirs à la cour d'Angleterre! Ce truc est anachronique ou c'est de la science fiction".

 

Le clou du spectacle (ou la clé) est qu'il aura suffit de "l'Amour" pour faire une société aussi intégrée : parce qu'un jour un roi blanc est tombé  follement amoureux d'une femme noire et en fait sa reine. Et comme par magie, la société est devenu mixte, intégrée, exempte de racisme. (enfin presque : je ne sais plus s'il y avait d'autres communautés représentées comme les asiatiques ou les indiens...). 

Ah le miracle de l'amour! Ce n'est le miracle de l'amour qui est intéressant, c'est notre (ma) réaction au fait qu'il y ait des black dans cette série. A la cour d'Angleterre, bon sang!. Ca en dit long sur ma vision du monde. Dans la rue oui, dans les séries, ça m'étonne. Je le remarque, ça m'intrigue, je regarde jusqu'au bout.

 

La vraie raison (en plus de la précédente) pour laquelle la chronique des Bridgerton mérite d'être regardée est que c'est une prise de conscience féministe. 

Non, je vous rassure je ne vois pas le féminisme partout.  Il est juste mis en exergue dans cette série par le décalage d'époque. Les mêmes questions se posent encore aujourd'hui pour les femmes. Les mettre dans une série et les transposer au 19ème siècle ne fait qu'un effet loupe.

 

Si aujourd'hui on a la possibilité de gagner notre vie (ce qui n'était pas le cas à l'époque), est-il possible, acceptable socialement de ne pas se marier? Ou de ne pas vivre en couple? De choisir de ne pas avoir d'enfant? D'avoir des enfants tout·e seul·e? La norme sociale de l'hétérosexualité, du mariage et des enfants laisse-t-elle le choix pour autre chose ? 

Pour moi c'est trop tard (j'ai déja coché toutes les cases : hétéro, mariage et enfants) mais pour nos filles? Pour nos fils? Pour d'autres que nous plus jeunes? 

 

La question du corps des femmes, du désir, de plaisir, de la maternité... toutes reliées aux hommes (dans la série) et dans la réalité d'aujourd'hui ?

Le choix de penser, d'écrire, d'exister sans homme, sans famille? 

 

Ce ne sont plus littéralement nos pères ou nos frères qui décident pour nous, mais la norme sociale, notre système patriarcal bien rodé, qui nous donne l'impression d'être libres et égales en toute conscience. Ce sont toujours les hommes, mais de façon plus subtile, moins directe, tout dans l'implicite en nous laissant croire que nous sommes libres.  

 

Sans revenir à Mona Cholet (sorcières, la puissance invaincue des femmes - où il y a des beaucoup de choses à redire, le style pour commencer, les chiffres ensuite  ...), ce sont des questions où on l'impression qu'aujourd'hui on est totalement libre, on a le choix. Ce qui est probablement un leurre.

Relisons Rebecca Solnit - moins controversée, qui nous démontre que le mariage hétérosexuel est plus sûr moyen de maintenir un système patriarcal. Et que nous y sommes consentantes, plus encore nous pensons que c'est un choix conscient, voulu, et assumé. 

 

Alors je nous invite à écouter la série de podcast de Victoire Tuaillon "le coeur sur la table " qui révisite la notion de l'amour. Une relation parmi d'autres, mais qui prend le dessus sur toutes les autres, surtout si on parle d'amour hétérosexuel (attention certains épisodes sont crus, voire parlent de violences).

Pour nous ouvrir les  yeux par les oreilles, pour nous montrer ce qu'on ne voit pas directement et qui nous sautent aux yeux chez les Bridgerton.

 

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