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Petites séries à déguster

Foodie Love de Isabel Coixet

J’en consomme beaucoup, plus que je n’en regarde. C’est parfois un bruit de fond le soir dans mon lit, quand je lis, quand je discute, quand je ne regarde pas justement, un film.
Il y en a peu que je regarde vraiment, en rentrant dedans, en aimant les personnages, en dégustant l’histoire, épisode par épisode, en la consommant avec grande modération, voire avec parcimonie.
Celle-là en fait partie. Elle se déguste au propre comme au figuré. Je me suis délectée des dialogues, de l’histoire ni mièvre ni classique. Romantique peut-être, réaliste surtout. Rien qui ne se finit en « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Dans la réalité d’ailleurs, c’est là que ça commence vraiment. Avant c’est (presque trop) facile.

Foodie love est l’histoire d’une rencontre, c’est l’histoire d’une relation qui y va doucement, qui naît dans la tranquillité, qui se tisse à chaque mot, à chaque phrase, à chaque attention, une relation s’installe entre deux personnes, chacune porteuse de son/ses histoire(s) d’avant, pas tout à fait terminées d’ailleurs.

Les deux trentenaires vivent à Barcelone, iles aiment la gastronomie, les goûts, les bons plats, les petits restaurants de rue comme les grands étoilés et ils aiment parler de la qualité d’un croissant avec passion et conviction. Une mini série, en une seule saison, une longue histoire. Ils ne mettent pas toute la saison à se mettre ensemble (comme dans toutes les séries romantiques), et ce qui est intéressant et réaliste : c’est l’après. 

L’après, quand « ils sont ensemble » : ce que ça veut dire d’être ensemble, de vivre une relation amoureuse et sexuelle, ce n’est pas forcement « un couple », et ce n’est pas un long fleuve tranquille, rien n’est acquis, tout est à faire à partir de la première fois. 

Une relation est vivante elle se travaille tout le temps, tout du long, le premier baiser, la première nuit, le premier voyage ensemble… rien ne dit que la suite va bien se passer, ni si il y aura une suite.

Etre en relation est plus qu’être là, c’est aussi être attentif à ce qui se passe pour l’autre et à ce qui se passe dans la relation. 

Moi, l’Autre et Nous.

La série est visible sur Canal +, mais je ne l’ai pas trouvée en déambulant dans le catalogue de Canal. C’est sa réalisatrice qui m’a été pointée du doigt et hop j’ai cherché de façon systématique ses productions.sur les différentes plateformes  Dommage qu’il n’y ait pas comme sur Spotify une fonction qui permette de s’abonner à telle réalisatrice ou productrice ou actrice. J'en aurais quelques unes au panel.

La réalisatrice s’appelle Isabel Coixet, elle est espagnole, elle a soixante ans et parait bien des années plus jeune et surtout ses films ont une véritable fraîcheur, une fraîcheur qu’on attribue facilement à une trentenaire, une fraîcheur où tout est possible, une fraîcheur sans la naïveté des 20 ans, une fraîcheur lucide de ceux qui ont déjà vécu. Comme l’écrit Rebecca Amsellem, les histoires racontées dans ses films donnent envie de vivre. Vous connaissez cette réalisatrice : vous avez certainement vu parmi les plus connus : Learning to drive ou the bookshop, campant des personnages adorables et réels. Ils se regardent aussi bien que Foodie Love, avec le même plaisir.

En passant aux antipodes, de la réalisatrice espagnole à la réalisatrice neo-zélandaise Rose Matefeo, il faut
Starstruck de Rose Matafeo

regarder
Starstruck. Aussi une histoire de trentenaires et de rencontres (aurai-je une fixette ou une nostalgie sur les rencontres de la trentaine ?). L’histoire se passe à Londres, entre une neo-zélandaise à l’accent de là-bas (j’adore) et un acteur londonien d’origine indienne avec un accent so british. L’histoire est similaire à celle de Foodie Love : la rencontre, la relation, les difficultés, les incompréhensions, les regrets… si le scenario est plus classique, la personnage principale (jouée par Rose Matefeo elle-même) est complètement loufoque avec cette décomplexion que peuvent avoir les Australiens et les Neo-zelandais. Ces comportements très désinhibés, dirons-nous dans la vieille Europe, ou juste très spontanés, sont déconcertants, même pour les Anglais. Cette série est drôle, les personnages - et là il y a des personnages secondaires remarquables - sont drôles et attachants.

Deux séries d’excellente qualité, sans mièvrerie et avec lucidité, qui vont bien avec Normal people de Sally Rooney (le livre vient de sortie en poche, by the way), qui permettent de renouer avec le genre « série romantique » sans éluder la part de réalité d’une relation. Loin des fables où le happy end est « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » (est-ce d’ailleurs vraiment un happy ending ?), et évidemment toutes écrites et réalisées par des femmes !

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