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Refuser son Nom (#Constance Debré)



J'étais tombée par hasard sur son premier livre (Play Boy), un peu étonnée de la transformation physique déja, et curieuse doutant même que ce fut la même personne : l'avocate "fille de" et l'autrice de ce récit.
J'avais aimé déja, l'écriture épurée, les réflexions, la transformation. L'audace surtout.

Fascinée par son deuxième livre :  "love me tender" où elle va loin dans ses réflexions, engagements tout en assumant les ses conséquences, au risque de paraitre folle. Elle abandonne des liens familiaux qu'elle avait créé (son ex mari, son fils), après avoir laissé son statut et son métier dans son premier livre.

Dans Nom elle va toujours plus loin : elle lâche son nom.  Elle ne change pas de nom (quoique!), elle refuse l'héritage qui va avec : les attendus et leurs implications. Elle s'allège encore. Comme son écriture, qui devient une véritable ligne, une huile essentielle de l'épure. 
Je ne croyais pas qu'il soit possible d'écrire aussi épuré et aussi précis à la fois. Une écriture incisive, fine, d'une précision au delà du chirurgical, et pourtant on sait exactement de quoi elle parle, où elle en est, ce qu'elle veut dire. 
Ses choix sont radicaux, totalement hors normes je ne saurais mener la vie qu'elle mène, et pourtant par moments, par endroits je l'envie. 

C’est toujours bien un incendie à défaut d’une révolution

Dans un été, où des forêts sont parties en fumée, cette phrase ne peut que résonner. Elle évoque le château familial coté maternel, qui a brulé et remis à sa plus juste place l'aristocratie maternelle. On ne peut pas toujours tout changer ; brûler un peu ça coupe des amarres, ça déracine et ça donne de la place pour du nouveau.
Elle enlève peau  après peau, tous les attributs de ce qui fait "une personne" dans la société : statut, famille et nom. Elle se décharge de tout, et agit comme elle l'entend, le souhaite, le décide. 
Egoiste, on serait tenté de dire. Finalement les qualificatifs (s'il devait y en avoir) seraient téméraire, audacieuse et tolérante. Elle ne demande rien, revendique un programme politique qui serait contre la propriété, le nom et l'enfance. Elle semble libérée, et se consacre à réfléchir, écrire et à des rencontres avec des filles (comme elle les appelle).

Ce que je crois c’est que personne n’est qu’une personne, que chacun est l’instrument d’autre chose dans les grands équilibres du monde, un rôle à choisir dans la guerre de tous contre tous, du juste et de l’injuste, du bien et du mal. Oui c’est contre l’obscenité de la vie lamentable que je vis comme je vis et que j’écris.

Un choix de vie à côté, consacré à ce qu'elle juge comme essentiel pour elle : l'écriture.
Elle ressemble un peu à Angot par certains aspects. Ce qu'elle dit peut sembler violent à bien des égards tellement c'est inhabituel et si peu politiquement correct. On aimerait lire autre chose de ses grandes familles de la République. 
Comme excuse, on peaimerait l'imaginer traumatisée de son enfance avec ses parents vivants pour la drogue (la vraie la noble : l'opium, puis toutes les autres qui vont avec la déchéance, ensuite). Les psy de toutes sortes doivent se régaler à la lire et tant de gens doivent avoir envie de prendre soin de ses traumatismes pour qu'elle accepte enfin son héritage, au sens le plus large possible et qu'elle se "range". 

Elle ne parle jamais de traumatismes, mais de choix de vie autant que possible. Il n'y a rien "à soigner"chez Constance Debré. Je ne crois pas un instant que ce soit ni possible, ni envisageable ni même souhaitable.
Ni pour elle, ni pour nous.
Il nous faudrait inventer un autre modèle d'analyse des personnes au travers de leur parcours de vie. Il nous faut laisser de côté nos référentiels psychanalytiques, et la lire comme elle écrit. Sans fards, sans grille d'analyse. Juste lire.

Elle nous abreuve d'une autre approche de la vie, elle est unique en son genre.
Et pour ça, je lui suis admirative et reconnaissante.

En live au LUMA (Arles) en mars de cette année.

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