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La solitude heureuse de Raymond

 

Dans la photo, il y a toujours du vol, et c’est même la force de la photographie, contrairement à l’idée préconçue qu’il faut l’accord des gens. Bien sûr qu’il faudrait l’accord des gens, mais ce n’est pas toujours possible, et d’ailleurs la meilleure photo que je puisse rêver de moi-même est celle que je n’aurai pas contrôlée

Raymond Depardon, dans une interview Image, Voyage en 1998

 

C’est dans un petit livre de poche qui collecte des éléments hétéroclites de Raymond Depardon. 

Rien que le titre « la solitude heureuse du voyageur » me ravit. 

Sont rassemblés sous ce titre : un journal des années soixante dix, journal intitulé Notes, c’est àdire des simples notes – plus ou moins poétiques, plus ou moins factuelles  et une photo. Les quelques lignes écrites ne sont ni légende, ni commentaire de la photo de la page, elles ont simplement été prises le même jour. Et ce sont bien des notes, comme des pensées ou des sensations ou des sentiments présents ce jour là, et qui semblent aussi légère que des papillons qui volètent. Rien n’est léger, rien n’est papillon, cela se passe en temps de guerre, une guerre civile, entre voisins, celle du Liban. 

Après les Notes, des interviews. Une retranscription partielle d’une émission radio de 1980, et un entretien vingt ans après avec le même journaliste, qui est trop présent dans le texte. Quand la question occupe plus une demi page, c’est que le journaliste n’est pas bon. Il faut sauter les questions et se contenter de ce que dit Depardon.

Et enfin, une série de photos, qu’on connait souvent, que je revois avec plaisir, que j’envie à chaque fois. A la fois la qualité de la photo (lui est capable d’une telle photo !) et à la fois le voyage qu’elle (me) raconte (mais pourquoi je suis encore là ?).

Inconditionnelle de ses photos, c’est un voyage heureux, solitaire et renouvelé à chaque fois.

J’avais rencontré brièvement l’homme, par mégarde, je garde un souvenir ému de sa jambe contre la mienne. Je ne saurai que lui dire si ça se reproduisait. Peut-être je lui parlerais du voyage solitaire, qui est l'exact contraire de la navette Air France entre Paris et Nice.

 

Dans la même veine de plaisir, l’exposition à l’IMA, « son œil dans ma main » sur l’Algérie, celle de l’indépendance et celle presque soixante après. Les photos de Depardon et les mots de Kamel Daoud, journaliste et écrivain, ils n’ont pas soixante ans d’écart mais quelques décennies, ils n’ont pas le même regard ni sur le pays, ni sur son histoire, et c’est ce qui fait de cette exposition un objet unique, préhensible par chacun quel que soit notre rapport avec ce pays.

 

Est-ce que c’est une façon pour la France, pour les français, de revisiter notre histoire ? De s’interroger sur  notre présence là bas ? D’accepter notre rôle et notre responsabilité ? 

En tout cas, cela y contribue.

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