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A propos de chefs-d'œuvre

- Ma tête quand je me rends compte qu'il n'y a quasiment
pas de photographes femmes dans la collection Bachelot - 

Chaque année, la rentré littéraire me donne une raison de me réjouir : tant de livres à découvrir (alors que ma pile de livres-à-lire ne fait qu'augmenter), et me rebute en même temps. Il s'y retrouve les mêmes auteurs presque chaque année (Enard, Jablonka, Lemaitre une année sur deux...). Je fatigue de ces hommes blancs et ce qu'ils ont dire ne m'intéresse que très peu, finalement. Et il y a les autrices, les nouvelles, les révélations, celles qui sont partout : du Point à Télérama, en passant par Le Monde (quoi que les critiques de ce dernier sont loin d'être fiables, elles sont destinées aux lecteurs qui ne cherchent surtout pas à être dérangés). 
Et cette année il y a Maria Pourchet avec Western. Evidemment, je n'ai pas acheté celui là, mais celui d'avant Feu, en poche. En achetant un poche, j'ai l'impression d'être moins coupable, que c'est moins grave d'acheter des poches quand la maison se remplit de livres. J'ai presque l'impression de passer inaperçue.

Et dans Feu, il y a en autres ce passage : la narratrice est convoqué au lycée où sa fille à fait des siennes  - siennes dont j'aurai aimé avoir l'idée, ou même juste participer.

C'est ce matin vers 11h avec le cours de lettres de Mme Dreux comme premier théâtre des opérations, qu'avait commencé un petit jeu politique et néanmoins idiot. A chaque mention d'une référence masculine, tel nom de romancier, de dramaturge et autre poète, une fille quittait la classe sans un mot. (...) Au même moment, le cours de sciences économiques autrement plus généréaliste de M. Halima était décimé de la même façon à chaque Keynes, chaque Marx, chaque Stieglitz prononcé par l'innocent pédagogue. En philosophie, enseignement particulièrement riche en notices biographiques, le vide fut fait à une élève près, entre Nietzsche et Schopenhauer, avant qu'on pense à évoquer Hannah Arendt, retenant ainsi sur les bancs, l'ultime adolescente. L'heure de l'option histoire de l'art n'avait pas atteint le mitan, l'histoire tout court n'en parlons pas. (...) . En quarante-cinq minutes, le bâtiment s'était vidé au deux tiers de son contingent féminin, toutes sections confondues. Seules avaient pu se poursuivre pour des raisons évidentes, quelques tièdes classes de sciences et vie, de gymnastique.
Feu  - Maria Pourchet
C'est ainsi que nous devrions agir, sortir sans un mot à trop d'évocations masculines.
Je suis sortie en rage, sans un mot je ne sais pas faire.
Aux Rencontres Photographiques à Arles cet été, nous est présentée la collection de Florence et et Damien Bachelot au musée Réattu. Cette collection initiée en 2000 se veut "un soutien aux artistes et s'intéresser à la dimension patrimoniale de la photographie". Etait ici présentée une sélection sur le thème du portrait. 
Rien ne va dans cette collection. 
Soutien aux artistes ? Quand il n'y a que des grands noms parmi les photographes, des noms qui publient, qui n'ont pas de place à se faire, ni une réputation, et des photographes décédés bien avant le début des années 2000. 
Qui soutient-on quand on achète en 2006 des oeuvres de Robert Doisneau mort en 1994? 
Ses propres impôts, puisque l'achat d'une oeuvre certifiée est défiscalisé, c'est d'ailleurs la vocation première des fondations en général, la deuxième étant souvent d'occuper l'épouse ou la fille, façon de lui donner un poste dans l'entreprise familiale. Leur alibi (aux Bachelot) réside en deux photographes émergents, deux seulement ; dont je connais les noms, donc pas si émergents que ça puisque Laura Henno a déja exposé à Arles l'année dernière ou celle d'avant.

Seulement quelques femmes parmi les photographes, toutes connues : Diane Arbus, Nan Goldin, Dorothea Lange, Susan Meiselas, Ann Ray et Laura Henno - cette dernière coche toutes les cases: émergente et femme). 
Qui est leur conseiller ? (non, en fait je ne veux pas savoir, mais c'est Sam Stourdzé! Qui sera la directeur d'Arles ensuite...). Qu'on arrête alors de nous raconter les coups de coeur de hasard glanés dans les galeries du couple mécène.
Et le clou était la salle "des chefs d'oeuvre", présentée comme telle : des hommes pris en photos par des hommes. 
Une petite dizaine de portraits par des grands noms de la photo : Alfred Hitchock par Sanford H. Roth, Louis Armstrong par Dennis Stock; Jospeh Beuys pris par Keilichi Tahara et ainsi de suite.
Je n'ai que peu profité de l'exposition, je suis sortie passablement énervée. 
Dans cette collection, on a enlevé toutes les femmes que ce soit en portraits ou en photographes. Comme dans le lycée de Feu, il n'en reste que quelques unes, les plus connues.
Les effacées de la collection Bachelot - Photo de Nieves Mingueza vue à Arles 

Je sais, les gens font ce qu'ils veulent dans leur collection photographique, mais alors qu'ils évitent d'écrire un manifeste qui est l'exact contraire de ce qui est exposé. Ce n'est ni un soutien aux artistes : ce sont les femmes photographes vivantes qui ont besoin qu'on leur achète des photos, mais ni Edouard Boubat ni Cartier Bresson et qu'on ne nous explique pas que un portrait de Hitchcock (harceleur et violeur de plateaux cinema) fait partie des chefs-d'œuvre de notre patrimoine photographique.
J'en ai la nausée.

Dans la série des chefs-d'oeuvre, Télérama qui n'est pas à sa première idiotie publie son trio des "3 chefs d'oeuvre littéraires inoubliables à vivre et à revivre..."
Voyons voir, soyons surpris : Le Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov (tout est dans le titre), Une vie de Italo Svevo (dont le héros est un jeune homme indécis nous dit-on) et Crimes et châtiments de Fédor Dostoiveski (un homme qui assassine deux femmes). Il n'y a que des auteurs qui sont capables d'écrire des chefs d'œuvres - d'après Télérama, et pire, ces chefs-d'œuvre écrits par des hommes nous content la vie d'autres hommes qui sont soit des dominateurs assassins soit des indécis... J'en pleurerai si je n'étais pas d'abord consternée.

A vivre et à revivre pour changer de versant  : 
Le marin de Gibraltar de Marguerite Duras 
La poésie de Sylvia Plath ou de Cécile Coulon (pour les vivantes)
Instrument des ténèbres de Nancy Huston ou Les yeux bandés de Siri Husvedt.
Pensez à faire votre propre liste de ce qu'il faut lire, vivre et revivre.





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