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Pratique et éthique du single track road (Skye #3)

single track road  - Skye

Avec les directives pour arriver jusqu'au Fior Sgeir Cottage chez Dorothy sur l'île de Skye, avait été envoyé un document A4 avec des dessins de Do et Don't pour bien conduire sur les single track Roads. C'est loin d'être anecdotique car en dehors de la route principale qui trace une ligne pas droite du tout du Sud au Nord, en dérivant vers l'Ouest, ce sont toutes des singles track Roads, des routes à une seule voie. En clair : les voitures ne se croisent pas, il n'est pas possible de se serrer sur le côté, il faut utiliser les "passing places", une petite excroissance de bitume où se glisser et s'arrêter pour laisser passer la voiture en face. Il y en a suffisamment compte tenu du trafic (faible à très faible, il nous est arrivé de ne croiser personne sur la demi heure entre la route principale à double voie et Fior Sgeir), et pourtant il faut être attentif, regarder au loin pour ne pas louper une passing place et avoir à faire marche arrière sur ces routes sinueuses qui montent et descendent.

C'est tout un art, les single track roads. Celui ne pas rouler vite d'abord. Avantage : avoir le temps de regarder le paysage - pour le passager. Le paysage qui n'est ni tout à le même ni tout à fait un autre (et qui aurait fait rêver Verlaine certainement dans les nuances de gris et d'éclaircies), et plein de faune. Les biches et les cerfs sont régulièrement annoncés par les panneaux de signalisation, j'ai passé une dizaine de jours sans les voir. Puis un matin, une biche écrasée au bord de la route a été la preuve de leur existence.  Par je ne sais quel miracle, après je les ai vues. Vivantes, dans le paysage, partout, tout le temps. A chaque sortie, je les voyais, à plusieurs avec leurs petits, les cerfs sont plus rares. Anyway ces bêtes existent, juste à côté des routes, des chemins de ballade et des maisons.

Tout un autre art. Celui de zig-zager entre les bêtes : moutons et vaches parfois installés sur la route pour une sieste ruminante. Va savoir pourquoi nous n'osons pas klaxonner, par respect probablement, je ne klaxonnerais personne endormi dans son salon. De la même manière, on y allait doucement, parfois en ouvrant la fenêtre pour leur parler, en utilisant les passing places pour les doubler. Surtout en attendant patiemment qu'ils et elles libèrent le passage, parfois avec un regard courroucé mais plus souvent avec une indifférente nonchalance. 

Celui de repérer les Européens. Ils ont - en général - compris le principe de la passing place, mais ils la prennent à l'envers, oublient qu'ici on roule à gauche et braquent le volant au dernier moment pour se ranger à droite d'une façon qui peut s'avérer catastrophique si c'est un vieux Briton en face. Pour peu qu'ils soient suivis d'autres Européens, une longue file de voiture se forment à droite, ce qui perturbe franchement les autochtones. 

On repère aussi facilement les mâles dominants. Encore plus facilement que d'habitude. Déja ils ont des voitures énormes, pas louées sur Skye ni à Fort William, mais plus loin dans une "capitale" qui a des SUV format US. Ils occupent toute la largeur de la route et un peu plus encore, ils ne s'arrêtent pas au passing place, vous regarde de haut en se demandant pourquoi vous ne reculez pas quand la passing place la plus proche est juste derrière leur roue arrière gauche. 80% des accidents sur Skye sont des touristes, et parmi eux 80% sont des Américains. Ce sont les statistiques d'un ranger, racontées à un français qu'on a pris en autostop. Ce n'est pas une information de première main, ni fact-checked, mais tout à fait possible.

Petit apparté sur cet autostoppeur, un jeune français avec une élocution soignée et soutenue pour qui son voyage était "une quête d'affirmation de soi". la formule a beaucoup plus à l'iMari, qui lui a posé beaucoup (trop) de questions. J'avais envie de lui proposer de louer un SUV format US et d'aller rouler sur une single track road, juste pour éprouver l'affirmation de soi. 

Enfin, les single track road sont le détecteur ultime des Italiens.
J'en ai soupé des Italiens cet été. Ca commencé dès le week-end du 14 juillet, dans le bus de ville qui nous emmenait de Chambery au Chatelard pour le départ notre rando. A 8h du matin, j'avais deux Italiennes derrière moi à papoter comme si elles avaient oublié leur appaireil auditif, les décibels et le débit rendaient toute somnolence impossible. 
Pouêt pouêt la mouette est ce qui m'est venu de plus spontané à leur dire (tôt le matin, je suis à peine civilisée), elles n'ont ni entendu ni compris. L'iMari jamais à court d'idée  a demandé à ChatGPT (c'est son  nouvel ami) la traduction en italien : Piu piu il gabbiano !. Elles parlaient trop fort pour m'entendre. Tout l'été, on a croisé des Italiens à qui j'ai repéts (discrètement) Piu piu il gabbiano! Sans grand succès. Des Bauges, à Port Manech en Bretagne, jusque sur l'ile de Skye. Que font ces gens d'un si petite nation pour s'étaler autant ? On devrait interdire l'entrée à nos pays à ces gens qui ont élu un gouvernement d'extrême droite. Piu piu il gabbiano!

Sur les single track roads, l'Italien est hyper reconnaissable, non seulement il n'a pas compris le principe des single track roads (par exemple roule à droite à la passing place), ou il se comporte comme un Américain alors qu'il conduit une petite Opel toute moche, mais surtout, surtout il est le seul avec des lunettes de soleil.

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