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LE (bon) business model*

Paris Bercy 

La semaine dernière je suis allée à un concert. A Bercy. Qui ne se nomme plus Bercy d'ailleurs mais un nom qui fait la promotion d'une chaîne d'hôtels. Encore un lieu où je n'avais pas mis les pieds depuis au moins vingt ans.
J'y suis allée avec une copine, nous avions pris nos billets il y a six mois, telle une clause de revoyure quand j'ai quitté le cabinet. A fond dans l'énergie du moment (celui de l'époque et celui du concert), : il fallait que ça bouge, il fallait qu'on danse, qu'on chante, qu'on crie, qu'on respire.

On s'est d'abord retrouvée dans un café blindé en face du POPB (l'ancien nom de Bercy), que des femmes dans ce café, comme au concert ensuite, majoritairement des femmes, les hommes étaient des accompagnateurs. Nous avons bu un verre de Côtes du Rhône et avalé une planche mixte charcuterie-fromage que nous avons mangé sans pain car le serveur était trop débordé pour nous l'apporter, malgré nos rappels toutes les 7 minutes et demi. Puis nous avons marché plus d'une kilomètre et demi pour faire le tour du quartier et rentrer par derrière le Palais (Palais Omnsport paris Bercy) par la porte "fosse". Pas de gradins, pas de siège assis pour nous. Pour bouger c'est la fosse.

Et nous avons retrouvé Clara. 
Luciani. 
Comme toutes les femmes qui étaient là, de 15 à 77 ans.
Elle nous a tout chanté, ses deux albums, toutes ses chansons et même quelques unes qui n'étaient pas les siennes.
Elle a bougé, sauté, dansé, occupé la scène. Elle a perdu et repris son souffle. Elle était timide, a pris de l'assurance et s'est détendue. Elle a encore cette spontanéité des débutantes, une fraîcheur innocente quand elle raconte ses histoires. Elle est encore reconnaissante aux gens qui l'ont amené là, sur cette scène, qui ont cru en elle, elle parle de ses parents, de sa soeur. Bref elle semble humaine et en lien avec son public. Elle avoue même copier M et pour un rappel elle se met au milieu du public et joue avec juste sa guitare et ses choristes. Ce qui était parfait pour moi, c'est le seul moment où je l'ai vraiment vue !

Classiquement elle a des invités "on va jouer au jeu des sept familles" nous dit-elle. Au final le compte n'y est pas, constate ma copine a qui on ne la fait pas. 
Dans le rôle du frère, il y a eu Julien Doré sur scène. Il a déclenché une petite vague hystérique: Julieeeeeeen! Pour le duo de Sad and Slow, c'etait chouette de l'avoir sur scène. Après le bonhomme, à part les tatouages, il n'y a pas de quoi se rouler par terre. 
On ne peut pas dire autant du pianiste avec qui elle interprète ensuite en piano voix quelques titres.  Il n'avait pas de tatouages, je n'ai pas retenu son nom, elle n'a pas dit qui il était dans la famille, mais il m'a fait plus d'effet que Julien Doré. 
Ensuite le mec des Franz Ferdinand (Alex Kapranos) avec qui elle a chanté Summer Wine (que j'adore !). le gars a mon âge, il semble avoir bien mieux vieilli que moi et leur duo fonctionne bien. Un invité de marque.
Et sa soeur, dans le rôle de sa soeur, chanteuse avec moins de voix.

Que de monde qui chante avec elle! Et qui passe pour une seule chanson.
En bonnes consultantes, nous nous sommes posé la question du modèle économique des invités. Comment ça se passe? 
Tu viens à Bercy pour une chanson, tu n'es pas sur le programme, ta soirée est fichue, tu peux rien faire d'autre : tu es payé comment ? 
Est-ce que c'est donnant-donnant : tu vas chanter la prochaine fois dans le concert de l'autre?
Est-ce que c'est un forfait ? C'est négocié?
Est-ce que c'est gratuit : tu le fais parce que c'est ton pote?
Cette question nous a occupé une partie de la soirée. Ma copine, philanthrope, pense qu'il n'y a pas de transaction économique. C'est une bande de copains, ils se rendent visite les uns les autres dans leur concert. 
Je pense moi qu'il y a trop d'argent, d'égo et d'intermédiaires pour que ça soit gratuit. Je crois que c'est  une vraie transaction économique avec plein de contrats dans tous les sens. Imaginer que personne ne paye, ça voudrait dire que les managers, les agents, les producteurs, les PR (public relations), de ces gens-là ne touchent pas de commission au passage. Ce qui me surprendrait. 
Et que dire de la production de Bercy qui accueille des gens sans contrat : peut-on se produire sur scène comme ça? Quid des assurances du lieu mais du chanteur ? Que se passe-t-il si Julien Doré se casse une cheville dans les escaliers en montant sur scène ou attrape un rhume dans les coulisses et ne peut plus chanter pour Noel? 
Je crois vraiment qu'il y a un modèle économique là-dedans, tout en me demandant quel intérêt elle a à faire venir tous ces gens sur scène. Notre plaisir? On ne le sait même pas à l'avance et je serai venue sans Julien et sans Franz Ferdinand.

Et le lendemain, on a compris le modèle économique. Enfin, ma copine pas moi. Parce qu'elle ne lache jamais un truc qu'elle ne comprend pas .
j'ai compris quel est le business model pour faire venir le chanteur de Franz Ferdinand pour une chanson  : c'est son mec!

C'est le même business model que beaucoup d'autres, notamment dans un cabinet qu'on a bien connu ensemble : un mec installé professionnellement, wealthy, avec une nana (beaucoup) plus jeune, probablement en admiration, certainement avec de l'ambition ; qui-flatte-qui n'est pas clair, mais ça fait un business model.
Et un régal pour nos oreilles ce soir là!

*Ce post est une spéciale dédicace, elle se reconnaitra.

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