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J'en vois partout !

Binic-Étables-sur-Mer - Bretagne


Le tram, il est presque 18h, un jour de semaine.
Au fur et à mesure des arrêts, il se remplit. 
Une première poussette dans le passage, puis une deuxième à la station suivante.
Puis une dame encombrante, grande, enrobée, essoufflée, pas très à l'aise ni debout ni dans son corps.
J'avais deja laissé ma place assise à un monsieur visiblement souffrant, je n'avais plus rien à proposer si ce n'est un bout de barre pour s'accrocher. 
Pour atteindre la barre, elle doit contourner les poussettes. Pas très agile, elle se prend les pieds dans la prière où une petite fille s'agite sous ses nattes africaines, entourée de ses deux parents qui parlent entre eux une langue que je connais pas.
Dans la rencontre entre la poussette et l'encombrante dame, c'est la dame qui manque de tomber. La poussette reste calme avec la petite fille dedans.
La dame me regarde  en venant vers moi, agacée et me dit " ah y a beaucoup de poussettes...." 
Avec un ton qui ne laisse pas beaucoup de doute sur le fait que beaucoup, c'est trop. 
C'est deux dans la réalité. Et il y avait suffisamment de place pour passer.

Moi avec un grand sourire : oui c'est la relève. 
Avec un ton qui ne laissait pas beaucoup de doute que le fait que j'étais ravie de ces enfants dans leur poussette. Et surtout ne voulais pas engagé une discussion sur le sujet de "trop" que ce soit de poussettes ou autre.
Nous étions côté à côte et je la sentais avec une envie de conversation. Ce qui m'a mit en alerte.
Puis la petite fille dans sa poussette s'est mise à pleurer. Très fort. Le chaud, le monde, le transport, ses parents visiblement préoccupés avec des papiers médicaux à la main. 
Quand on a été parents, on connait bien ces situations de grande solitude : l'enfant pleure, fort voire crie dans un espace fermé, tu ne sais pas bien quoi faire, tu essaies des trucs au hasard, sans grand succès et au plus tu es gênée, au plus tu t'inquiètes, au plus ton enfant pleure fort... Ambiance. 

La grosse dame à mes cotés souffle et me dit perfide
- il sera chanteur celui là! 

Je lui souris  - encore - pour accréditer sa bonne blague qui n'en est pas une. Je le sens. Je le sais.
Elle continue : ou syndicaliste. 
Aucun doute encore sur le ton dédaigneux.
J'ai retenu mon "il en faut". Je ne dis plus rien, je me mets de côté et lui tourne le dos, pour parler à mon iMari qui n'a pas remarqué grand chose. 
Et alors, je vois un monsieur devant la poussette hurlante, qui souffle fort, regarde les parents et l'enfant brailleur d'un air courroucé. 
J'attends. 
Je ne suis même plus sur le qui-vive, je suis désormais en hypervigilance.
En fait, je suis prête. 
Il va parler, il va faire une remarque à ces gens. 
Sur les cris.  Sur leur couleur de peau.
Dans l'autre poussette, le petit garçon est tout calme, il a des longs cils fin, des jolies yeux bleu, et sa peau est toute claire. Pas de chance, celui là ne dit rien.

Je suis presque en apnée, toute cette tension palpable.  Les parents secouent les bras de la petite, lui parlent discrètement, lui donnent la main...
Prenez la dans vos bras, j'ai envie de leur dire. 
Une station passe, le monsieur se renfrogne, ses yeux brillent de colère
Prenez la dans vos bras, je pense très fort.
La dame a côté de moi gigotte.
Prenez là dans vos bras. Je reste silencieuse.
Le monsieur se retourne.
Le papa la prend dans ses bras. Le ton baisse.
La petite met son nez dans le cou de son papa. Puis se calme
Le monsieur se retourne vers la porte.
Arrêt Cité U. Tout le monde descend.
Je me détends. Avec la sensation qu'on est passé à côté d'une altercation. 
J'en vois partout des RN depuis 10 jours.


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