Accéder au contenu principal

Rumination positive (#Andrea)



J'ai toujours un peu une crainte quand on m'offre un livre. Je suis presque soulagée quand c'est un livre que j'ai déjà lu, je le rends aussi sec. Je me sens obligée de lire un livre qu'on m'offre, et parfois ça m'ennuie. Il y a presque vingt ans quelqu'un m'a offert un des premiers livres de Marc Levy. Je l'ai lu, c'est écrit comme un roman de gare, se lit sur un Paris-Abbeville en regardant par la fenêtre, un mélange dégoulinant de bons sentiments, de semi-suspense romantique, de quelques éléments surnaturels magiques et hop c'est emballé. Je n'ai plus jamais lu Marc Levy, et j'ai contourné Russo qui me semble son acolyte. Mais à chaque paquet qu'on me tend, j'ai peur d'y trouver un Marc Levy. 

Il y a aussi eu d'excellentes découvertes dans ce qu'on m'a offert au fil des années, ou prêté en me disant "lis-ça". Dans la réalité, je n'ai eu qu'un seul marc Levy mais la crainte est restée.

Aussi, quand quelqu'un que je connais très peu m'a tendu un paquet qui  - sans nul doute -  contenait un livre,  je me suis dis "mince !". C'était un auteur, je lis des femmes de préférence, même si je suis moins stricte depuis un an. Un écrivain, français, dont je n'avais jamais entendu parlé. Pas emballée a priori. C'est grâce à mon iFille que je l'ai commencé "oh, tu l'as acheté finalement ?". 
Non, on me l'a offert. 
C'est le livre dont je t'ai parlé été dernier, il est génial. 
Je ne me rappelais pas qu'elle m'ait conseillé un livre, encore moins du titre et de l'auteur. Mais je l'ai ouvert. D'abord sans conviction. Il m'a fallu quelques pages, pour accrocher. Il y a un style, une façon de s'adresser au lecteur, une écriture à la fois simple, directe et précise. j'ai poursuivi, j'ai adoré, j'ai rigolé et j'ai pleuré. 

C'est une vague d'émotions, justes, des tristes et des heureuses, en continu comme le sac et le ressac, le rire après les larmes, les deux en même temps.

Quelqu'une de mon entourage coach a dit l'autre jour " je rumine le positif ". Ce livre est une rumination positive. La rumination est positive, les émotions aussi, et la rumination positive en est la consécration.

C'est une histoire qui n'est pas finie, du moins j'aime à croire qu'elle ne l'est pas. On y parle de résilience, voire de rédemption, d'amitiés et de loyauté. 

C'est une histoire qui y mêle la Grande : celle de l'homme sur la Lune (sans H, ce sont bien trois hommes blancs pas tout à fait représentatif de l'humanité), et de Michael Collins qui est resté dans Apollo tournant 47 minutes autour de la Lune pendant que les deux autres marquaient l'histoire de leurs pas  : 

La pire des solitudes ne dure que 47 minutes

Son seul défaut est qu'il ne passe pas le test de Bechdel. Peu de personnages féminins. Deux qui ont un prénom, une seule qui parle, en lien avec le héros (forcément) :  

- Tu me trouves belle, Joseph ?
- Ben oui.
- « Ben oui ». Tu es quoi un homme des cavernes ? On ne t’a jamais appris à parler à une femme ?
- Oui je te trouve belle.
- Belle comment ?
- Comme un do mineur
Des diables et des saints de Jean-Baptise Andrea

"Belle comme un do mineur" notre héros, Jo, est un musicien, un pianiste, talentueux, on l'apprend par touche. Seul un musicien sait parler de la beauté du do mineur.

Ce livre est très bien, il est juste androcentré, sans être machiste, ou sexiste. Encore une fois, un monde où les femmes sont les personnages secondaires ou dans les décors, à la périphérie, avec de l'esprit :

Ma grand-mère disait aussi : il y a deux choses que j‘aime dans la vie : mentir et jardiner.
J’aime tellement mentir que je viens de le faire : je déteste jardiner. Mentir, c’est beaucoup plus utile.
Des diables et des saints de Jean-Baptise Andrea

Si vous ne devez lire qu'un seul auteur cet année, c'est celui là.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Encore heureux, je ne fais que de la course à pieds

Sarah Jérome J'ai fini par le faire. J'ai mené les recherches, comparé les modèles. Au bout d'un an, les gens du club me disaient "arrête de courir avec ton téléphone, achète-toi une montre". Le critère mis en avant est le prix : pas cher chez Décathlon.  Le critère que j'aimerais mettre en avant : c'est moche. Oui, mais c'est fonctionnel (nausées) Le critère que j'aimerais mettre en avant : je n'en veux pas.  Pas un objet de plus. Encore un. Même s'il est utilisé, utilisable, apprécié (et oui!) trois fois par semaine. Je n'en avais pas tout à fait besoin. Pas quand mon pote Didier est là. Mon pote Didier a 69 ans, c'est un ex-chercheur du CEA, on court à la même vitesse (VMA d'environ 12,5 ) en parlant de Chine, d'intelligence artificielle et de randonnées itinérantes, il a une super montre offerte par ses enfants. Didier, c'est mon chrono. Comme tout retraité, il est hyper occupé et pas suffisamment assidu. J'ai du...

Et quand vient l'automne (#ABRL)

Bibliothèque du château Abbadia (Hendaye)  On va passer à la liste d'automne. Bien que je n'ai pas terminé la liste d'été. Il m'en manque un : je n'ai pas relu Un lieu à soi de Virginie Woolf. L'automne est arrivé tôt cette année : j'ai ramassé le premier marron sur l'arbre en face de la maison ce n'était pas encore septembre. Les tomates dans le jardin ont continué à murir, les piments aussi. Les feuilles ne tombaient pas. Je n'ai pas encore sorti les vestes, je commence à peine à mettre un foulard le matin. Puis le thé à la châtaigne de Lupicia  a été en vente et Mariages frères commercialise son calendrier de l'avent. Il fait nuit avant 20h, et je ne peux plus traverser le parc quand je rentre de l'entraînement, il est fermé aux horaires d'hiver (il n'y a pas quatre saisons pour les horaires d'ouverture et de fermeture du parc d'en face). Des feuilles se perdent au sol sur la terrasse, j'ai rangé les Birkentsok à l...

Scènes d'automne en semaine

Old Man of Stor  - Isle of Skye, un jour d'été Lundi, j'ai ramassé mon premier marron de la saison Brillant et dodu, il reposait aux côtés de sa coque éclatée Il était seul, pionnier, premier tombé. Je l'ai ramassé et rapporté, il demeure posé dans l'entrée. Brillant et dodu, il reflète la lumière de fin d'été  Le soleil qui décline, le frais qui revient, les couleurs qui s'enflamment La fin des congés, la reprise du rythme, le retour de la routine Brillant et dodu, il annonce les feux de cheminée, la laine des pulls Les soirées sous les couvertures, le miel dans le thé  Brillant et dodu, arrivé un peu tôt à mon goût Je m'obstine à percevoir le beau dans la saison qui s'ouvre. Mardi, je monte les escalators à Opera En me demandant ce que je fais là Marcher ici plutôt que le Cowal Way n'ont rien en commun. Je suis tentée de rebrousser chemin  Ce n'est que le chemin que j'aurais rebroussé. Pas le temps.  Alors au retour, j'ai marché mon che...