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Compter#2 - ça a des conséquences

 Ce n’est pas de compter qui a des conséquences ; c’est de ne pas compter, de ne pas se rendre compte de nos biais, de leurs implications dans ce qu’on intègre et perpétue, dans ce qu'on pense être vraie et juste? 

Lectrice assidue de Lire avant qu’il ne se marie avec Magazine Littéraire (que j’avais aussi essayé, comme Books et comme toute autre publication sur les livres !) et devienne Lire Magazine Littéraire je ne peux pas ne pas avoir été influencée par cette surreprésentation, par ce monde écrit et raconté par les hommes, qui ne nous offre que leur point de vue, qu'une partie de la réalité.

 

Ça a des conséquences.

Directement dans ma bibliothèque, pour être anecdotique. Je rappelle : l’intime est politique. Ma bibliothèque est donc politique.

Dans ma frénésie de comptage, j’ai recensé ma bibliothèque, ou du moins une partie.

Dans la section livres de « poche », la plus ancienne, celle qui retrace de façon longitudinale ma vie littéraire (les livres achetés jeune quand je n’avais pas d’argent, les classiques qu’il faut avoir lus, et les trouvailles rapportées de partout) sur 200 livres, 76 auteures (femmes).

 

38% . TRENTE HUIT POURCENT.

 

J’ai honte. Heureusement qu’il y a eu des auteures comme Agatha Christie, Amélie Nothomb, Nancy Huston, ou Claudie Gallay, ces dernières où j’ai quasiment tout acheté en poche. Sinon je n’aurai jamais atteint ce pourcentage.

Pour me rassurer, j’ai fait un carottage, un petit test sur une autre étagère, celle où je range les achats plus récents : sur 28 livres, 18 par des femmes. 

HOURRA ! J’ai inversé le pourcentage. C’est aussi sur cette étagère que je range les féministes : Gloria Steinem, Roxanne Gay, Titiou Lecoq… 

De là à me dire que mon carottage est partial…

Pour en avoir le cœur net, il faudrait que je compte toute ma bibliothèque, sachant qu’il y en a dans toute la maison. C’est un boulot de fou, donc potentiellement pour moi au sens littéral ;  ce qui me retient  encore c’est 1) ça fait de moi une maniaco-compulsive, 2) j’ai peur du résultat. 

 

Je comprends exactement ce que dit Alice Coffin (le génie lesbien, j’y viendrai) quand elle dit qu’à partir de maintenant (elle a 40 ans) elle ne lit plus que des livres écrits par des femmes, pour corriger sa vision du monde. Ce n’est pas exactement écrit comme ça, mais c’est l’idée. Dans son livre, elle cite sa compagne qui lui répond quand elle l’interroge sur un auteur connu de son pays qu’elle ne connait pas « je ne sais pas, le temps que j’ai, je le consacre aux femmes ».

 

J’aimerai faire mienne cette maxime. J’aurai 50 ans cette année, 62% de ma vie a été consacrée à lire des hommes. Si à partir de maintenant je ne lis que des femmes, alors quand je meurs vers 85 ans (espérance de vie en France en 2019) j’aurai rétabli la parité dans mes lectures. 

Je pourrai déjà commencer en faisant « une année sans les hommes » en 2021 (je salue ici Siri Hustvedt et son roman « un été sans les hommes »). Et tout de suite je stresse : comment faire si Pete Fromm sort un roman ? ou Jonathan Franzen ? ou John Irving ? ou Sylvain Tesson ? 

Je les garderai pour 2022 et en attendant j’aurai découvert plein de nouvelles auteures.

Et je vais de ce pas retourner dans ma lecture de Valérie Rey-Robert (le sexisme un affaire d'hommes).

Quand on commence on ne s'arrête plus.

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