 |
| détail - Hilma af Klint |
Je l'ai rencontrée il y a quelques années. C'était dans une salle consacrée aux artistes femmes, dans un musée du nord de l'Europe, je ne sais plus si c'est Tallin, Riga, Stockholm...,. Je suis tombée en adoration sur son nom, j'ai tout de suite su que je l'aimerai, il sonnait comme un poème, une promesse que ses peintures ne démentent pas. Le tableau que j'ai vu était de petite taille, une abstraction, j'étais ravie qu'une artiste peigne aussi de l'abstration, je me rapelle de la sensation de légèreté en associant son nom au tableau. J'ai d'abord cru qu'elle était femme de ou fille de, ou nièce de, puis plus attentive j'ai vu af Klint et non Klimt. Ce n'était pas les mêmes, elle avait son nom à elle, son renom à elle, ses peintures à elle.
Hilma af Klint.
Alors forcement, je suis allée au Grand Palais, avide, gourmande, curieuse, pas du tout objective, savourant d'avance ce que j'allais voir. Une miette des années plutôt, une orgie aujourd'hui.
J'ai tout aimé : les années de spiritisme et le discographe, le club des 5 (De Femmes) ces 5 femmes artistes qui créent ensemble, ses séries, ses recherches sur le signe et la vérité, Saint Georges et le dragon...
Mais ce que j'ai préféré ce sont les 10 plus Grands, qui représentent les étapes de la vie ; enfance, adolescence, adulte, et grand âge. Ils sont grands évidemment, 2,5x3,8m je dirais, accrochés à la suite.
Je pourrais m'assoir là et y rester.
Je pourrais l'accrocher dans mon salon et l'admirer tous les jours.
Je pourrais fermer les yeux et en rêver.
Je pourrais le mettre en fond d'écran à la place de tous ceux qui y mettent leurs enfants.
Je pourrais la rencontrer à force de les regarder.
Ce que je ressens devant ces toiles, j’appellerais ça un réconfort cosmique. Comme si je prenais un bain dans la coquille du temps, là ou se combinent passé, présent, ou futur à l’endroit ou l’intimité la plus secrète touche le champ de tous les possibles.
Véronique Le Normand – Femme oiseau étoile
Les couleurs, les formes.
J'en reviens toujours là, parmi mes favorites de Fabienne Verdier à Sally Gaborit, ce sont des couleurs et des formes, qui parlent, chantent, décrivent, racontent, emmènent, enchantent
Je suis transportée.
La couleur c’est toute ma vie. Le bleu, ma préférée, m’apparait comme la plus profonde, c’est une couleur immaterielle.la couleur de la sagesse, de la rêverie, de la méditation. Avec le bleu tout file vers l’infini. Le bleu dématérialise. Le bleu transforme le réel en imaginaire, la pensée consciente va vers l’inconscient, c’est la couleur de l’immortalité
Véronique Le Normand – Femme oiseau étoile
Vers des territoires inconnus sans être inquiétants, inexplorés et pourtant familiers, à la fois nouveaux et pourtant là depuis longtemps. Une partie qui on aurait envie de dire "what took you so long?"
Ses peintures me parlent de moi, comme une voie extérieure qui défrichaient des chemins à l'intérieur, c'est comme si elles ouvraient des parties qui ne l'étaient pas auparavant.
Imaginons une maison où on découvre une pièce, un corps où on découvre une membre, un livre où s'ajoute un chapitre, un poème un vers...
Ce n'était pas incomplet avant, c'est juste plus riche ensuite.
Cette femme est étonnante. Elle est née en 1862 en Suède, née chanceuse dans une famille progressiste. Elle décide de ne jamais se marier de ne pas avoir 'enfant, elle vivote de sa peinture (passe l'abstraction mais de portrait, de dessins anatomique), elle fréquence essentiellement la compagnie des femmes, elle vite une longe histoire avec Anna Cassel qu'elle rencontre, puis elle viet avec une autre femme Thomasine (la garde malade de sa mère).
Forcement je lis femme oiseau étoile de Véronique Le Normand, une biographie romancée de Hilma af Klint. Cette femme est un régal de modernisme, de fantaisie et d'émotions, de créativité et de lucidité. Tous ces tableaux - magnifiques dialogues de la beauté avec notre cerveau autant avec nos émotions -abstraits ont été peints bien avant le mouvement abstrait qu'on attribue souvent à Kadinsky en 1913. Les 10 plus Grands de Hilma datent de 1907 et il y en a eu d'autres avant. Kandinsky mon gars, tu es en retard.
Nous n’avions rien à prouver à personne, nous étions des aventurières, le travail que nous nous étions donné consister à explorer les coïncidence de à établir une cartographie sacrée. L’intuition faisait office de boussole, avec la théorie des couleurs et le dictionnaire des symboles nous tracions des routes. Nous avions l’audace magnifique de celles et ceux qui ne se comparent pas et l’audace a parfois du genie.
Véronique Le Normand – Femme oiseau étoile
Mais Hilma, connectée à son temps, refuse de montrer ses toiles : elle sait qu' elles ne seront pas comprises (surtout pas venant d'une femme) et demande à ce qu'elles ne soient dévoilées que 20 ans après sa mort. Ce sera chose faite, le neveu respecte le choix ; mais en 1964 vingt ans après sa mort, le musée de Stockholm ne veut pas des toiles. Malin, le neveu crée une fondation. Il faudrait attendre 1986, une exposition à Los Angeles pour qu'Hilma soit vue pour ce qu'elle est : une grande artiste.
Je n'ose pas imaginer ce qui serait advenu d'elle et de ces toiles si elles avaiet été révélées en 1907, quand elles ont été peintes. Enfermée comme Camile Claudel? Gaslightée comme Tamara de Lempicka et d'autres? disqualifiée comme Adèle Hugo?
J’avais la certitude qu’une succession de formes géométriques était à l’origine du mouvement de la nature et la faisait s’élever vers un idéal transcendant, j’avais la certitude d’un endroit plein de couleurs baigné d’amour et d’une merveilleuse sensualité.
Véronique Le Normand – Femme oiseau étoile
Une femme, libre dans son temps, qui a mené la vie qu'elle a voulu, assumé ces choix, vécu avec des femmes, gagné sa vie... et découverte sur le tard. Il est temps qu'on la connaisse, il est temps qu'on en profite, c'est un excellent modèle à ériger, une référence comme d'autres grands noms qui nous changerait des noms tous au masculin.. Elle sa place dans l'histoire de l'art pas uniquement dans l'historie des femmes.
Commentaires
Enregistrer un commentaire